‹ Les livres de Dieu: Moïse et le TalmudChapitre 170 sur 184 · mSp ^TOT D^ttra · texte numérisé non relu

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des femmes est léger. Et pourtant, ces mêmes femmes, par leur vie et par leurs actions, ont donné des preuves irréfragables de leur grandeur d'âme et de leur esprit divin.

Chose extrêmement curieuse ! Le Talmud, déniant tout droit d'égalité à la femme, la forçant, avec saint Paul, de cacher, comme signe d'infériorité, le plus bel ornement de la tête, sa chevelure, sous un épais voile, plus tard, sous un bonnet, contient en même temps des histoires, des légendes et des romans qui tous sont autant de témoignages, non-seulement de la vertu de la femme, mais encore de sa science et de sa raison supérieure. C'est que partout où régnent l'injustice et l'oppression, la vie donne des démentis continuels aux faux principes, qui ont été l'oririne de ces violences et de ces tvrannies. La femme a toujours protesté par ses vertus contre l'opinion vicieuse que l'homme, par égoïsme,

se faisait sur son compte. Partout où l'on a nié le noble mouvement de son cœur, elle a répondu : Regardez-moi! je marche, je pense, je sens, je- sais. Cela a suffi pour confondre ses détracteurs, mais cela n'a pas désarmé ses exploiteurs !

Yaltha, dit le Talmud, était aussi belle que savante *. Elle était versée dans la science théologique et tenait même dans sa maison une école talmudique. Le Talmud exclue la femme de toute fonction sacerdotale et rabbinique. Yaltha protesta contre cette injustice. Ses discussions à cet égard, son opposition contre son mari, étaient de notoriété publique. A toutes ces objections, le rabbi n'avait qu'une réponse •

« L'esprit de la femme est volage et capricieux. » Yaltha, à la fin, opposa à cet argument sa propre personne, sa science et sa vertu. Le rabbi se tut; mais, peu de temps après, il fit entrer dans sa maison un jeune étudiant d'une grande beauté, et le mit sous la protection spirituelle de Yaltha. Le Talmud ne dit pas si cet

1 . L'histoire de Yaltha est attribuée à Bémria, la femme de Rabbi Meïr.

astucieux mari était vieux ou jeune, si lui-même remplissait ses devoirs de mari. En tous cas, il lui était permis d'avoir plusieurs femmes. Au bout de quelque temps, la professeuse devint amoureuse de son disciple; elle lui fixa un rendez-vous. Le mari, instruit par le jeune homme, s'y rendit à sa place, et, comme un vrai cuistre qu'il était, il ne lui adressa pour tout reproche que sa devise ordinaire :

c< Naschim deathon Kaloth. Vous le voyez, le Talmud a raison, les femmes sont légères d'idées. »

Yaltha, soit honte, soit confusion, soit douleur d'avoir été trahie, attenta à ses jours !

Cette histoire, vraie ou fausse, est citée par le Talmud comme justification de ses principes sur la femme. Eh bien! en l'admettant telle quelle, elle est plutôt un témoignage en faveur de la femme.

D'abord, il n'est pas prouvé que Yaltha, même infidèle, n'eût pas rendu à la science et aux lettres plus de services que son indigne mari obscur. Nous verrons tout à l'heure de quelle grandeur d'âme, de quel courage Béruria

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a fait preuve. Et cette même histoire est attribuée à Béruria.

En second lieu, il eût fallu que son mari eût résisté à cette même tentation, eût triomphé de ce même danger. J'en doute fortement; mais il ne se serait pas pendu, c'est certain.

En troisième lieu, nous ne savons pas si Yaltha pouvait être fidèle à quelque chose. Là où les devoirs sont égaux, il faut absolument que les droits le soient de même \

i . Pareille histoire est arrivée à Voltaire avec Mme Duchatelet. Mais Voltaire était un homme sincère qui se rendait justice. Voici le fait : Mme Duchatelet, la femme la plus savante et la plus spirituelle de son siècle, depuis vingt ans l'amie inséparable de Voltaire, eut, vers l'automne de sa vie, une faiblesse pour le jeune Saint-Lambert, of&cier et poëte, que V^oltaire avait introduit dans sa maison. Elle fut bien vite punie, car elle mourut au château de Lunéville, des suites d'une couche, à l'âge de quarante -deux ans, étouffée par une crème à la glace qu'elle venait de prendre, et sans pouvoir adresser une parole ni à Voltaire, ni à Saint- Lambert, ni au roi Stanislas, qui descendaient dans sa chambre pour lui porter secours.

Voltaire fut inconsolable : il savait qu'il était trompé. A la vue de la mort de cette femme chérie, il tomba dans les bras de son rival, en s' écriant : « Vous n*avez rien perdu ; « moi je perds tout 1 » Là-dessus, le roi de Prusse, qui depuis longtemps était jaloux de l'attachement de Voltaire

Mais où trouver un homme égal en sagesse et grandeur d'âme à Bëruria, la femme de Rabbi Meïr ? Elle avait trois fils plus beaux l'un que l'autre. Un jour, pendant que le mari s'était rendu

pour cette femme, parce que le poëte ne voulait jamais la quitter pour aller à Berlin, Frédéric se moqua de la donleur inconsolable de son ami, et lui dit, dans une lettre, ce que Rabbi Meïr disait à Yaltha : « Après tout, c'était une « femme légère qui vous a été infidèle. » — « Infidèle à quoi? » répond Voltaire au roi. « Je ne suis pas un amoureux (il avait cinquante -trois ans) ; j'ai perdu un ami de vingt années, un grand homme qui n'avait de défaut que d'être femme, et que tout Paris regrette et honore. Une femme qui a été capable de traduire Newton et Virgile, et qui avait toutes les vertus d'un homme, aura sans doute part à vos regrets. Vous n'auriez peut-être pas jugé d'elle comme vous avez fait, si elle avait eu l'honneur d*étre connue de vous. »

Et, dans une autre lettre :

« Je me borne à regretter, dans la retraite, un grand homme qui portait des jupes, à respecter sa mémoire et à ne point me soucier de ses faiblesses de femme. »

Je ne justifie pas Mme Duchatelet qui, il faut dire, se rendait justice elle-même. Mais Voltaire, dans son rôle, est tout simplement admirable, tandis que le mari de Taltha, exposant sa femme de gaieté de cœur, par vanité et amourpropre, est un pédant sans cœur et sans amour. U ne l'aimait pas ; il manquait envers elle à tous ses devoirs d'homme et de mari! Ainsi sont tous les ennemis des droits de la femme !

à rAcadëmie, où il professait, ses fils, dans une promenade autour de la ville , tombèrent dans une fosse ; tous trois y trouvèrent la mort ! On les rapporta asphyxies à la mère. Elle, les étend sur une litière, les couvre d'un linceul et va au-devant de son mari : u Maître, lui dit-elle, j'allais te quérir; on t'attend chez nous pour juger une question très-grave. Un homme est venu et m'a dit ceci : 11 y a déjà des années, quelqu'un m'a confié un dépôt précieux ; je m'en suis fidèlement chargé; ce dépôt, je l'ai conservé, cultivé, embelli, agrandi, au point que je ne puis plus m'en séparer, sans risquer de mourir de chagrin et de douleur. Ce matin, soudain, le propriétaire du dépôt s'est présenté chez moi et m'a réclamé le bijou, que je considérais comme m'appartenantàmoi. Promesses, prières, pleurs, menaces, rien ne Tébranle ; il lui faut son dépôt aujourd'lmi même. Maître, faut-il le lui rendre? Je ne le lui rendrai que sur l'ordre du grand juge le rabhi. Cet homme t'attend chez nous; je suis allée au-devant de toi, pour te donner le temps de réfléchir avant de prononcer. »

— « Il n'y a pas de quoi réfléchir une mi-

nute, s'écria le rabbi; il faut rendre le dépôt! y^

Ils étaient arrivés à la maison ; la mère retira le linceul et dit au père : « Voilà le dépôt sacré que Dieu, qui nous l'avait confié, est venu ce matin nous redemander. Nous le lui rendrons, d'après ton jugement, sans murmurer. » Et le pieux rabbi s'écria : « Jéhova l'a donné, Jéhova l'a ôté ; béni soit le nom de Jéhova ! »

Comment, après un récit pareil, le Talmud ose-t-il encore dire : Naschim Dtathon Kaloth ! Où, dans l'histoire, y a-t-il un exemple d'une âme plus mâle, plus forte que celle de cette mère, de cette épouse? Qu'il y ait des femmes légères, quoi d'étonnant? Elles sont les élèves des hommes plus que légers. Que la femme soit moins limitée pour le mal que l'homme, qui en doute? Mais, précisément parce que sa nature lui permet de pousser le vice jusqu'à l'excès, il lui faut trois fois plus de force morale pour aspirer, pour atteindre à l'idéal de la vertu. Et elle y aspire naturellement, grâce à sa nature spirituelle, à moins d'être corrompue, exploitée par l'homme, dont l'intérêt, le vice et l'égoïsme

trouvent leur compte dans cette chute et dans cette abjection.

Le Talmud a humilié, annihilé la femme, si brillante . encore sous le second temple. Sous son règne, le judaïsme s'est bien vite éclipsé dans une science scolastique, ingrate, stérile, morbifère.

De toute la vie, il ne restait aux juifs du Talmud que la science de mourir. Et, quant à la femme, on dirait que, durant des siècles, elle était allée au ciel pour ne redescendre sur la terre qu'au moment où la raison ressuscitait, avec la liberté et l'égalité à sa suite.

il est encore une autre histoire dans le Talmud, une légende romanesque exquise de sentiments, mais seulement ébauchée, car elle est sans conclusion.

Il y avait, près de Pumbeditha, un riche avaricieux, nommé Kaleb Sebua; il avait plus de 400 esclaves, une fille unique et un grand nombre de serviteurs. Parmi ces derniers, se trouvait le jeune pâtre Ekiba, distingué par son intelligence, son esprit et sa conduite. La jeune fille de l'harpagon juif aimait à s'entretenir avec

ce jeune homme et l'encourageait à quitter Je travail manuel pour étudier la loi, afin de jeter quelques rayons de gloire sur Israël. Ekiba ne demanda pas mieux que de partir pour Pumbeditha, où se trouvait une académie talmudique. Plus grande fut encore sa joie quand la jeune fille lui dit, qu'elle espérait partager sa gloire future, et qu'elle l'autorisait à demander d'ores et déjà sa main à son père. Pour toute réponse, le père chassa son valet, et la jeune fille ayant déclaré, à son tour, qu'Ekiba serait un jour la gloire d'Israël, et qu'elle n'épouserait jamais un autre homme, le père la maudit et l'expulsa sans miséricorde de sa maison. Ekiba et sa bien-aimée se marièrent pourtant. — D'après la loi juive, deux témoins suffisent pour accomplir le mariage. — Pauvres et abandonnés de tous, ils ne trouvèrent d'autre habitation qu'une misérable chaumière, en face du palais de Kaleb, où, pour tout meuble, ils n'avaient qu'une litière de' paille. Dans cette chaumière, la femme donna à son mari des leçons rudimentaires de la langue, afin de le préparer à la grande étude de la doctrine. Elle était à la veille d'accoucher, privée

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de tout et honnie par les esclaves de son père. Un jour, un ange se présente à la chaumière et dit : a Mes amis, ma femme est prête d'accoucher, et je n'ai pas un brin de paille à ma disposition. » Ekiba partagea avec lui sa botte de paille, et dit à sa femme : « Tu le vois, il y a encore de plus pauvres que nous. » Triste consolation, mais les malheureux se consolent de peu.

Ici la légende fait un saut de plusieurs années. Ekiba était devenu la gloire d'Israél. Chef et recteur de l'académie de Pumbeditha, il allait se rendre à l'endroit où il avait vécu pauvre, ignorant et ignoré, suivi d'un corlége de plusieurs milliers d'élèves. La légende ne dit pas ce que, pendant cette intervalle, était devenu son ange tutélaire. Autant pourtant que je me le rappelle, le Talmud dit que cette femme, humble et modeste, se trouvait parmi la foule qui acclamait et proclamait la gloire de son mari, l^e Talmud n'avait en vue (jue le triomphe d'Ekiba, et c'est vraiment dommage. Quelle belle scène ! Cette noble femme, confondue dans la foule, versant des larmes de joie, en se disant : « Voilà mon

œuvre; je ne me suis pas sacrifiée pour rien. » Puis, Ekiba, lapercevanl, accourant vers elle, la saisissant par la main, et disant au peuple et à ses disciples enivrés : « Voici l'âme, voici la créatrice de mon œuvre ! » Quel beau spectacle de voir ces milliers de jeunes gens fléchir le genou devant cette céleste vertu, devant cette divine femme; puis la conduire en triomphe auprès de son cruel père qui vivait encore, et qui, reconnaissant son erreur, demande pardon à sa fille d'avoir méconnu sa grandeur et sa splendeur d*àme. Il y a là tout un drame divin en rhonneur et pour la glorification de la femme. Mais le Talmud n'en a pas connu la portée; il n'en a même pas conscience; il ne raconte cette légende que pour glorifier Ekiba, son savoir, sa pauvreté, sa résignation et son élévation. Il a omis jusqu'au nom de cette admirable femme, de cette sublime juive !

Après avoir 6té à la femme ses devoirs et ses

droits, le Talmud s'en préoccupe plus que jamais. Il y revient à tout propos et même hors de propos. Il en dit autant de bien que de mal. Il en fait une étude constante, même sous le rapport anatomique et hygiénique. Citons en quelques exemples.

Rabbi José * narguant un peu la Genèse, s'écrie* : <c II a maudit la femme et tout le monde court après elle, il a maudit la terre et tout le monde se nourrit d'elle ! » On le voit, les Talmudistes avaient leur liberté de discussion, (le Rabbi José blasphème quelque peu. Il raille la malédiction de Dieu ou l'auteur de la légende.

Rabbi Jéhoschuah se lève et s'écrie* : « Que m'importe votre voix du ciel. Moïse n'a-t-il pas dit : « Ma doctrine n'est pas au ciel. » Et puis d'ailleurs il est écrit : « D'après la majorité tu dois pencher*. » C'est-à-dire, en termes vulgaires, la loi divine est humaine et se fait par la

i . Traité Jouma, livre 11'.

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