‹ Les Livres d'Histoire Moderne UtilisésChapitre 7 sur 48 · D, EL D · texte numérisé non relu

D, EL D

rieur l'y aille trouver.

[L. XIX, f. 469 ve.)

J'ai, à dessein, pour les passages empruntés par Montaigne, rapproché du texte de Guichardin la traduction de Chomodey, la seule, à ma connaissance, qui ait été donnée au XVIe siècle. On pourra, en Comparant entre elles ces diverses versions, s'assurer que Montaigne ne doit rien à Chomodey et qu'il lit, par conséquent, Guichardin en italien. Aucune des expressions caractéristiques des traductions de Montaigne ne se rencontre dans celles de Chomodey. Il y a plus : dans la narration de l'accident advenu à Laurent de Médicis près de Mondolphe, Guichardin dit que, s’il ne se fût pas baissé, il aurait reçu l’arquebuse dans le corps, «nel corpo » ; or, tandis que Chomodey traduit: ( dans le dos », au rebours Montaigne écrit « dans l'estomac ». C'est dire que les deux traducteurs, légèrement infidèles l'un et l’autre, sont indépendants : tous deux ont vu diversement la position de Laurent au moment où partit le coup. Montaigne lit donc Guichardin dans le texte italien (1). Dans la première édition des ÆEssiis Montaigne écrit : « Je ne scay parler que la langue Francoise, encores est elle alterée (2) ».

Après son voyage d'Italie, il corrige ainsi : « Mon langage françois est altéré. » Il supprime l'affirmation que la langue française seule lui est connue : c’est avouer implicitement qu'une autre langue maintenant lui est familière et qu'en Italie il à appris à s'exprimer en italien. Son Journal des Voyages est en partie rédigé en italien. Soit, la pratique de la langue, c’est son voyage qui la lui a donnée, c’est à lui qu'il doit l'habitude de parler et d'écrire l'italien ; mais ne nous y trompons pas : avant

(1) C'est d’ailleurs ce qu'on pouvait inférer d'une phrase du chapitre « Des Livres » (11, 10). A propos de la notice inscrite par lui en tête de son Guichardin, Montaigne disait : « Quelque langue que parle mes livres, je leur parle en la mienne ».

(2) IT, 47, D., t. IL, p. 249-

it

son voyage, il le lisait déjà, il usait de livres italiens. Voilà ce que nous apprend Guichardin, et cette constatation est utile pour la recherche des sources.

Bouchet

Parmi les sources historiques de cette première période qui ont échappé aux commentateurs, la principale est cerlainement le livre de Jean Bouchet intitulé : « les Annales d'Aquitaine, faictz et gestes en sommaire des roys de France et d'Angieterre et des pays de Naples et de Milan ». Montaigne cite à deux reprises dans ses Essais le nom de Bouchet, ce qui aurait dû mettre sur la voie ; mais, dès le temps de Coste, les Annales d'Aquitaine étaient depuis bien longtemps oubliées. Cela n'empêche qu'au XVIe siècle elles ont eu un succès très considérable. Parues en 152%, elles sont sans cesse réimprimées jusqu'en 1557, et beaucoup de ces réimpressions sont augmentées d'additions qui poussent le récit des faits jusqu'à l’année présente.

Nous connaissons une quinzaine d'éditions de cet ouvrage, qui ont été publiées dans l’espace de ces trente-trois années. Après cette date, les Annales d'Aquitaine semblent n'être plus réimprimées qu'une fois au XVI siècle ; ce n'en est pas moins, au temps de Montaigne, un livre important. N'oublions pas d’ailleurs que, pour un Gascon, il offre un intérêt tout particulier, puisque c'est de son pays qu'il lui parle. Elie Vinet, dans ses «Antiquités de Bordeaux » et dans les «Antiquités de Saintes », cite à plusieurs reprises le témoignage de Bouchet.

Les légendes et les miracles tiennnent une large place dans les Annales d'Aquitaine. Montaigne a fort bien démèlé que l'autorilté en élait médiocre : (© quand nous lisons, dans Bouchet, les miracles des reliques de sainet Hilaire, passe : son crédit n’est pas assez grand pour nous oster la licence d'y contredire (1) ». En dépit de ce jugement, il a fait de nombreux emprunts aux Annales d'Aquitaine.

Montaigne

Bertrand du Glesquin mourut au siege du chasteau de Rancon, pres du Puy, en Auvergne, Les assiegés, s'estant rendus apres, furent obligez de porter les clefs de la place sur le corps du trespassé.

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