‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 2)Chapitre 89 sur 113 · SON NOM · texte numérisé non relu

SON NOM

N remontant la rivière d'Ardèche, et dans le canton de Vallon, on aperçoit un énorme rocher, isolé au milieu du courant, désigné sous le nom de Cayre-Crey, et que la tradition populaire appelle la Pierre de Gargantua, La légende rapporte que Gargantua, passant dans la rivière, aurait secoué ce caillou de son sabot et l'aurait laissé là au milieu de l'eau.

A la Blachère, dans le canton de Joyeuse, se trouvent de nombreuses tometes en calcaire oxfordien, de forme arrondie et de dimensions colossales, soit isolées, soit superposées par une, deux.

même trois, désignées dans le pays sous le de Palets des Géants et P;dcts de Gargantua,

Mais là où ces appellations fourmillent, dans les terrains calcaires, où d'énonnes ro cubiques de 2 â 2J mètres s'élèvent de tousc^ et que l'on ne connaît que sous le noi des-Géanis. U se trouve aussi, dans ces terrains, de profonds et insondables avens à Tauvermre béante, presque à niveau du sol, comme le grand souterrain de la Goule, auquel on donne le i de Giiiule de Gargantua.

(CcniFouliFfi» pur M. Ollitr

Au château de Laroche-Lambert, près de Sai Paulien (Haute-Loire), propriété de M. le marqidl de Laroche-Lambert (c'est ii que Georges Sand J mis la scène de sou roman Jean La RaiMj, i trouve une salle ornée de peintures à la dén sur des caissons en bols. Ces peintures r tent des vues du pays. L'une d'elles représente q rocher en forme de tête, vue de profil. C'est | rocher de Gargantua, que le gardien de la i sidence montre prés du chiteau.

{Ci^muniMUm il il. Pa-I U SI'W. !• BrlnA).

Il existe au château de La Roche-Lambert une grotte celtique habitée jadis par Gargantua, à ce que dit la légende du pays. Son bourdon, fiché en terre lorsqu'il quitta la montagne, a pris racine et poussé; c'est un hêtre séculaire qui orne encore l'entrée du château. On le nomme dans le pays « la canne de Gargantua. »

{Cmnmunication de Mademoiselle de Boxberg).

Cf. dans Rabelais, le Bourdon de Saint-Martin, passage repror

duit, p. 27.

Une grotte de Gargan existe dans les Pyrénées, près de Saint-Bertrand-de-Comminge (Haute- Garonne).

{Communiqué par M. Desaivre).

Dans les environs de Colognac (Gard), les personnes âgées disent encore :

« Quand Gargantuas passavo per nostros Cevenos; mettié 'n pé sus la Eago, l'autre sus lou Cerre de Loumbrié e piéi s'abauzavo per heure la Vidourle. »

(( Quand Gargantua passait par nos Cevennes, il mettait un pied sur la Fage, Vautre sur le pic de

Loumbrier, et puis il se couchait à plat-ventre pour boire au Vidourle, »

{Communiqué par M. P. Fesquet).

Lou Cerre de Loumbrié est une montagne située commune de Çolognac ; la Page une montagne qui sépare les communes de Gros et de Saint-Roman-de-Codiéres de celle de Cambo et de Cézas ; la Vidourle un petit fleuve qui sort de la montagne de la Page.

A Saint-Roman-de-Codières, canton de Sumène, on dit qu'avant de se baisser pour boire au Vidourle, Gargantua mettait un pied sur la montagne de la Page et l'autre sur la Ca5rrel, montagne située entre les communes de Gros et de Saint- Roman de Godière.

11 n'est pas inutile de rappeler que nos paysans des Gévennes ne sont pas éloignés de croire qu'il faut voir dans les montagnes des êtres énormes, monstrueux, des géants, des titans informes qui se meuvent et parlent en certaines occasions. Void quelques dictons où ce rôle est assez accusé ;

« Quand la Pago met soun mautèl,

Coulégno sou capél,

Et Lirou soun bounet

De pléjo gros coumo lou det.

EN LANGUEDOC 26()t

Quand la Fage met son manteau,

Coulègne son chapeau,

Et Lirou son bonnet

De la pluie comme le doigt. »

(La Salle Saint-Pierre).

« Quand la Fago met soun capèl, Ron de Bonas soun mantèl.

Las Crotos

Las matelotos Lou Cerre del Pouget

Soun bounet.

Toucan la plejo embe Ion det.

Quand la Fage met son chapeau, Ron de Bonos son manteau^

Les Croies Ses camisoles de molleton La Cerre du Pouget

Son bonnetf Nous touchons la pluie avec le doigt. »

(Sumëne).

« La Lauzero dis à TAugal :

Quand tus as frech ieu n'aî pas cal.

La Lozère dit d l'Aigoual :

Quand tu as froid je n'ai pas chaud, »

(^Communiqué par M, P. Fesfuet),

S II. — LÉGENDES GARGANTUESQUES

^A légende de Gargantua existe — mais vaguement — dans nos régions. On la raconte aux petits enfants pour les émerveiller, comme celles du Juif-Errant ou du Petit Poucet. Gargantua faisait des enjambées de plusieurs lieues, passait d'un plateau à Pautre par dessus les vallées etc.. Cette légende de Gargantua n'est pas d'ailleurs plus répandue dans ce que j'ai appelé la région des dolmens que dans le reste du département, où, après plus de vingt ans de recherche, je n'ai encore pu découvrir aucun mégalithe.

Je n'ai encore entendu personne rattacher son nom à aucun des cent quatre-vingts dolmens que j'ai déjà étudiés, fouillés ou refouillés, ni à aucun des tumulus plus récents, et cependant j'ai recueilli bien des légendes sur ces divers monuments.

(Communiqué par M. le docteur Pruniires, ât Marvejoli).

On raconte à Valergues (Hérault), qu'un jour Gargantua s'arrêta non loin de la Méditerranée, un pied sur le mont Ventoux et l'autre sur le pic

Saint-Loup, auprès de Montpellier. Comme il faisait grand chaud et qu'il avait soif, il but dans la mer et un vaisseau de ligne qui passait par là fut avalé. Grand émoi parmi l'équipage, qui, ne sachant d'où provenait l'obscurité subite qui régnait dans le bâtiment, alluma des torches et visita tous les recoins. Mais une flammèche mit le feu aux poudres; le vaisseau éclata et Gargantua en fut quitte pour lâcher un gros pet, ce qui le soulagea beaucoup.

(^Communiqué par M. Boucherie).

Cf. pour les vaisseaux avalés, le commentaire du conte n<» I ( Haute-Bretagne) .

« Dans les environs du Puy, la légende montre Gargantua franchissant à grandes enjambées montagnes et vallons, avalant des rivières, et parfois jusqu'à des bateaux. »

(Aymard, p. 327).

« Au Puy, on dit que Gargantua, poursuivant sa course sur nos montagnes, posa un pied sur la plaine de Rome et l'autre sur Corneille, et, se penchant, il ingurgita la rivière de Borne, et, de même qu'en fyanianty pour nous servir du mot de Rabelais, le Géant avait formé le mont Gargan,

à peu de distance de Nantes, il donna naissance par le même procédé au pic pyramidal d*Aiguilhe. Les meuniers, étonnés que l'eau manquât subitement à leurs moulins, constatèrent le fait qu'ils ont transmis à la postérité.

« Une autre fois, la Loire fut aussi agoutie, suivant l'expression des habitants de l'Emblavés, large et belle vallée à peu de distance de la viUe du Puy. Le Géant, après avoir exterminé dans k vallon des Seuils une horrible bête unicome, et délivré du diable le village de Lavoûte, avait mis un pied sur le mont la Borie, un autre sur Courant, les deux mains : l'une sur Jalauce»

l'autre sur Clairgot, et la « gorge » sur Gourgdllat, profonde échancrure entre les rochers, qui donne passage à la Loire (i).

« Le fleuve, grossi par une inondation, entrainait un chargement de bois épineux. Le Géant avala tout : char, bois, bœuf et bouvier, disant : « Ce n'est qu'une borde (brindille). »

(i) C'est aussi à Gourgaillat que les sorciers, lorsque par va temps sombre l'orage menace l'Emblavés, se débattent sur U direction k donner aux nuages.... Nous devons à M. Aviaain, instituteur public, à Vais, originaire de l'Emblavés, la légende concernant cette localité. (Note de M. Aymard).

« Le même fait est raconté au village de Peyre- <ie)n'e, dans les abruptes gorges de la Loire que dominent, à une grande élévation, les escarpements granitiques de Saint-Q.uentin. La légende du Géant, qu'ici on nomme Samson, s'associe dans les contes de la veillée, à celle des fées, de la Trêve et autres apparitions nocturnes, ainsi qu'à diverses dénominations curieuses ou fantastiques, telles que la Fount des Roumis , fontaine sainte, lieu d'antique pèlerinage comme son nom l'indique ; le fer du diable, fer de cheval artistement sculpté en creux dans une roche, à cinq mètres au-dessus du niveau du fleuve et en regard d'un vaste rocher à crête aigùe et comme crénelée qu'on appelle le château des Sarrasins, au-dessous duquel nous avons observé des vestiges d'antiquités gallo-romaines.

« On a aussi vu le Géant, les pieds posés sur deux hautes gardes (monts volcaniques isolés), et buvant le Borne, amouré au vieux pont du village du même nom, près d'une de ces bornes (cavernes), très probablement celtiques, dont la haute antiquité est attestée par la dénomination qu'elles ont imposée de temps immémorial à la rivière et au village.

« Non loin de là appardt l'ancien et pittoresque château de La Roche-Lambert, où les siècles cmt laissé des souvenirs de tous les âges, depuis les grottes ou bornes (celtiques probablement aussi), dans Tune desquelles un bloc énorme et isolé de la roche volcanique, jadis peut-être roche branlante, n*est, dit-on, que la trempe (i) de Gargantua.

« ....Enfin le fleuve et ses aflluents ne suffisant plus sans doute à étancher sa soif, le Géant se piqua le petit doigt avec une épingle, et il en sortit une ete ( une Loire). »

(Ayraard, Le Géant du Rocher de CorneilU dans les Annales de la Société d'Agriculture du P«y, p. 327-330, t. XXII; 1859).

(i) « Trempe, mot difficile à traduire : Les uns l'appliquent à chacune des tranches de pain que nos campagnards mettent dans leur soupe, d'autres à la soupe elle-même. Notre honorable ami, M. Vinay, nous a le premier signalé le dernier tnût àz la légende de Gargantua, que racontent joyeusement les habitants du canton de Saint-Paulien. » (Ajrmard).

Les grandes beuveries de fleuves se retrouvent en beaucoup de pays. Cf. le commentaire de la page 81. Il en est de même des déjections de Gargantua. Cf. le commentaire du conte m^ II (Haute-Bretagne). Ici Gargantua est destructeur de monstres : on verra plus loin ce rôle attribué d'une manière pins eïpUtite k un autre héros languedocien, Jean de l'Ours.

La ville du Puy est en partie assise sur les pentes du Mont- Anis, que surmonte le rocher volcanique de Corneille.... Va à

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