S II. — GARGANTUA EN GASCOGNE ET DANS LA RÉGION DES PYRÉNÉES
'après D. Monnier, qui n'appuie point son dire, dans les Pyrénées il y a beaucoup de saintes pierres auxquelles les pâtres imposent des noms analogues à celui de Gargantua.
( Trad. pop. àê la Franck-Comte, p. 374).
« Non loin du cirque d'Estaubé sont des granges, dites Granges de Gargantua. »
(Joanne, Pyrinies, p. i$8).
Gargantua n'était pas de notre pays ; mais il y est passé. On dit qu'il venait du côté de Bordeaux, et qu'il s'en allait en Espagne.
C'était un homme sept fois haut comme le clocher de Saint-Gervais (i). Avec cette taille, il n'avait qu'à ouvrir la bouche pour avaler les oiseaux du ciel.
Gargantua mangeait tout ce qui se trouvait à sa portée, même du buis, même des pierres, quand il n'avait pas mieux pour contenter son appétit. Souvent, il avalait jusqu'à sept charretées d'épines.
En traversant le Ramier, tout le buis qui était alors coupé passa dans son ventre.
Par bonheur, Gargantua ne demeura pas longtemps chez nous. Il n'y a pas à souhaiter de le revoir. Pourtant, je n'ai pas entendu dire qu'il fût méchant, ni qu'il ait fait tort à personne.
{Communiqué par M. J. F. BUdé, qui a recueilli cette légende du ifieux Cai^aux, de Lectoure).
(i) Clocher de Lectoure.
GÉANTS SIMILAIRES
ANS la région des Pyrénées, au lieu de Gargantua, nous trouvons Roland. Il est l'objet de proverbes : « Fort comme Roland ; Brave conune Roland » ; il a attaché son nom à une certaine quantité de pierres ou de grandioses beautés naturelles.
( Cf. Cerquand, 4™» série, pp. 15, as).
« La Brèche de Roland (Hautes-P)rrénées) est une ouverture de loo mètres de large, pratiquée dans l'enceinte des rochers qui forment le cirque de Gavarnie ; elle est ainsi nommée parce que, selon la tradition, Roland la tailla dans le roc vif d'un coup de sa Durandal. »
(Joanne, Pyrénées, p. 148).
« Au sud de Lourdes sont les petits étangs de Vivier Lion, creusés, dit-on, par le pied ou le genou de Roland désarçonné. »
{Ihid.f p. loi).
« Une ouverture faite de main d'homme près d'Itsassou (Basses-Pyrénées), s'appelle le Pas de Roland; selon la tradition, le célèbre paladin n'a
296 GAJIGANTUA EN GASCOQNE
eu, pour se frayer un passage, qu'à frapper le rocher de son pied. »
Sur U vraie popularité du nom de Pas de Roland ^gimt à certaines gorges des Pjrrènèes, cf. Bladé, Dissertation sur Us Chants héroïques des Basques (chant d'Altabiscar).
D'après M. Webster, il n'y aurait pas cent ans que Ton dcase le nom de Pas de Roland à la brèche d'Itsassou ; en Un^ç basque, elle s'appelle simplement « le Mauvais pas . »
« A Lacarry (Basses-P)n'énées), est un grand
bloc appelé Pierre de Roland, »
{Ihd., p. $s).
« Une montagne sur les bords du Tech portç au sommet une grande pierre appelée Palet de Roland, »
(jwa., p. 3$8).
« Près du col de Neuflfons est le pic de la Tasse du Géant. »
(JUd., pw )62r>.
Dans le pays basque et dans la région voisine» si Ton trouve, ainsi que je l'ai relaté p. 295, d'après Joanne et Monnier, des endroits qui portent le nom de Gargantua, il n'est pas certain que o^ apppellations soient bien ^ usage panni Im
paysans. Pour MM. Webster, Cerquand et Vinson, les noms de Roche Roland, Val de Roland, etc.» n'ont pas cent ans d'existence.
Chez les Basques, le géant par excellence est Tartaro ou Tartare ; le Basa Jaun, l'homme sauvage, est parfois un géant ; mais c'est surtout un satyre. Saint Christophe est connu comme grand mangeur, et il échange ses attributions avec u» héros nommé « Sept, Qjaatorze ou Vingt-Qjiatre, » parcequ'il mange comme sept, quatorze, vingt:quatre hommes, et travaille à proportion.
(Communiqué par M. Webster).
Le type du Tartare, ainsi que celui du Basa* Jaun, a été très bien étudié par M. Webster dans ses Basque Legendsy et par M. Cerquand.
M. Cerquand a recherché la légende populaire de Roland dans le pays basque, et dans la quar trième série de ses Légendes et Récits populaires^ parue pendant l'impression de ce livre, il n'a pas recueilli moins de cinq contes dont Roland est le héros.
Voici les traits épars dans ces récits où Roland a des attributs semblables à ceux de Gargantua. Il est aussi grand mangeur (cf. Cerquand, p. 23).
D a une canne de fer grosse comme une poutre (cf. p. 17 ; Gargantua en Haute-Bretagne, p. 22, 37, et surtout le Gargantua Picard y p. 222). Samson, son cousin, déracine un hêtre pour s'en faire une massue (Cerquand, p. 20).
Roland lance à douze kilomètres une pierre (cf. sur cet exploit (i) attribué ailleurs à Gargantua, les pages 41, 83 du présent livre), et ses mains y restent empreintes (cf. Gargantua en Haute-Br^ tagne, pages 7, 12).
Conmie le Gargantua gallot (cf. p. 54) qui saisit un cheval par la queue pour s'en fsdre une massue, Roland prend un chien par la queue et s'en sert comme d'une arme (Cerquand, p. 16).
Olivier, compagnon de Roland, du deuxième coup de sa massue, fait pencher le phare de Babylone (cf. la mère de Garganma faisant pencher le clocher de Mézières, p. 50, et le Gargantua corse qui arrache la tour de Bastelica).
M. Cerquand fait obsen-er que la légende de Roland et celle de Hamalau ou du Fib de FOurSj^ se font de fréquents emprunts ; c'est une observa-
(i) Cf. sur les pierres que la tradition prétend aToir été pLaoèes par le diaUe, Roland, etc., une étude de M. Cerquand : Tarmmis iithoMt pubUée dans les Mtmoim de fAoiJtmie ée FmmtimM, i88t .
tion que j'ai pu faire en Haute-Bretagne (p. 58), à propos d^un conte où Gargantua emprunte aussi des traits aux contes des hommes forts, très populaires aussi en Haute-Bretagne.
Dans une note manuscrite que M. Cerquand a bien voulu me communiquer, et qui est destinée à une nouvelle édition de son livre, il émet l'opinion « qu'aucun autre personnage figurant dans « les contes ne se rapporte davantage qu'Hamalau « d'un dieu soleil, tel qu'Hercule, » et il dit que certains de ses traits peuvent être rapprochés de la légende gargantuesque.