CEST NOUS AUTRES, MESSIEURS
L y avait une fois trois garçons qui voulurent aller à Paris pour apprendre à parler. Arrivés près de la ville l'un d'eux
— Restez ici ; je vais aller écouter et vous raconterai ce que j'aurai ouï.
n entendit les gens de Paris qui disaient :
— C'est nous autres, messieurs.
Et il revint en disant à ses camarades :
— J*ai appris à parler : c'est nous autres, messieurs.
Le second alla écouter à son tour, et voici ce qu'il entendit :
— C'est parce que nous le voulons.
Le troisième ouït dire :
— Sacrédié, c'est de tant mieux.
Alors ils s'en vinrent, pensant être assez instruits. Ils trouvèrent sur leur route un homme assassiné, et se mirent à dire des prières auprès de son cadavre. Des gendarmes survinrent qui leur dirent :
— Qpi a tué cet homme?
— C'est nous autres, messieurs, répoudit le premier des compagnons.
— Et pourquoi ?
— C'est parce que nous le voulions, dit le second.
— Vous allez passer en justice, dirent les gendarmes.
— Sacrédié, c'est de tant mieux, s'écria le troisième des garçons qui était allé à Paris pour apprendre à parler.
(^Omd en xSSo par Fnknçoisi Ditmoitt, d'Erté.)
M. J. Thminilt, à b page 222 de son Ime inthulé : Étude UT le langage eréole (Biest, Lefiramier, 1874), a publié un conte en patois créole : Les habitants du Gros-Mome avant leur civilisatien, plus long que celui-ci, mais dont la tnune est exactement la même : il s*agît de n^res qui vont écouter des gens qui parlent le fiançais, et qui apprennent chacun une phrase qui, appliquée maladroitement, les £ût finalement aller en prison* Cf. aussi, n* xzzxr, des Contes populaires delà Haute-Bretagne.