Nombres, chap. x, v
prêtre à la place de son père. Mais la tribu des Lévites n'avait pas, ne devait pas avoir d'influence politique d'après le statut de Moïse. L'iïe^ redite dans cette tribu restreinte ne lui paraissait d'aucun danger ; le fils pouvait officier à la place du père ; il ne fallait pour ces fonctions qu'une longue habitude sacerdotale et une grande pureté de mœurs^ qualités accessibles à tous les hommes de bonne volonté. Il n'en était pas de même des qualités que l'on exige d'un chef politique en même temps général en chef. Et pourtant dans l'hérédité sacerdotale des Lévites se trouve la plaie vive, le centre de corruption de la loi politique de Moïse. C'est pour avoir manqué de logique et de conséquence que l'édifice si péniblement élevé de Moïse a croulé. Ce vice d'organisation se fait sentir dès le début. Déjà, dans le désert, la famille de Korah se révolte contre l'hérédité sacerdotale de la tribu de Lévi. Moïse répondit par un coup d'État ; mais le peuple, à son tour, sachant très-bien comment et de quelle manière les Koréites ont été vaincus, répond : « Fais-nous donc tuer nous tous ! » Plus tard, deux tiers d'Israël , plutôt que d'accepter
LOI FONDAMENTALE DE MOÏSE. i2i
rhéredité sacerdotale des Lévites, vont se créer d autres dieux^ d autres lois et d autres prêtres. Il se peut^ comme le fait observer si judicieusement le grand Spinoza , il se peut que Moïse, tenant avant tout à ce que ses prêtres n'eussent pas de propriété, fût forcé de vouer toute une tribu au sacerdoce ; mais il n'en est pas moins vrai que la chute d'Israël est uniquement due au principe d'hérédité, nié partout dans le système de Moïse, admis seulement par privilège dans la tribu de Lévi. Là est la cause première de toutes les révoltes, de toutes les divisions intestines, de toutes les guerres civiles en Israël. Ce fut là aussi Tunique cause de l'établissement du royaume d'Israël, se séparant du royaume de Juda, qui seul a conservé l'hérédité de la tribu de Lévi. Le royaume de David une fois scindé, sa perte était inévitable*. Quant au second temple , les prêtres, les Pharisiens s'étant emparés du pouvoir, ils en ont fait , contrairement à la loi de Moïse , une véritable théocratie, interpré-
i. Voir Traité théologiro^poli tique de Spinoza, qui attribue la chnte dn premier temple uniquement à cette inconséquence de Moïse.
d22 LES LIVRES DE DIEU.
tant la loi d'après leur bon plaisir, la tronquant ou la défigurant au gré de leurs intérêts, créant forcément des sectes et des divisions qui, après avoir tiraillé en tous sens le pays, ont fini par le livrer à l'étranger.
L'État de Moïse, sauf cette exception, reposait entièrement sur le principe électif et sur l'assentiment du peu()le, y compris les femmes. Sa propre loi , Moïse l'expose devant le peuple (espèce de suffrage universel acclamant), tous répondent Amenai ce qui veut dire : « Oui, ainsi soit-il, » surtout pour les défenses*. Plus d'une fois, Moïse en appelle à cette acclamation. Il dit' : « Vous tous, vous êtes debout aujour- « d'hui devant Jéhovah votre Dieu, vos chefs, vos « juges, vos anciens et vos administrateurs, tous « hommes d'Israèl. Vos enfants, vos femmes, « l'étranger qui est dans ton camp, depuis le w fendeur de bois jusqu'au puiseur d'eau, pour « passer le pacte avec Jéhovah ton Dieu. »
Ce pacte, Moïse l'a scellé au nom de Jéhovah