‹ Les lois de l'imitation, étude sociologique (volume 2)Chapitre 2 sur 98 · VIII PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION · texte numérisé non relu

VIII PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION

une action d'autrui, qu'il imite cette idée ou cet acte. Mais, si c'est sciemment et délibérément qu'il emprunte à son voisin une façon de penser ou d'agir, on accorde que l'emploi du mot dont il s'agit est ici légitime. Rien, cependant, n'est moins scientifique que cette séparation absolue, cette discontinuité tranchée, établie entre le volontaire et l'involontaire, entre le conscient et l'inconscient. Ne passe-t-on pas par degrés insensibles de la volonté réfléchie à l'habitude à peu près machinale ? Et un même acte change-t-il absolument de nature pendant ce passage? Ce n'est pas que je nie l'importance du changement psychologique produit de la sorte ; mais, sous son aspect social, le phénomène est resté le. même. On n'aurait le droit de critiquer comme abusif l'élargissement de la signification du mot en question que si, en l'étendant, je l'avais déformé et rendu insignifiant. ^^^^^Vt^Mais je lui ai laissé un sens toujours très précis et caractéristique : celui d'une action à distance d'un esprit sur un autre, et d'une action qui consiste dans une reproduction quasi photographique d'un cliché cérébral par la plaque sensible d'un autre cerveau*. Est-ce que si, à un certain moment, la plaque du daguerréotype devenait consciente de ce qui s'accomplit en elle, le phénomène changerait essentiellement de nature ? — J'entends par imitation toute empreinte de photographie inter-spirituelle, pour ainsi dire qu'elle soit voulue ou non, passive ou active. Si l'on observe que, partout où il y a un rappart social quelconque entre deux êtres vivants, il y a imitation en ce sens (soit de l'un par l'autre, soit d'autres par les deux, comme, par exemple,

'Ou du même cerveau, s'il s'agit de l'imitation de soi-même; car la mémoire et l'habitude, qui en sont les deux branches, doivent être rattachées, pour être bien comprises, à l'imitation d'autrui, la seule dont nous nous occupons ici. Le psychologique s'explique par le social, précisément parce que le social naît du psychologique.

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