VI PRÉFACE
France, sur la matière, — M. Cosquin pense que tous les contes populaires, aujourd'hui connus dans les différentes parties de VEurope^ nous sont venus de l'Inde, par voie de communication directe et historique.
Je crois qu'il y a de l'exagération dans cette manière de voir, et que s^il avait dit la plupart des contes, il aurait été plus près de la vérité. Tous nos contes ne nous sont pas venus de l'Inde, ni fnême de VAsie; qu'on les y retrouve, dest possible, par le fait des migrations de provenance diverse et des relatiûns continues, depuis les temps antéhistoriques, de l'Asie avec l'Europe, Les échanges de fables, comme celui des objets de trafic, ont été réciproques; mais, V apport de l'Orient, dans le trésor commun, semble avoir été de beaucoup plus considérable. Cela provient sans doute de ce que la civilisation y a précédé celle des peuples occidentaux, et que des recueils y ont été faits, de bonne heure, lesquels se sont ensuite répandus et propagés dans toutes les directions,
M. Cosquin et M. Lang repoussent généralement, ou même absolument, les mythes, dans les contes po-^ pulaires. Suivant eux, nos ancêtres des temps primitifs imaginaient des fables merveilleuses, qu'ils se contaient, en gardant leurs troupeaux ou autour des feux des veillées et des bivouacs, uniquement pour
PRl^ACE VII
passer h temps, pour se récréer et satisfaire un "besoin inné à*idédl, qui s'éveillait déjà en eux.
Je penst que <fest encore aller trop loin, et que, sans abonder dans le sens de Max Midler, on doit aussi faire sa part aux mythes, si minime soit-eîle, dans les contes du peuple.
En résumé, je crois que dans les deux systèmes, celui de Max Mûller et celui d'André Lang, et même dans celui d'Evhémère ou V interprétation historique, il y a une part de vérité et une part d^ erreur. Le point délicat est de faire, dans chaque système, la part de vérité et la part d'erreur qu'il contient, — ce qui n'est pourtant pas impossible, il me semble, et je suis convaincu qu'après >flvoir disserté et discuté avec calme, et même quelquefois avec passion et vivacité, on finira par s'entendre, en prenant les parties saines de chaque système, et en négligeant les exagéra^ tions. Ce sera de l'éclectisme mythologique, si Von veut, mais préféfàble, à fnon avis, à l'absolutisme.
Pour en finir avec ces questions, sur lesquelles j'ai trop insisté, sans doute, contre mon intention première, je me servirai d'une comparaison qui rendra asseï ^'^ ^^ pensée :
Dans les contes de nos chaumières bretonnes, nous voyons souvent le héros du récit arriver au château