CHAPITRE II
RAISON DU MOUVEMENT DES LIQUIDES VIVANTS — ATTRACTION VITALE OU ORGANIQUE. — IDÉE ÉLÉMENTAIRE DE LA CIRCULATION.
Les préjugés touchant lauature du mouvement chez les animaux sont nés de l'anatomie morte ou topographique, et c'est par elle qu'ils sont entretenus. Cette anatomie du fait accompli est éminemment favorable au mécanicisme. Elle prend et étudie les organes tout faits. Elle les suppose par conséquent inertes, et les meut extérieurement. Telles sont en effet les trois conditions d'un mouvement mécanique : 1 " l'existence de deux corps distincts et pouvant exister l'un sans l'autre; 2° que ces corps soient inertes; 3° que le mouvement leur soit imprimé du dehors ou par j uxtaposition. Donc, s'il s'agit du mouvement d'un liquide dans une cavité comme un vaisseau, on placera toujours la cause de ce mouvement dans la paroi. Ce mouvement de la paroi lui-même, on ne se demandera pas d'où il vient. On le prendra aussi pour un fait accompli. L'impulsion partira donc du dehors pour s'apphquer à un liquide inerte. Ces conditions posées — et dans l'école anatomique on ne remonte pas plus haut — une théorie mathématique de la circulation du sang sera inévitable ; et toute tentative pour y introduire la vie sans une radicale extirpation du principe
HAlSOiN DU MOUVEMENT DES LIQUIDES VIVANTS. 13
de mécanique nécessairement contenu dans l'anatomie du fait accompli ne sera qu'un monstre physiologique comme l'éclectisme seul peut en enfanter.
Mais si ou prend son point de départ dans l'embryologie vérifiée par les grandes données de l'anatomie comparative, on voit tout le contraire de ce qu'enseigne l'École depuis la Renaissance et Harvey, on voit le mouvement élémentaire du sang produit par intussusception, ou spontanément, et dès lors véritablement engendré.
Et, en effet, d'oii naît le sang? (Ici il est bien entendu que je ne parle que du sang proprement dit et non de ses matériaux antérieurs à l'appareil circulatoire.) Du blastème de l'appareil circulatoire. Comment? par intussusception. Eu naissant, en évoluant, il se meut. Se former et se mouvoir sont en lui deux actes simultanés, contemporains; et le mouvement ne le quitte plus qu'à la mort.
Or, comme sa conservation n'est qu'une reproduction et une génération continues, et que son mouvement en est inséparable, il est prouvé que son mouvement, et bientôt sa circulation, sont eux-mêmes une incessante évolution, une génération continue.
Le mouvement est nécessaire au sang; c'est une de ses propriétés.
Donner une théorie mécanique du mouvement du sang ou de la circulation est donc aussi énorme que de donner une théorie mécanique de sa génération. Le sang se meut en se formant, il se forme en se mouvant, et comme il se forme toujours, il se meut toujours. Son mouvement ne lui est pas ajouté: il est donc sanguificateur. Ce mouvement n'étant pas extérieur au sang, il ne vient d'une paroi
li CIRCULATION DU SANG.
qu'auxiliairement, il appartient au sang primitivement et essentiellement ; il n'a donc rien de mécanique.
Toutes les humeurs coagulables sont dans ce cas; elles sont essentiellement animées d'un mouvement. Cela est bien évident lorsque le sang n'a encore ni parois contractiles, ni parois à cils vibratiles, ni même peut-être de parois quelconques, et encore moins, sans doute, de centre musculaire d'impulsion.
Nous examinerons plus tard la fonction de la paroi musculaire, et si le mouvement que le sang reçoit d'elle est primitif ou secondaire, essentiel ou auxiliaire. Parlons du premier, de celui sans lequel l'autre n'aurait pas de raison d'être.
J'ai dit que le mouvement était une des manifestations de l'attraction. Le mouvement primitif et essentiel du sang est une des manifestations de l'attraction vitale ou organique dont cette humeur et dont tous les tissus vivants sont doués .
Avant Newton, on croyait que les astres étaient charriés par des forces extérieures, poussés on tirés comme une voiture par un cheval.
Depuis, on sait que l'attraction est un des modes de l'activité essentielle de la matière ou des corps. Attribuer le mouvement primitif et essentiel du sang à une propriété motrice de sa paroi, c'est en physique générale retourner à Kepler, nier Leibnitz et Newton, comme en physiologie c'est nier Haller et Borden et rétrograder jusqu'à Boërhaave.
Si les corps inertes ou inorganiques sont essentiellement doués d'attraction, les corps vivants ou organisés ont aussi la leur, essentielle comme celle des masses inanimées. Le
sang qui n'a plus de mouvement propre est un sang qui ne se forme plus, un sang mort. Sa fluidité^, son mouvement, sa vie, ne sont pas trois choses séparables.
Mais quel est le principe, quelle est la raison de ce mouvement et, par conséquent, de cette attraction? Il faut le savoir sous peine de retomber dans le mouvement indéterminé et d'être ressaisi par l'abstraction ella mécanique.
Le sang se meut et oscille dans les organismes inférieurs avant l'existence de tout appareil circulatoire. — Raison de ce mouvement primordial. — Hydrostatique ou mécanique circulatoire absolument exclues par cette loi générale : Les actes dont se compose la circulation chez l'adulte évoluent dans l'ordre où ont évolué dans l'embryon les parties organiques dont est formé le grand appareil circulatoire. — L'éclectisme, qui allie spécieusement des principes contraires sur ce sujet, plus faux encore que le pur mécanicisme.
Le mouvement élémentaire du sang, celui qu'on observe dans les animaux les plus inférieurs de la série et au point le plus rapproché de l'apparition du sang dans le développemennt embryonnaire, est un mouvement d'oscillation.
Avant la formation d'un appareil circulatoire, et même d'une paroi vasculaire distincte ; avant que l'appareil respiratoire se centralise dans une brancliie ou dans un poumon, et alors que l'animal presque homogène fait la même chose partout, digère, se reproduit, respire, excrète, sent et se meut également par tous lés points de son corps, sa circulation n'est pas plus centralisée que toutes
les autres fonctions. Il n'y a pas de centre de circulation parce qu'il n'y a pas d'organe central de la respiration. Une circulation n'aurait donc pas encore de raison d'être; nous saurons bientôt pourquoi il y a oscillation. Alors deux ordres de vaisseaux sont inutiles. Le même vaisseau, lorsqu'il y a un vaisseau, est tout à la fois artère et veine.
La division du travail circulatoire suppose la centralisation de la fonction respiratoire. Il n'y a deux ordres de vaisseaux, les uns centripètes, les autres centrifuges, qu'à cette condition, c'est-à-dire que parce que le sang doit aller incessamment du plasma à Fair et de l'air au plasma, de l'aliment respiratoire à l'aliment plastique et réciproquement.
Le sang oscille donc alternativement attiré et repoussé, et ce mouvement primitif représente et renferme déjà l'idée ou le plan de la circulation. Le sang va et vient constamment, c'est sa vie, même sans parois distinctes d'abord, même sans impulsion extérieure, dans des canaux hématophores qui sont comme creusés dans un parenchyme général au sein duquel va se former le rudiment des vaisseaux qui sera plus tard leur membrane interne.
Quand on cherche la raison de ce double mouvement du sang, on n'en voit pas d'autre que la double attraction exercée sur lui par le plasma général et par l'air, double stimulus de nécessité, comme aurait dit Hunter, qui l'attire constamment vers son ahment excitateur pour le porter ensuite 'à son aliment formateur, et réciproquement.
Le iluide nourricier de tous les êtres vivants est soumis à cette double attraction de la part de l'air atmospliérique et de la trame organique générale ou du plasma. La sève cherche l'air et la lumière pour être apte à chercher ensuite le tissu qu'elle doit constamment engendrer, il ne s'agit ni de cœur ni de vaisseaux comme cause de ce double mouvement : il est propre à la sève, il est essentiel au sang. Changez dans une plante la direction de la lumière et de l'air, et la sève sera attirée dans cette direction nouvelle.
Qu'un tissu soit modifié, qu'il ait cessé de vivre, et la sève elle sang n'étant plus attirés de ce côté, on les verra opérer leur conversion vers un autre point vivant du plasma , sans autre cause appréciable qu'un changement dans la direction de l'attraction organique. Voilà le mouvement organique, animé ou dirigé par une idée, une fin. L'inflammation fournit à ce sujet des faits qui parlent d'eux-mêmes. Irritez un point d'une membrane en y implantant l'aiguille la plus déhée : aussitôt les courants sanguins capillaires quittent leur direction fonctionnelle pour se précipiter vers le point irrité et plus vivant qui devient un centre de fluxion. Il n'y a à invoquer ici ni loi physique, ni action contractile d'une paroi poussant le sang de dehors en dedans.
On a dit que la piqûre ouvrant un vaisseau capillaire, il se faisait là une solution de continuité par oii le sang tendait à s'échapper selon une loi d'hydraulique bien connue. On n'y a pas réfléchi. L'aiguille reste implantée, et n'ouvre pas au sang la moindre issue. D'ailleurs, qu'on applique au tissu vivant du calorique ou un irritant
chimique, et l'effet sera le même. L'idée de la pression externe d'une paroi contractile n'est pas plus recevable. 11 est reconnu aujourd'hui que le sang progresse dans les capillaires sans secousse rythmique imprimée par le cœur, peut-être même sans pression extérieure de la part des capillaires eux-mêmes. C'est un mouvement continu qui découle des rapports ou des affinités du sang avec les tissus, comme dans les capillaires du poumon chargés, non de la nutrition de cet organe, mais de la respiration générale, il découle des rapports et des affinités du sang avec l'air atmosphérique. Là donc, aux racines de l'animal, c'est-à-dire dans ces fonctions par lesquelles il se rapproche des protozoaires ou des premières formations vasculaires chez l'embryon des espèces plus élevées, le sang obéit à ses forces circulatoires élémentaires. Les organes qui s'y ajoutent plus tard sont accessoires et supplémentaires, malgré leur énergie et leur importance ; ils sont surtout des organes d'ensemble et d'unité circulatoire.
D'ailleurs, ils supposent les forces que je viens de reconnaître, et tirent d'elles, par conséquent, la détermination de leur activité, d'après cette loi d'organogénésie, que la fonction des parois d'une cavité viscérale est toujours excitée et déterminée par le centre de vie qu'elle protège, qui est son principe d'action.
J'ai déjà énoncé bien des fois cette grande vérité physiologique; mais voici le moment delà poser comme la base de toute cette étude. Les actes d'une fonction s'enchaînent chez l'animal adulte selon l'ordre où se sont développées dans t embryon les diverses parties de l'appareil de cette fonction. Nous pouvons en conclure cette loi qui
est tout l'esprit et toute la méthode en physiologie : On doit ejpliquer par un même principe et la formation des organes et leurs fonctions mie fois qu'ils sont formés.
Si on applique cette loi à la fonction circulatoire, on voit que les mouvements propres du sang ont préexisté à ceux que lui impriment auxihairement les vaisseaux; que, dès lors, il ne peut pas tenir d'eux le mouvement essentiel qu'il possédait avant leur naissance ; que ce sont eux, au contraire, qui le reçoivent de lui puisque c'est par lui et pour lui qu'ils sont excités et déterminés à agir.
Dans un système mécanique, c'est exactement le contraire. L'évolution des forces génératrices ne procède pas par intussusception et procréation d'actions nouvelles ; elle procède par déplacements successifs des mêmes corps. Il n'y a jamais évolution ou formation, mais simple changement de lieu. Là aussi, on explique par une même loi la formation des instruments et leurs fonctions une fois qu'ils sont formés : mais ici, le même principe apphqué à des objets plus simples, moins riches et moins élevés dans la 'série des êtres, se simplifie comme eux. Dans une pompe aspirante et foulante, le corps de pompe, les tuyaux, tout le mécanisme est fabriqué avant le liquide : le moteur et la chose mue sont fort indépendants et peuvent exister l'un sans l'autre ; il n'y a entre eux aucune sohdarilé, nul rapport nécessaire; rien ne se fait parce qu'il n'y a en jeu que de la quantité et de l'étendue, c'est-à-dire des mouvements sans génération. Comment de pareils actes concluraient-ils à la sanguification ? Pour que les lois de l'inertie ou de la mécanique fussent apphcables à l'appareil circulatoire, une seule coudî-
tion manque à cet appareil, c'est qu'il ait été fabriqué (le main d'homme. S'il s'est développé par intussusception ou génération, c'est par génération aussi qu'il agira toujours : et il ne saurait en être autrement. S'il agit mécaniquement, c'est qu'il a été formé de même : la chose est nécessaire. Quand cette vérité germera aussi dans les esprits par iutussusception, la physiologie commencera d'exister.
Mais pas d'éclectisme. Qu'on ne nous donne pas un appareil organisé à mouvements mécaniques, une sanguifîcation à combinaisons chimiques mortes, et par-dessus, une force vitale, une âme, un fluide nerveux ou tout autre pieuma venant modifier les actions mécaniques et chimiques de la circulation et de la sanguification pour les empêcher constamment d'obéir à leurs lois primitives. Ce compromis absurde est la pire des conditions pour la science de la vie. Celle-ci est perdue si elle se contente d'un mot, parce que, sous la protection de ce mot, l'erreur se propagera en sûreté ; et dès lors la physique et la chimie régneront toujours pour moitié sous le vain nom de physiologie.
La circulation du sang est donc un mouvement générateur du sang. Il faut désormais qu'elle devienne synonyme de sanguification. C'est ainsi que le sang se forme, Ou va comprendre qu'il ne peut se former sans circuler.
Qu'est-ce donc que la circulation ?
' La découverte de Harvey est plus grande qu'on ne croit et qu'il ne pouvait le croire lui-même. Que serait cette fonction si elle n'était que ce qu'il pensait, une circulation au sens hydraulique du mot ?
11 n'y a pas un seul instant de mouvement mécanique dans cette circulation continue, parce que c'est une génération continue du sang.
Triste condition du progrès : il semble qu'il ne puisse s'accomplir sans système ou sans hérésie scientifique. Une hérésie est un fragment de la vérité donné pour la vérité tout entière, un rameau détaché du tronc et qui affecte de pouvoir vivre séparé. L'histoire de la découverte de la cii'culation offre un remarquable exemple de cette marche irrégulière et révolutiounaire du progrès.
On distingue quatre ou cinq époques dans cette découverte. Je n'en vois que deux véritables. De Galien à Harvey, on ne cherche dans la marche et le mouvement du sang qu'une formation ; l'histoire du mouvement du sang se confond avec l'histoire de la sanguification. De Harvey à nos jours, on n'étudie au contraire dans la circulation que le mouvement hydraulique du sang. Il semble que pendant quinze siècles le sang n'ait fait que se former, et que depuis deux ou trois siècles il ne fasse que se mouvoir. Réunissez éclectiquement ces deux points de vue, comme on le tente aujourd'hui, et vous aurez deux erreurs : la circulation sera conçue comme un mouvement mécanique ajouté à l'action hématosique des vaisseaux. Élevezvous au-dessus par la force d'un principe supérieur, et vous aurez l'idée simple et naturelle d'un mouvement générateur du sang. Cette idée diffère autant de la conception éclectique, impossible et monstrueuse, qu'un instrument à vent, joué par un soufflet, est différent du larynx et de la voix. Le principe vital, l'agent nerveux qui dans la théorie
éclectique fait fonction de moteur premier de l'appareil circulatoire, est-il indépendant de cet appareil? lui est-il extérieur? peuvent-ils exister l'un sans l'autre et tous deux sans « la chair coulante » , partie essentielle de cet appareil ? Non, sans doute, car le nerf lui est aussi essentiel que le sang.
L'appareil circulatoire repose, comme tous les appareils organiques, sur trois éléments : un élément générateur ou blastème ; un élément coordonnateur ou nerveux ; un élément respirateur ou sanguin. Or, cet élément coordonnateur ou nerveux, ce nerf de l'appareil, n'est pas indépendant de l'organe ou instrument circulatoire, il ne lui est pas extérieur, comme le suppose Haller, qui n'admettait à la vie que le système nerveux et musculaire régnant sur des propriétés mortes ; il ne lui est pas extérieur, comme le suppose aussi la théorie éclectique, dans laquelle l'appareil circulatoire semble donné comme un instrument passif et mécanique mû par une force vitale placée à côté ou au-dessus des organes. Il serait temps d'éloigner de la science ces incohérences et ces délires, car ils n'ont d'autre fondement que notre habitude de nous figurer les œuvres de la nature sur le modèle des œuvres d'art. Le fait est que l'élément nerveux de l'appareil circulatoire ne coordonne pas seulement les actions de cet appareil après sa formation, mais qu'il coordonne ses actions formatrices elles-mêmes. Or, la conception éclectique implique que le principe animateur de l'appareil n'intervient, comme dans les arts, que lorsque l'instrument est achevé. L'éclectique le niera- t-il? Alors je demanderai pourquoi il admet des
conditions d'inertie et des phénomènes mécaniques dans sa théorie de la circulation ? 11 ne voit donc pas que l'appareil de cette fonction se forme toujours, et que sa conservation et sa vie ne sont qu'une génération continue. C'est le blastème qui, chez l'embryon, joue le rôle de constructeur du cœur et des vaisseaux, et qui poursuit ce rôle chez l'adulte. C'est lui qui a placé le cœur ici, et dans le cœur : là, telle cavité limitée par telle cloison ; ici, telle valvule à tel orifice ; plus loin, ce vaisseau qui se divise sous tel angle, cette courbure qui fait éprouver aux particules du sang une collision vivifiante, obstacle mécanique en apparence, cause multiplicatrice du mouvement sanguificateur eu réahté; cette tunique artérielle moyenne, douée d'une élasticité organique ou spontanée en rapport avec tel degré de tension vitale du courant sanguin; ces ramifications capillaires si considérables relativement à la capacité du tronc et des rameaux d'où elles naissent, que, mécaniquement parlant, le sang devrait y stagner presque immobile, s'il n'entrait pas alors sous l'empire des forces circulatoires élémentaires; c'est ce blastème enfin, qui dispose la veine à côté de l'artère, le courant sanguin végétant qui coule vers le gaz animateur en sens contraire du courant sanguin
animé qui bondit vers le plasma réparateur, etc., etc
Voilà cet archeits fabei\ que Van Helmont entrevoyait à travers les figures de sa médecine apocalyptique, cet architecte fondu dans son œuvre, la développant en se développant avec elle, mais capable de se livrer à tous les écarts d'un nisus formateur aveugle et confus, lorsque quelque cause perturbatrice, portant spécialement surlui son action altérante, le condamne à un arrêt ou à un écart d'évolution-
Or, si le blastème sans l'élément nerf n'a que des instincts formateurs confus et des produits monstrueux ; si cet élément régulateur de la force plastique ou véritablement exécuteur du plan anatomique et ce plan vivant luimême, s'est développé en organisant notre appareil circulatoire d'après la conception qu'il en a, et qui n'est autre chose que la sensibilité organique ou confuse dont est douée à une profondeur infinie chaque partie de cet appareil ; si, une fois formé, sa conservation et sa vie ne sont que sa reproduction et sa génération continues d'oti sortent par intussusception tous les mouvements circulatoires, comme ils en sortaient au fur et à mesure que se formaieut les parties qui les exécutent, je le demande, que nous veut l'éclectisme avec sa théorie mécanico-vitahste, ses par/es co7itinentes , 'partes contentse et spiritu, influil Ne vaudrait-il pas beaucoup mieux être franchement mécaniciste que de l'être en se cachant derrière un mot, et que de déconsidérer ainsi deux doctrines d'un seul coup sans avoir la force d'en illustrer une seule ? Encore un coup, les mouvements circulatoires sont nés une première fois du blastème de leur appareil et avec les pièces de cet appareil iudivisiblement ; puis, le système nerveux a coordonné et tenu en rapport toutes ces formations, et il les régularise. Or, dans cette première évolution, ces mouvements ont-ils été mécaniques? Je léponds pour les éclectiques, et sans crainte d'être démenti par eux : non. Eh bien, ils ne le sont pas davantage lorsqu'ils se produisent jusqu'à la mort en vertu de cette génération continue de l'appareil respiro-circulatoire qu'on appelle sa nutrition. L'élément nerveux diffus de l'appareil circulatoire joue,.
dans l'organisation des mouvements si admirablement coordonnés de cet appareil chez l'adulte, le rôle qu'il a joué dans l'organisation primitive de toutes les parties qui les exécutent chez l'embryon. Il n'y a rien de plus spontané, rien de moins mécanique que l'action de cette force. L'éclectisme en convient puisqu'il la met en dehors des forces physiques qu'il imagine puérilement dans l'appareil des vaisseaux sanguins. Ainsi, le cheval meut et dirige extérieurement le char auquel il est attelé.
La puissance qui dirige et coordonne le système nerveux, c'est l'effort formateur qui a son siège dans cet élément primitif, base de toute organisation, qu'on nomme le blastème. C'est Venormoji d'IIippocrate. Dès qu'il agit, il engendre l'élément régulateur de ses produits et de ses actions, le nerf, et simultanément un troisième élément qui les met tous deux en rapport, l'élément respiro-circulatoire, le vaisseau et le sang.
Nous parlerons tout à l'heure du rôle de celui-ci. Encore un mot du régulateur plastique et fonctionnel, du nerf.
Distinct physiologiquement et anatomiquement du blastème, l'élément nerveux est néanmoins fondu en lui. Pas un point de ce blastème auquel il ne soit incorporé à une profondeur infinie ; aucun, par conséquent, qui échappe à son action et puisse tomber sous Lempire des lois physiques. S'il y en avait un seul, il serait hors du système, ou bien il y exciterait une perturbation plus ou moins grave. Partout où prévaudraient les lois physiques, ce serait la mort. Hors de l'organisme, ces lois sont la condi-
tion de la vie ; dans l'organisme, elles sont, en effet, sa mort même.
On parle d'impulsions, de choc, de frottements. Il n'y a dans le système circulatoire ni frottements, ni chocs, ni impulsions physiques. Tout est génération, évolution, etc. C'est une production spontanée perpétuelle. Quand le cœur ou un vaisseau émergent du blastème pleins de sang, leur formation et leurs mouvements sont contemporains. On ne peut pas dire que celle-ci a précédé ceux-là, que le liquide a précédé le solide ou réciproquement. Quel choc, quels frottements, quelles actions mécaniques peut-on imaginer là ? Qu'il y ait impulsion, choc, frottement de ces parties sur un corps extérieur qui vient à se mettre en rapport avec elles, je le comprends ; mais de ces parties entre elles, cela ne peut pas se dire, cela n'est pas. Ceux qui emploient ces idées ou ces termes n'y ont pas réfléchi. Eh bien, on ne saurait trop le répéter: le cœur et les vaisseaux continuent à se réparer et à agir chez l'adulte par des mouvements et des lois qui ne diffèrent en rien de ceux qui ont présidé à leur évolution embryonnaire. Le punctum salieiis naît toujours chez l'adulte. Quand il ne naît plus, rien au monde ne peut le mettre en mouvement, puisque son mouvement est une évolution perpétuelle et se forme toujours comme la première fois. Et pourquoi, quand il ne naît plus, serait-il impossible de lui imprimer un seul mouvement? Parce que, pour cela, il faudrait produire du choc et des frottements ; parce qu'il faudrait faire le contraire de la vie, agir de l'extérieur sur un corps inerte, absolument comme les éclectiques veulent que la force vitale ou le nerf agissent sur le cœur et les vaisseaux.
Une peut y avoir choc et frottement physiques que parce qu'il n'y a plus évolution ou vie ; par conséquent, quand il y a vie et évolution, il n'y a plus ni choc ni frottements physiques possihles.
Quand je presse une artère qui bat, mon doigt reçoit une impulsion physique ;il estchoqué, il peut éprouver un flottement ; mais ni la fibre du cœur n'est choquée par le nerf, ni ses parois ni celles des artères ne sont choquées ou frottées par le sang. Ils s'épanouissent et reviennent sur euxmêmes ensemble, sans choc ni frottements. La succession et la propagation de leurs mouvements ne sont point mécaniques, elles se produisent par excitation et par synergie entre les parties admirablement hiérarchisées d'un même appareil. C'est un mouvement péristaltique d'un genre particulier, centrahsé dans le cœur. Toutes les cavités subordonnées à ce centre consentent à l'impulsion vitale qu'elles en reçoivent. Je dis impulsion vitale, c'està-dire impulsion dont la cause efficace est toujours interne, toujours spontanée, quoiqu'elle puisse avoir besoin d'une excitation pour se produire. Si, au lieu et place de cette systole et de cette diastole actives et relativement spontanées de tout l'appareil circulatoire, on suppose l'organe central ou le cœur seul actif et tous les vaisseaux réduits à des propriétés d'élasticité morte ou physique, pas une goutte du sang chassé du ventricule gauche n'arriverait à l'oreillette droite : la quantité de mouvement serait plusieurs fois absorbée par la quantité des frottements, ainsi que par la capacité croissante des cavités circulatoires.
De ce point de vue nouveau, on comprend pourquoi le
mouvement circulatoire a sou origine dans le saug. Il faut renverser la théorie classique de cette fonction. Et, en effet, le mouvement dont il s'agit, étant produit par intussusception, doit naître du centre même de l'appareil. Or, ce centre, c'est le sang : le sang, animé d'un double mouvement d'attraction, l'un pour le plasma, l'autre pour l'oxygène ; l'un pour l'élément végétatif qui est le combustible, l'autre pour l'aliment respiratoire, pour le phlogistique qui donne la flamme.
Ces mouvements élémentaires de la circulation existent simples chez les animaux inférieurs. C'est donc à ce degré de l'échelle animale, c'est aussi chez les végétaux dépourvus de vaisseaux contractiles et, à plus forte raison, de cœur, qu'il faut étudier la cause première et la nature même de la circulation.
Unité de la circulation d'autant plus nécessaire que le travail de la fonc tion est plus divisé et plus multiple.
Mais, chez les animaux supérieurs, la centralisation de tous les appareils organiques a nécessité aussi celle de l'appareil circulatoire. Le sang de chaque organe a quel-que chose de particulier. En pénétrant dans le foie, le cerveau, les reins, tels ou tels muscles, etc., etc., il y contracte des propriétés spéciales en rapport avec les fonctions de ces organes. Lorsqu'il en sprt, il est tout imprégné de ces mêmes propriétés. C'est évidemment alors un sang hépatique, cérébral, rénal, musculaire, etc. Il en
résulte que les vaisseaux capillaires de chaque organe et de chaque partie de l'animal déploient avec une grande richesse la diversité dont est formée la masse centrale du sang.
Pourtant, cette humeur si multiple possède une parfaite unité. Comment cela est il possible dans une telle variété? A la condition que l'appareil circulatoire soit pourvu d'un centre. Ce centre, c'est le cœur. Interrogez tout le monde : Qu'est-ce que le cœur? La réponse sera unanime : le cœur est l'organe central de la circulation. Mais aussi, il n'est personne qui n'entende dire par là que cet organe est l'agent central et purement mécanique de la circulation. Ou reconnaît bien un centre à cette fonction, mais un centre de mouvement hydraulique, ni plus ni moins. Le cœur meut le sang, il le lance dans toutes les artères, voilà sou usage, on ne lui en soupçonne pas d'autre. Sous ce rapport, ou est encore au lendemain de la découverte de Harvey. Le jour oîi Stéuou a dit: le cœur est un muscle, rien qu'un muscle, la théorie de la circulation a conquis une vérité, mais cette vérité nouvelle devait en supprimer une ancienne. Il est rare que l'esprit humain fasse un pas eu avant sans reculer sur un autre point. Tout entier à la vérité naissante qui le captive, il néghge les vérités antérieurement acquises. Il faut presque toujours qu'une erreur facile, une conception très simple vienne populariser le fait important qu'un inventeur lance dans le courant des connaissances. Ce n'est que plus tard qu'apparaît l'iusuffisance de la théorie provisoire. Alors on revient aux idées anciennes abandonnées pour l'idée nouvelle ; bu plutôt, une idée supérieure à l'ancienne et à la nouvelle
\ient les unir toutes deux sans éclectisme. Ce n'est pas la première ajoutée à la seconde, car elles s'excluent ; c'est une troisième vérité parfaitement simple qui supprime et remplace définitivement deux moitiés de vérité ou deux erreurs. Ainsi en a-t-il été, ainsi en doit-il être pour Tidée de la fonction du cœur.
Depuis Aristote jusqu'à Sténon, il a été un organe sanguificateur. Depuis Sténon jusqu'à nous, il n'est plus qu'un muscle, il n'est plus que l'organe de la locomotion du sang.
Mais il faut observer bien superficiellement pour savoir qu'un muscle n'est qu'un agent mécanique^ et qu'on peut en calculer les propriétés d'après les principes de la mécanique ou de la science du mouvement abstrait.
J'ai dit, dans le chapitre premier, que tout mouvement organique avait pour caractère d'être spontané et formateur ou assimilateur ; de commencer par une conception, une intussusception, et de se terminera une génération, à une assimilation. L'instinct n'est, en effet, pas autre chose. Or, tout mouvement musculaire, — même de la vie dite animale, quand il est dirigé par l'instinct, — conclut à une assimilation. Jamais un mouvement n'est mathématique et abstrait dans l'économie vivante ; il est toujours coordonné, toujours organisé. Par quoi est-il coordonné? Par la conception nette ou confuse delà fonction, c'est-àdire du but à atteindre. Le système nerveux est l'organe de cette conception, de cette sorte de représentation interne toute spontanée de l'objet à assimiler. Or, le cœur, lui aussi, est soumis à cette loi. Dire qu'il n'est qu'un muscle, et croire dire parla qu'il n'est qu'un agent de mouve-
ment abstrait ou mathématique, c'est prouver qu'on n'a pas plus l'idée physiologique d'un muscle que ne l'avait l'anatomiste Stéuon. Il n'est pas de muscle sans instinct. Or, le cœur est tout un système musculaire où chaque fibre est, si je peux ainsi dire, imprégnée de l'instinct de l'unité circulatoire ou de l'unité de la sanguification. C'est en lui que sont concentrées à leur plus haute puissance les propriétés hématosiques de toute cavité vasculaire. Il les représente toutes d'une manière éminente. Le mouvement générateur du sang, l'instinct ou le sens hématosique ont en lui leur organe central. Ses mouvements animent le sang, consomment son animahsatiou. Il reçoit dans le choc et dans la coUision de ses molécules le dernier coup de sa génération, celle en vertu de laquelle il est un et non plus le mélange de tous les sangs des divers organes, mais le sang de telle ou telle espèce animale, et chez l'homme, le sang de tel ou tel individu.
Mais qu'est-ce que cette unité du sang et cette fonction supérieure d'hématose ramassée à sa plus haute puissance dans rorf?ane central de la circulation ?
J'ai dit que les organes de la circulation n'étaient pas seulement moteurs, mais sanguificateurs. J'ai ajouté qu'il ne fallait pas voir là deux actions différentes et sans rapport nécessaire, comme dans les arts, par exemple, dans les fabriques de produits chimiques oii, lorsqu'une combinaison inorganique a besoin pour s'opérer d'un certain degré d'agitation, ce mouvement lui est imprimé par un agent extérieur ou par une machine. Le mouvement du sang, ai-je dit, est formateur par lui-même et essentielle-
32 CIRClLATION DU SANG.
ment sanguificateurc Cela est si vrai, qae si on voulait simuler ce mouvement intime en agitant extérieurement le sang immobile dans ses vaisseaux, on ne parviendrait qu'à le tuer en détruisant son unité et en favorisant la séparation de ses éléments constituants. Au contraire, le mouvement spontané du vaisseau conserve le sang et, à chaque pulsation, perfectionne son unité. Que si le mouvement extérieur, au lieu de produire la désorganisation du sang, réveillait sa circulation, c'est qu'il aurait eu pour effet d'exciter le sens et le mouvement hématosiques comme l'électricité ranime un muscle torpide sans être l'irritabilité musculaire elle-même.
Telle est donc l'idée qu'il s'agit de bien saisir pour ruiner du même coup et la théorie mécanique de la circulation, et le vitahsme bâtard introduit par l'éclectisme dans l'étude de cette fonction. On ne cessera de donner aux nerfs des phénomènes mécanico-chimiques à diriger que le jour où l'embryologie et l'anatomie comparée remplaceront l'anatomie chirurgicale, et poseront la physiologie sur ses bases propres. Jusque-là, elle est sans unité. C'est une science qui n'existe qu'en préparation.
Si le mouvement du sang représente son incessante génération, la quantité et l'espèce de ce mouvement^ et par exemple sa centrante, doivent représenter aussi sa génération la plus éminente et la somme ou plutôt l'unité et la consommation de toutes ses propriétés. C'est, en effet, ce qui a heu. Le sang reçoit dans le cœur le complément et la consommation de son unité organique. La secousse qu'il y éprouve est une suprême génération et se eommunique sympathiquement à toutes les parties de l'ap-
pareil circulatoire. Les passions et la syncope mettraient cette vérité au-dessus de toute contestation, si l'embryologie et la pathologie ne fournissaient à cet égard des preuves si complètes et si vivantes^ qu'il n'est au pouvoir d'aucune vivisection de les égaler en valeur scientifique.
Galien reconnaissait , comme on sait, trois ordres de fonctions: fonctions naturelles, fonctions vitales et fonctions animales. L'hématose parcourait aussi cette échelle .ascendante, ce processus de l'organisation. Le sang recevait dans le tube digestif, le foie, la rate, etc., ses propriétés naturelles, celles qui sont communes à toutes les natures organisées, et que nous nommerions aujourd'hui plastiques ou végétatives. Ainsi pourvu de ses éléments plastiques, il contractait dans les poumons et dans le cœur les propriétés vitales, savoir, la chaleur et la faculté d'exciter €t de vivifier les organes par un mouvement et une pulsation continus ; enfin, le cerveau lui donnait ses propriétés supérieures, celles en vertu desquelles il peut distiller dans tous les organes au moyen des nerfs les esprits animaux, sensibilité, mouvements, toutes les actions qui distinguent l'animal
Les découvertes de Harvey et de Lavoisier ont relégué tout cela dans l'histoire, sinon dans les songes de l'antiquité. Déjà, pourtant, on est revenu avec des lumières positives et les procédés de la science moderne à reconnaître au foie et à la rate, aux veines mésaraïques, à la veine porte, aux vaisseaux chyhfères, etc., des fonctions fondamentales de sanguifîcation. On sait aussi qu'après ces premières couches formatrices, dans lesquelles le Ouide
nourricier acquiert tous ses éléments végétatifs ou plastiques, il reçoit dans les poumons, au contact de l'air, l'imprégnation vivifiante. C'est une plus haute génération qui l'élève à l'état de sang proprement dit, et lui donne les qualités nécessaires pour exciter simultanément le nerf et le blastème. Ainsi s'établit entre eux le rapport organique ou l'évolution continue qui consomme l'action vitale. Cette évolution se complète, en effet, par la respiration et par la circulation, qui n'est que la respiration généralisée ou partout répandue. La circulation est donc le médiateur entre la nutrition et l'innervation ; elle les unit, les pénètre réciproquement, les féconde et fait ainsi de la vie un cercle organisé, génération continue qui est la fin véritable de la circulation et sa fonction par conséquent. C'est le pneuma, l'oxygène, ce phlogistique dont la nécessité fut entrevue par un grand vitaliste, c'est la Respiration qui est l'aliment perpétuel de ce cercle dont l'auatomie fut découverte par le grand Harvey. Pour la voir dans son idée la plus simple ou dans sa fonction, il faut donc se séparer de toute figure mécanique, de toute image d'anatomie morte et saisir d'abord la circulation dans son acte essentiel, car c'est de celui-là que dépendent tous les autres. L'action du cœur et des vaisseaux de gros et moyen calibre, le mouvement circulaire du sang, etc., sont déterminés par lui. Qui ne sait que le sang est la semence qui féconde incessamment le blastème et excite la génération continue des organes et des actions organiques indivisibles? Sans la circulation, le blastème et le nerf seraient sans rapport et éternellement inféconds. C'est le sang qui les unit et développe avec la chaleur vitale l'épanouissement de leurs
produits. L'asphyxie en donne la contre-épreuve. Le sang qui n'a pas respiré ne circule plus et ne féconde plus les organes. Le blastème et le nerf sont paralysés, ils n'agissent plus l'un sur Tautre, ils sont stériles.
Mais que le sang respire, et il va circuler et le rapport s'établira de nouveau entre le nisus formativus et YarcJieus faber ou entre le blastème et le nerf; et la vie, c'est-àdire la génération continue des éléments et des actions organiques reprendra son cours.
Cette idée doit dominer toute étude de l'appareil circulatoire. Il est bien difficile sans elle, d'y voir autre chose que du mouvement mécanique. Mais cet appareil, développé chez un mammifère, est animé des mêmes forces et agit suivant les mêmes lois que lorsqu'il n'était chez lui qu'un germe en évolution. La circulation s'exphque ainsi elle-même dans le déploiement sériel de son organisation.
Dans l'homme elle dit son dernier mot. Ou verra la maladie et la mort la décomposer et la dégrader. par des dégénérations successives comme la génération normale l'avait produite et exposée. Mais d'une extrémité de l'échelle animale à l'autre, comme à tous les moments de la \ie embryonnaire, son idée, je veux dire son type ou sa fonction simple et primitive, restent les mêmes. 11 faut descendre jusque-là pour la comprendre. Là, elle est facile à saisir pour tout homme qui a renouvelé son esprit par le doute philosophique. Une fois qu'on l'a saisie dans sa forme élémentaire, on ne craint plus d'être séduit par les apparences qui fascinent l'imagination à l'aspect de la machine circulatoire mécanique qu'expose l'anatomie topographique quand on considère le cadavre d'un animaL