LE LINCEUL PROMIS
EUX jeunes filles s'étaient promis que celle qui survivrait à l'autre lui fournirait le drap pour l'ensevelir. Peu après, une des jeunes filles mourut, et son amie ne songea pas à accomplir sa promesse.
Un soir que celle qui était vivante passait par le cimetière, elle vit un drap et le ramassa ; mais quand elle fut rentrée chez elle, elle entendit une voix qui répétait :
— Rends-moi mon drap ! rends-moi mon drap !
Pendant toute la nuit, ces mots résonnèrent à
son oreille, et elle ne put s'endormir. Mais quand le jour arriva, elle n'entendit plus rien et retourna à son ouvrage, sans penser davantage à ce qui était arrivé. La nuit d'après, dès qu'elle fut couchée, la voix répéta :
— Rends-moi mon drap 1 rends-moi mon drap !
Elle alla dès le matin se confesser au recteur,
qui lui dit :
— N'avez-vous fait aucune promesse?
— Si, répondit-elle ; j'ai promis à une de mes amies, qui est morte, de lui fournir le linceul pour l'ensevelir, et je n'ai pas songé à cela quand elle est trépassée.
— Eh bien ! il faut aller au cimetière ; vous reporterez le drap, et tous l'ensevelirez ; je ne serai pas loin, et je veillerai sur vous.
La nuit venue, la jeune fille porta le drap au cimetière, et elle le posa à terre; son amie vint se placer dedans, et il disparut aussi bien que la défunte.
{Conté en décembre 1879 par Françoise Dumont, d'Ercé.)
Les principaux épisodes de ce petit conte se retronvent dans ie Drap morkunm {QmUs popul»im dt U Haute ^Bretagne, n« XLix)^ ^ue l'ai ootenda conter maiioes fais.
La voix qui crie pour redemander la chose Yolée s'y n-trouTC, ainsi que dans AUu de QuirdpiUy, conte morbihannais du docteur Fouquet, dans la Jeme jUU du cimetière, conte recueilU par Madame de Cemy (il s'agit d'une fille qui va enlever la coiffe d'une personne qui priait dans le cimetière ; or, c'était une morte qui était sortie de sa tombe pour prier, et qui réclame sa coiffe) ; dans la Goulue, conte agenais de J. F. Bladé (c'est mi mort qui réclame sa jambe qu'on a déterrée pour la donner à U Goulue) dans la Jambe d'or, du même recueU ; - ces deux contes sont suil v« de commentaires de M. R. K«hler qui cite plusieu« similaires, - et dans lesQmt^s populaires lorrains, de Cosquin, p. «2.