‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 25 sur 39 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Preuves de la fonction hématosique centrale du cœur tirées de l'action

des liqueurs spiritueuses.

Je disais tout à Theure qu'on ne fait pas la colère à volonté en agitant le sang et augmentant la pression artérielle. Pourtant, on excite et on développe facilement cette passion chez certains individus par l'usage des boissons alcooliques. C'est que ces boissons font autre chose que de rendre la circulation plus active et de faire passer plus de sang à travers le cœur et les organes dans un temps donné. Elles affectent le sang et la circulation d'une manière spéciale, et y produisent dans la première période de leur action un état qui a beaucoup d'analogie avec la colère. Cette passion est alors toujours imminente ; elle éclate à l'occasion des causes les moins capables de la déterminer, quelquefois même sans cause.

Est-ce que la colère développerait dans le sang et le cœur des modifications analogues à celles qu'y introduisent les spiritueux? On dit, d'un homme abandonné à ce sentiment, qu'il est ivre de colère. Chez lui, le cerveau obéit passivement à l'épigaslre et au cœur. Or, Tivresse a son point de départ et son foyer dans cette région que les anciens <ii^i^e\3.ieniprœcordia. On remarque aussi que le vin

ne commence à exercer son action surexcitante et maniaque sur le cerveau et les sens, que lorsque le cœur est agité et la région précordiale émue. Il en est ainsi de la colère. Tant que le cœur n'est pas ébranlé avec l'épigastre, il n'y a point passion. Serait-ce qu'il est nécessaire que le cœur ait exercé son action d'unité hématosique sur le sang imprégné de liqueur spiritueuse ou turgescent de colère, pour que l'influence de ces deux passions commence à se faire sentir sur le centre de l'unité nerveuse ? Cela est très probable ; et ce qui est certain, c'est que l'action des spiritueux sur le sang n'est pas l'effet d'un mélange, mais d'une assimilation. La liqueur alcoolique absorbée et cir-; culant avec le sang, se sanguifie, devient sang. Elle par-»' court l'échelle des propriétés de ce fluide vivant, et a cœur, elle s'anime avec lui. Ce qu'on peut dire de très pro-t bable aussi, sinon de certain, c'est que son action immé-v diate, son action éphémère et aiguë, affecte les pro priétés supérieures du sang, celles qui consommen, l'hématose et que le sang acquiert dans le cœur. Ce qu: semble le prouver, c'est l'analogie des effets de ces li, queurs avec la colère dont le foyer est à la région pré-' cordiale, siège du centre épigastrique et du cœur.

Le sang possède donc des propriétés qui s'assimilent; celles des boissons spiritueuses, qui les animent, les organisent, et sont surstimulées par elles ; et ces propriétés:> sont les analogues de celles que le cœur imprime au sang dans la colère. Ce n'est pas l'alcool du chimiste qui, mélangé au sang, produit les effets que nous savons sur les \aisseaux, sur le cœur, sur le système nerveux ; c'est l'alcool assimilé, c'est-à-dire élevé jusqu'à ces propriétés du

sang qu'il a le pouvoir d'exciter, qui préexistent dès lors dans ce liquide vivant, et à qui il imprime quelques modifications particulières. Le sang possède ces puissances; les spiritueux ne font que les alimenter, que les multiplier. La colère les développe dans le cœur sous l'influence d'une idée.

L'analogie des effets supposant l'analogie des causes, on est donc autorisé à penser que les liqueurs spiritueuses imprimant au sang des qualités particulières très propres à produire la colère, cette passion développe aussi dans le sang des propriétés analogues à celles qu'y font naître les boissons spiritueuses. Or, comme le cœur est l'organe central de la colère, dans l'appareil circulatoire au moins," c'est le cœur qui allume dans le sang les propriétés nécessaires à l'évolution des symptômes nerveux de cette passion, à ce que les anciens auraient appelé la sécrétion des esprits de la colère dans le cerveau.

Ce qu'il ne faut pas perdre de vue au milieu de toutes les difficultés physiologiques que je remue, c'est la hiérarchie de l'hématose, la série progressive des propriétés du sang. Cette progression était bien connue de Galien, qui, comme je l'ai déjà dit, voyait le sang acquérir successivement des facultés naturelles, vitales et animales en se graduant dans les appareils centraux de la digestion, de la circulation et de l'innervation, ou dans le ventre, la poitrine et la tête. On se rappelle ce que j'ai dit aussi, tant de fois, de l'unité d'hématose et de la fonction du cœur qui est d'accomphr cette unité. L'unité du sang consiste dans une faculté supérieure qui représente et coordonne toutes les propriétés qu'il a progressivement acquises depuis l'état

de lymphe, de chyle, de produit albuminoïde de la digestion jusqu'à son assimilation cardiaque exclusivement. Là en vertu d'une force hématosique centralisée et plus haute que celle de tous les vaisseaux réunis, il reçoit l'animation suprême. Cette animation suppose toutes les propriétés antérieures du sang et en est le rapport le plus élevé.

L'unité du sang admise par tout le monde, n'est donc pas un mot, pas plus que Tunité du système nerveux, pas plus que celle de l'organisme que j'ai déjà déterminées. Celle du sang ne repose pas sur un principe différent. Tout concourt à démontrer que, centre du mouvement circulatoire, le cœur est l'organe de cette éminente fonction. Sans l'unité conçue de cette manière le sang ne serait qu'un mélange, l'appareil circulatoire qu'une pompe, le sys-' tème nerveux qu'un appareil électrique, l'organisme entier qu'un mécanisme à pièces juxtaposées.

Faire toujours procéder les choses de l'extérieur et les superposer comme dans les arts, tel est le principe de l'École ou le mécanicisme. Les faire toujours procéder de l'intérieiir ou par conception et génération, et les hiérarchiser, comme dans la nature, tel est le vitalisme. L'animisme qui règne sous ce nom est tellement dans l'habitude des esprits, qu'il les dirige à leur insu comme une seconde nature. Il les empêche de voir les choses les plus simples et les condamne à mettre les vieilles fables de la médecine des Arabes, qu'on ne devrait plus trouver que dans Averrhoës ou Aëtius, à la place des observations positives de la science moderne. En voici un nouvel exemple pris dans un fait chnique du plus haut intérêt.

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