LES FÉES
ams les contes populaires et dans les légendes que jusqu'ici j'ai pu recueillir en Picardie, le rôle joué par les fées se réduit à bien peu de chose. Partout où dans les contes similaires des autres pays on rencontre une fée, on ne trouve ici qu'une sorcière ou la main du diable ou du bon Dieu. On voit pourtant leur souvenir dans nombre de dénominations : Montagne des Fées, Trou aux Fées et surtout dans les Champs aux Fées. Il n'est presque pas de village où l'on ne montre un espace circulaire où, d'après la tradition, les fées, les sorcières, les lutins et le diable se réunissaient à certains jours pour y faire le sabbat.
Les sorcières prenaient leur « manche à ramon » — manche de balai — et récitaient la formule sacramentelle :
« Saute haies, saute buissons, Fais-moi aller où ils sent. »
Et immédiatement elles se trouvaient portées an Champ aux Fées. Elles s'y livraient à des danses, à des chants, à des orgîe* sans nom et ne rentraient que fort tard dans la nuit. Leur âme j ouïssait même de la faculté de quitter le corps pour se rendre à ces réunions, et pendant ce temps la sorcière paraissait morte pour se ranimer au retour de l'esprit.
Plusieurs d'entre elles se déchiraient aux bois et aux buissons quand il leur arrivait de dire :
« Traverse haies, traverse buissons, Fais-moi aller où ils sont. »
De nos jours encore les paysans n'osent traverser les cercles fantastiques tracés par les sorcières et les lutins dans les Champs aux Fées, et l'on raconte mille aventures terribles arrivées aux audacieux qui essayèrent de découvrir les secrets des sorcières.