IMPRIMERIE A. QUANTIN
7, ROB SAINT- DBNOIT
C'est à bon droit que, sur la liste des amis des arts au moyen âge, la première place est réservée à Jean, duc de Berry, frère du roi Charles Y, né en 13&5, mort en 1A16. Ce prince a mérité les sévérités de Tbistoire par les exactions dont il se rendit coupable dans l'administration de plusieurs provinces du royaume ; mais nous ne pouvons nous empêcher de rendre hommage à son goût passionné pour les aits, et nous restons confondus d'admiration quand nous essayons de reconstituer par la pensée les mei*veilleuses collections dont les inventaires nous sont parvenus et dont de trop rares épaves ont échappé à l'action destructive du temps secondée par l'incurie des hommes et par la violence des révolutions.
Les livres d'heures sont peut-être les monuments qui nous donnent ridée la plus juste du goût et du luxe de Jean, duc de Berry. Ceux qui subsistent n'ont pas encore été tous signalés ou du moins exactement décrits. L'étude en est d'autant plus intéressante qu'elle peut s'appuyer sur des documents contemporains, et que, dans plus d'un cas, il y aura moyen d'indiquer d'après des textes, et non pas seulement d'après des conjectures, l'origine des livres dont nous admirons les peintures et les ornements.
J'ai donc pensé qu'il y avait utilité à passer en revue les livres d'heures qui ont appartenu au duc de Berry, ou qui ont été exécutés par ses ordres. Mon examen ne se bornera pas aux livres d'heures proprement dits ; il eût été impossible de n'y pas comprendre des psautiers et des bréviaires, qui, à certains égards, doivent être assimilés aux livres d'heures, et qui étaient, comme ceux-ci, exécutés non pour des gens
d'église, mais pour des laïques. Il est, du reste, bien entendu que je m'occuperai exclusivement des livres de luxe, destinés à T usage personnel du prince et des membres de sa &mille. Je laisserai de côté les livres litiurgiques, affectés au service de la chapelle, encore bien que plusieurs d'entre eux fussent décorés avec beaucoup de recherche et d'élégance.
Avant d'étudier les volumes qui subsistent encore et qu'il m'a été donné d'examiner dans différentes collections publiques ou particulières, il faut soigneusement recueillir dans les débris des archives du duc de Berry les témoignages relatifs aux livres dont nous aurons à nous occuper. À peu d'exceptions près, ils nous ont été fournis par trois inventaires que, pour la facilité des renvois, je désignerai par les lettres A, B etc.
A. Inventaire dressé en 1A02, lors de la prise en charge par Robinet d'Estampes. A la Bibliothèque nationale, ms. français lli96.
B. Inventaire dressé à la fin de janvier lil3 (nouveau style) et complété en lil6, au moment de la mort du duc de Berry. Aux Archives nationales, registre KK 258.
G. Inventaire dressé en lil6, après la mort du duc de Berry, et faisant partie du compte de Jehan le Bourne, commis à faire la recette et la dépense des deniers de l'exécution du testament du prince. Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. Lf. 5A.
Quand une même notice sera répétée sur plusieurs inventaires, je me contenterai de donner le texte du plus ancien manuscrit^ et je négligerai les variantes dénuées d'intérêt.