‹ Les livres à vignettes du XIXe siècleChapitre 3 sur 8 · I.K I.IVHI; A Vit. M ITh · texte numérisé non relu

I.K I.IVHI; A Vit. M ITh

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formes graphiques opposées à Fart officiel. Bien que vouée aux besognes romantiques, la vignette sur bois descendait parfois aux basses œuvres du pamphlet, et même, dans les Chansons Aq Déranger, faisait retour aux idées impériales. Quand la révolution avait éclaté tout à coup, la vignette sur bois marquait aux yeux des vainqueurs une sorte de solidarité morale, un commilitonisme dont on devait lui tenir compte. Elle eut de suite la situation prépondérante dans le livre, comme la lithographie dans Testampe ; ni Tune ni l'autre n'avaient pactisé avec les tendances rétrogrades des blancs, elles étaient pures de blâme, et méritaient d'être continuées.

Déjà, d'autres symptômes se manifestaient chez les écrivains. Les romanciers abandonnaient peu à peu le récit des histoires passées, pour se consacrer aux études contemporaines.

Le moyen âge déclinait sensiblement et cédait le champ aux inventions tirées de la vie journalière. Paul de Kock amusait ses contemporains de grosses charges, dont le succès grandissait. C'était comme un besoin d'affirmer son existence au regard des disparus dont les éditeurs ressuscitaient les œuvres ; en même temps que Dubo-

chet demandait à Gigoux rillustration d'un Gil BlaSj Barbier commandait à Raffet les vignettes destinées aux Œuvres de Paul de Kock, et souhaitait qu'elles fussent bien de leur époque. *Puis, comme s'il se fût trouvé bien osé de cette tentative, et par une sorte de compromis entre les anciennes modes et les aspirations modernes, l'éditeur voulut que ces vignettes parussent en tailles-douces, sauf à les rajeunir du mieux possible. Raffet débutait alors, mais son talent, sans avoir la note définitive, pouvait tenir la comparaison des plus habiles. Il fit, sur les données bouffonnes du romancier, la suite la plus documentée, la plus joyeuse qui se puisse imaginer; c'était, aux environs de 1833, ce que les Parisiens pouvaient souhaiter de meilleur pour commenter leurs allures, leurs modes et les mœurs de la société, du haut en bas de Téchelle. Il y a dans cette illustration des scènes impayables de brio et de vérité ; une soirée chez des grisettes, des troupiers et des bonnes dans un jardin, des réunions mondaines, des tabagies. Bref, un livre d'époque au premier chef, digne de figurer tout près des ouvrages similaires de Gravelot ou de Moreau, en dépit de l'écriture

un peu niaise et de nos jours méprisée que Paul de Kock jetait d'instinct et sans malice entre les mains des bourgeois.

A cause probablement des tailles-douces et de son prix élevé, cette édition n'eut point un débit considérable; gravées sur bois, les vignettes eussent été mieux appréciées. Les bibliophiles d'alors, orientés en arrière, laissèrent courir les images de Raffet, et la clientèle populaire du romancier se contenta des publications modestes plus à portée des bourses ordinaires. Aujourd'hui que Paul de Kock n'a guère de lecteurs, ses Œuvres illustrées par Raffet ont pris une importance de résurrection ; on ne les lit pas, mais les amoureux de belles choses les regardent, les habillent somptueusement et leur donnent une bonne place dans leur trésor.

Pour dire le vrai, toute la période comprise entre la révolution de 1830 et 1840 ne fut point favorable aux travaux d'art pris sur nature. La poussée inclinait encore vers les reconstitutions, et le Gil Blets avait le pas sur la littérature au jour le jour. C'est à proprement parler la queue du romantisme. Héloïse et Abailard, Napoléon, les troubadours ou la Révolution occupent les

idées. A peine si, dans ce fatras singulier, de rares notes d'époque apparaissent de temps à autre, très humblement, comme un danseur en habit noir dans un bal travesti. Il fallait qu'une réussite s'en vînt tirer la bibliophilie contemporàire de Tornière et la lançât dans une autre voie; mais, en pareille matière, c'est le public qui juge en dernier ressort, et il lui faut des années pour s'habituer aux nouveautés. Tant que les rééditions historiées de livres anciens suffirent aux éditeurs, ils s'en tinrent aux rééditions. Peut-être même l'Etat de choses, comme on disait, favorisait-il ce goût, qui lui laissait du répit, au lieu que la littérature contemporaine se fût vraisemblablement abandonnée aux critiques, sous couleur de parler la langue de son temps. Cantonnée dans les journaux, elle était plus facile'à mater, on la préférait soumise.

On avait montré un peu brutalement à Desmares qu'on n'aimait point l'ironie. Les Chansons de Déranger, illustrées par Grandville, en 1836, pour H. Fournier, ne furent point non plus des plus agréables. Tant d'allusions, primitivement destinées à d'autres, trouvaient leur emploi sous le régime nouveau ! Le propre des gouvernements

est d'éterniser au pouvoir une sensibilité d'épiderme extrême. Les mêmes hommes qui, dans l'opposition, jugeaient une malice avec une mansuétude émue, ne l'estiment plus guère supportable lorsqu'elle les retrouve aux affaires et les point de pareille manière. « Bon pour toi, mauvais pour moi, » dit la sagesse des peuples.

Aux approches de 1840, la décoration du livre est donc lancée dans la voie des rééditions. Elle a trois moyens principaux : le burin, l'eau-forte et la gravure sur bois. Le burin, devenu de plus en plus rare, comme je l'expliquais tout à l'heure; l'eau-forte, employée par les peintres graveurs romantiques, désireux d'écrire leur idée dans la traduction d'autrui, et qui s'attaquent aux travaux romantiques. L'eau-forte est alors une très naïve et pénible besogne, ténue et maigre à l'excès, où rien ne subsiste des grâces du dix-huitième siècle, ni des vigueurs âpres de Rembrandt. C'est volontairement et avec exagération la parodie artistique des petits tableaux dans lesquels les ouvriers d'un certain métier conservaient aux familles inconsolables les traits d'un défunt, en collant ses cheveux sur du papier. Aujourd'hui, ces médiocres tentatives ont leurs tenants qui.

pour bien peu, les réputeraient des chefs-d'œuvre. Il y en a de Célestin Nanteuil, des frères Johannot, de Léopold Robert, toutes semblables, inspirées des enluminures d'autrefois, encombrées d'ornements, à peine dessinées, bonnes tout au plus à marquer une intention dans la suite des vignettes du dix-neuvième siècle. Quelques-unes se risquaient à la note contemporaine, mais avec la préoccupation visible de se singulariser et de ne point faire vrai.

Restait le bois, qui n'avait point donné encore sa mesure complète, et qu'on réservait aux œuvres populaires, à cause de son prix moindre. Thompson et Brévière avaient fait des élèves, et la réussite inespérée du Gil Bios, de Jean Gigoux, permettait d'entrevoir un avenir brillant de ce côté. Publié en livraisons, au jour le jour, d'abord limité à une somme de vignettes, et bientôt à cause de son succès habillé plus richement, le Gil Bios avait été pour Dubochet ce qu'on est convenu d'appeler une bonne affaire. L'idée vint à l'éditeur Curmer de tenter l'aventure à son tour, maïs non plus en appliquant ses ressources â la résurrection d'un vieil auteur; Curmer, homme de son temps, sentait l'intérêt des lec-

teurs et des amateurs revenir aux mœurs contemporaines. Il imagina de demander aux jeunes écrivains, romanciers, critiques, vaudevillistes, historiens même, une série de tableaux d'actualité sur les habitants de Paris la grande ville. Chaque membre de la société fournirait une livraison, aurait son rédacteur spécial, son illustrateur, une couverture séparée, et on irait jusqu'à épuisement complet du sujet, tout en restant dans les limites d'une absolue bienséance et d'un art impeccable.

De cette pléiade de talents naquit le livre des Français peints par eux-mêmes^ première manifestation d'un titre qui devait par après jouir d'une popularité égale à celle des Blasons ou des Dits du moyen âge. En ce qui nous touche spécialement, les Français peints par eux-mêmes sont l'œuvre-type, le modèle rêvé. Inspirés seulement des scènes journalières, de la société vivante, de choses vues, ils ne laissaient rien aux intuitions, disaient le vrai, fournissaient aux illustrateurs un thème exempt de surprises. En aucun temps, pareille encyclopédie n'avait été essayée; celle-ci venait à son heure, résultante d'un état d'esprit spécial, d'un réalisme

encore mal défini et embryonnaire, dont l'expansion graduelle devait venir jusqu'à nous autres. Si les écrivains ne manquaient pas à Curmer, les artistes capables de le comprendre étaient moins nombreux : Monnier, que ses croquis parisiens indiquaient tout naturellement, poète des loges de portière, des boutiques d'épicier et des bureaux de ministère; Gavarni, déjà célèbre, plus mirliflor, plus du monde, avec une pointe de scepticisme très éprouvée, un dessin plus serré, des intentions plus soulignées que brutales; Daumier, rude, bourgeois, frappant dur, enlaidissant les laids et n'embellissant pas les beaux. Quant au reste, des comparses seulement, mais encore très amusants, quoique parfois dissolvants, tels Henri Emy, un caricaturiste du Charivari; Gagnier, voué aux grotesques, et que Curmer eût été sage de limiter.

Parti au hasard, Curmer avait inondé les librairies d'affiches polychromes, où dans une orle de figurines suggestives, le titre du livre s'enlevait en bleu. Aujourd'hui, nous réputerions mesquine cette étiquette de Café des Gourmets; en ce temps elle était une révolution. Régulièrement et suivant les promesses, les livraisons parurent

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