‹ Les lois de la circulation du sang enseignées par l'anatomie comparée, l'embryologie et l'observation cliniqueChapitre 52 sur 65 · VII · texte numérisé non relu

VII

Consensus réciproque et nécessaire du cœur et du cerveau.

Un centre circulatoire est nécessaire à un centre nerveux, un cœur à un cerveau, parce que l'unité d'hématose est nécessaire à l'unité nerveuse. Et si on veut bien comprendre que les mouvements des vaisseaux sont des mouvements sanguificateurs, et que celui du cœur est le mouvement sanguificateur central, c'est-cà-dire qui donne au sang les propriétés qui le mettent en harmonie avec les autres centres qui constituent l'unité de l'animal, je consens à dire avec l'École que la centrahsation de l'appareil circulatoire et celle du système nerveux sont parallèles et correspondantes, parce que l'unité d'impulsion circulatoire est nécessaire à l'unité de l'innervation.

Mais quelle différence entre le sens que j'attache à ce fait et celui selon lequel l'École s'obstine à l'entendre ! Pour elle, unité de mouvement, c'est unité de circulation et d'impulsion mécanique, c'est-à-dire extérieure et non organisée. Dans ma théorie, l'unité de mouvement circulatoire signifie le point le plus élevé et le plus vivant, le degré le plus éminent d'une série hiérarchique de propriétés.

dont l'ensemble constitue l'hématose et son appareil centralisé dans la poitrine. Il en résulte que, à la plus haute expression des fonctions nerveuses manifestée dans le cerveau, répond la plus haute puissance d'hématose, produite et consommée dans le cœur. L'encéphale ne pourrait pas remplir les fonctions d'unité nerveuse que nous lui connaissons sans le sang du cœur, parce que c'est dans le cœur que le sang contracte les propriétés supérieures qui correspondent à celles dont le système nerveux arrive à jouir dans le cerveau. Ce système n'est un qu'au cerveau. Le sang non plus n'a l'unité de l'animal qu'au cœur. Par exemple, dans la colère dont j'examine l'influence sur le cœur et le sang au point de vue de mes idées, c'est dans le cœur et par le cœur, c'est par suite des mouvements passionnels dont cet organe est affecté, que le sang revêt les propriétés centrales qui le rendent apte à animer et à entretenir la furie du cerveau, à évoluer et, si je peux ainsi dire, à sécréter les sensations et les actes caractéristiques delà colère. Le cœur imprime alors au sang l'espèce d'affection qu'il éprouve ; et les mouvements nouveaux, les contractions toutes spécifiques qui l'agitent, ressentis par le sang imprégné lui-même de la passion, sont l'aliment incessant de celle des centres nerveux. Supposez le cœur et le sang du cœur sans colère, le cerveau eu serait luimême incapable. Il recevrait bien les impressions qui peuvent déterminer en lui cette passion, mais il ne l'éprouverait pas. Il faut que le cœur et le sang la conçoivent d'abord. Et c'est précisément parce que le cerveau se trouve alors sous la dépendance tyrannique du cœur et de l'épigastre, que le sentiment qui l'affecte est une passion.

c'est-à-dire un état où les facultés cérébrales, facultés ordinairement délibérantes, sont opprimées et violentées par l'action irréfléchie de ces viscères qui, dans l'exercice de leurs fonctions immédiatement vitales, ne consultent ordinairement pas les hémisphères cérébraux.

Dans la syncope, dont j'ai déjà parlé, quel est l'organe dont l'action se résout et défaut aussitôt que celle du cœur? N'est-ce pas le cerveau? Que lui manque-t-il donc pour continuer ses fonctions? Il est encore tout pénétré de sang artériel au moment oii son action nerveuse centrale s'évanouit avec celle du cœur. Aussi, sa nutrition, ses actions vitales communes pourraient continuer ; il n'est interdit que dans ses fonctions d'unité nerveuse. C'est que ces fonctions sont intimement liées à celles du cœur, organe de l'hématose supérieure ou de l'unité de circulation et de sanguification.Parla syncope, ce n'est pas le sang végétatif, ce ne sont pas ses propriétés nutritives générales qui n'arrivent plus au cerveau avec le sang, ce sont les propriétés que possède ce fluide organisé pour ahmeuter et sécréter les actions nerveuses centrales qui président à toutes les actions spéciales du système et les représentent éminemment. Le cerveau syncope non parce qu'iln'a plus de sang, mais parce qu'il n'a plus le sang du cœur, et que les facultés supérieures du cerveau, ce qu'on appelle la connaissance, ne sont plus spécifiquement excitées par les facultés supérieures que donne au sang l'action du cœur.

Un individu frappé de peur perd connaissance parce qu'il n'a pas eu assez de cœur. Le cœur n'a plus lancé au cerveau le sang qui engendre la connaissance ou qui y est

le stimulus et la semence des facultés cérébrales supérieures. La suspension de l'unité d'hématose est immédiatement suivie de l'évanouissement de l'unité nerveuse.

La colère est une passion qui affecte tout le système nerveux, mais elle est centralisée au cerveau. Elle affecte aussi tout le système respiro-circulatoire, mais dans le •centre de ce système elle est à sa plus haute puissance. C'est un fait d'expérience personnelle et que chacun peut vérifier. Tout le monde éprouve que, dans cette passion, le sang aune vivacité pareille à celle qu'on ressent au cœur, et qu'il puise cette force nouvelle dans l'action extraordinaire des organes de la poitrine. Les anciens disaient que le sang était alors plus subtil, plus chaud, plus spiritueux, et pour eux, la colère n'était autre chose qu'une agitation prodigieuse des esprits animaux s écrétés du sang. Ces idées sont justes au fond. Il ne leur manque que la précision scientifique des méthodes modernes.

Un expérimentateur ardent, M. BroAvn Sequard, s'est livré sur le sujet qui m'occupe à des recherches importantes, desquelles il résulte que le sang et les organes sensitifs et moteurs, dans l'exercice de leurs fonctions, se comportent réciproquement comme le sang Yis-à-\is de la nutrition et des organes sécréteurs. Pour ce physiologiste, les actes •sensitifs et moteurs, les mouvements musculaires, les diverses actions et expressions de l'animal produites par les «entres nerveux, les sens et les appareils moteurs qui leur sont attachés, sont engendrés du sang et évoluent de son action sur les organes, comme les produits de sécrétion de l'action du sang sur les glandes et de celles-ci sur le sang. La quantité et les qualités du sang doivent varier suivant

l'intensité et l'espèce des actions nerveuses et des mouvements accomplis, absolument, toutes choses égales d'ailleurs, comme s'il s'agissait de la nutrition d'un organe ou de la sécrétion d'une humeur. Or, la nutrition et les sécrétions dépendent non seulement de l'état des parenchymes organiques, del'étatdes glandes et delà portion du système nerveux qui agit sur elles ; elles dépendent aussi très positivement de l'état du sang, et le rapport est réciproquement nécessaire.

Cl. Bernard a prouvé contre les mécanicistes modernes que la rapidité du cours du sang et la pression artérielle n'étaient pas la condition essentielle des sécrétions, mais que celles-ci reconnaissaient pour cause un certain état et une certaine action réciproque du sang et du système nerveux direct ou réflexe des glandes. Si les actions nerveuses et musculaires obéissent dans leur évolution aux lois des sécrétions, il est évident que le sang qui excite ces organes et engendre leurs actions, doit varier avec la nature et l'espèce de chacune d'elles. Or, de quoi dépend immédiatement l'état du sang, si ce n'est de l'influence de ses vaisseaux et du cœur ?

Si les rapports du cœur et du cerveau dans la colère, n'étaient que des rapports de rapidité circulatoire et de tension artérielle, on pourrait produire cette passion à volonté en augmentant, — et rien n'est plus facile, — les deux conditions mécaniques dont il s'agit. Or, cela est impossible, et la pensée seule en est absurde. Il faut donc que le sang soit modifié dans ses propriétés intimes, les plus vitales et, si je peux ainsi dire, les plus animales. Or, il ne peut l'être ainsi que par le cœur, qui est la partie du

système circulatoire la plus surexcitée dans la colère et un des centres de cette passion. Ce qui le prouve, c'est Tinfluence exercée sur sa production par la circulation de certaines substances et, par exemple, des boissons spiritueuses avec le sang.

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