LEE LOUPS SORCIERS
in paysan était allé vendre sa vache au marché du village voisin. Il en avait retiré un bon prix et s'était attardé à boire quelques chopes dans un cabaret avec des amis. Le soir arrivé, il fallut retourner à sa maison. Il prit la route et ne tarda pas à se voir suivi par un loup énorme. Le paysan marcha plus vite et le loup marcha du même pas à quelques mètres derrière lui, semblant à tout instant sur le point de le dévorer.
Vous jugez de la terreur de l'homme. Pour dépister le loup, il prit une autre route et traversa un village sur la droite. Le loup s'arrêta aux premières maisons et le paysan s'en croyait débarrassé, quand en sortant du pays il retrouva le loup accompagné d'un autre encore plus gros. Reprenant du courage, l'homme prit son bâton et essaya d'en frapper les animaux. Mais à chaque coup, ils sautaient d'un bond à plus de cinquante pas en arrière.
Le paysan vit qu'il avait affaire a des Loups sorciers et continua son chemin sans plus s'en inquiéter.
Es l'accompagnèrent en hurlant jusqu'au village, mais ils n'y entrèrent pas et disparurent comme par enchantement.
(Cmite en 1881, par M. Guilhert Emilie* , d'Ei.gleielmtr [Sammefr
l'éternueu
[Rès de la route d'Englebelmer se tenait autrefois un homme qui passait toutes les nuits à éternuer d'une façon continue. A quelque heure que l'on pût passer en cet endroit» on n'entendait que des atchi ! atcbi l atchi I sans cesse répétés ; aussi les passants s'enfuyaient-ils en se disant : C'est 1' « èternueu ! »
Bien des fois les jeunes gens des villages voisins s'étaient réunis le soir pour surprendre réternueu, mais quand ils étaient arrivés au lieu d'où partaient les atchi ! atclri î ils n'entendaient plus rien et le bruit ne reprenait que quelques minutes
après et à cinquante pas plus loin. L'homme ou le lutin se donnait le plaisir de faire courir les jeunes paysans le long de la route d'Englebelmer et toujours il demeurait insaisissable.
On avait fini, de guerre lasse, par s'habituer à Téternueu, et, comme le lutin n'avait jamais fait de mal à personne, on en vint à ne plus craindre de passer par la route eji'on se coutenta de se signer dévotement quand le bruit bien connu parvenait aux oreilles.
Un soir d'été, par un beau clair de lune, un paysan revenait d'un marché voisin. Bientôt il entendit les atchi ! de Téternueu, mais il ne s'en inquiéta pas-. Sans doute, le lutin n'avait pas autre chose à faire, car il se donna le plaisir de suivre le paysan pendant un bon quart de lieue en poussant son atchi I incessant. A la fin, le paysan ennuyé s'écria tout à coup :
— «c Avez-vous bientôt fini d'éternuer ainsi ? Que le bon Dieu vous bénisse vous et votre rhume! »
H n'avait pas fini ces mots, qu'un fantôme revêtu d'un grand drap blanc s'offrit à ses yeux : c'était Téternueu.
— « Merci, ami ; tu viens de me délivrer d'un
grand supplice. A la suite de mes péchés, Dieu me condamna à errer autour de ce village en éternuant sans trêve ni repos, du soir au matin jusqu'à ce qu'un vivant charitable me délivrât en me disant : « Dieu vous bénisse ! »
« Bien des années se sont passées depuis ce temps ; il y a pour le moins cinq cents ans que je viens ici éternuant toujours dès que je vois un voyageur. Aucun ne m'avait dit « Dieu vous bé- « nisse ! » Heureusement que ce soir j'ai eu la bonne idée de te suivre et que tu m'as délivré pour toujours. Encore une fois, merci. Adieu. »
Le fantôme disparut aussitôt et l'homme put rentrer à Englebelmer pendant que l'éternueu, délivré de son supplice, prenait sans doute le chemin du ciel.
A partir de ce jour on n'entendit plus le soir sur la route les atchi / du lutin.
C'est de là, ajoute-t-on, que date la coutume de dire à celui qui éternue : « Dieu vous bénisse ! » et celle de répondre à ce souhait par un. :
« Dieu vous le rende ! »
{Conté en farter z88i, par M. Étnilien Guilbert, d'Englebelmer [Sommé]').
LE BOTTEU
[ANS un jardin d'Englebelmer, on pouvait entendre autrefois, à la nuit tombante, le bruit que fait un « botteu » (i) en coupant les branches des arbres avec sa serpe. Ce bruit se continuait chaque soir jusqu'à l'heure de minuit. Ce moment arrivé on entendait tomber une quantité de branches sur le sol et le bruit cessait complètement pour recommencer le lendemain soir. Comme pour l'éternueu, les paysans avaient bien cherché à savoir ce qu'était le botteu, mais toujours sans résultats. On avait entouré le jardin; on avait entendu le bruit sec de la serpe frappant le bois, mais aucne branche ne tombait sur le sol et le botteu demeurait invisible.
On sut plus tard que ce botteu était un paysan mort depuis longtemps, qui revenait ainsi tous les soirs couper des branches d'arbres qui toujours repoussaient, en punition d'une mauvaise action qu'il avait commise autrefois. Il avait une
(i) Botteu, celui qui fait profession d'élaguer les arbres.
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haie mitoyenne avec un de ses voisins, et la nuit il lui était souvent arrivé d'aller « botter » le côté de la haie appartenant au voisin. En punition, le bon Dieu l'avait condamné à botter éternellement les arbres du jardin où ce vol s'était commis.
Les arbres du jardin ayant été abattus, on n'entendit plus le botteu et l'on ne sut jamais û le Seigneur lui avait pardonné ou s'il l'avait envoyé « botter » dans un autre village.
{Conte en février 1881, par M. Emilien Guilbert, ttEtigUbelmer [Somme]).
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