‹ Les lois de la circulation du sangChapitre 31 sur 39 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

Les maladies organiques du cœur, ses hypertrophies qu'on s'est imaginé être favorables aux théories mécaniques des mouvements du cœur, démontrent, au contraire, la fausseté de cette doctrine. — Il en est de même des congestions sanguines viscérales et des infiltrations séreuses.

Mais on nous attend à l'anatomie pathologique. On nous montre un cœur dilaté et hypertrophié derrière un orifice rétréci ou une valvule insuffisante; puis, de proche en proche, des poumons engoués, un cœur droit rempli

de caillots, des veines caves distendues, des parenchymes vasculaires, une veine porte, tout un système veineux gorgé de sang noir ; enfin, l'infiltration séreuse des tissus, et des épancliements de même nature dans les cavités à hydropisie, etc., etc.. Comment, en face d'un rapport si exactement suivi entre la lésion initiale et les désordres consécutifs, nier l'enchaînement mécanique des actes de la circulation et que cette fonction ne s'accomphsse selon les lois de l'hydrostatique ?

Il est vrai Un coup d'œil superficiel jeté sur le cadavre conduit d'abord à cette conclusion. Mais ce coup d'œil suppose l'enfance de la pathologie et même de l'anatomie morbide du cœur. Quand on regarde de près, les ombres d'abord épaisses se dissipent peu à peu ; et il n'est pas un de ces faits si favorables en apparence au mécanicisme qui, vu au fond, ne finisse par déposer contre lui. C'est là pourtant, que le système s'est retranché comme dans un fort inexpugnable.

Et d'abord ce n'est pas la cavité située en arrière du rétrécissement qui est le plus souvent hypertrophiée et dilatée. La dilatation hypertrophique est loin de suivre cette loi mécanique. Ainsi, c'est bien certainement le ventricule gauche qui est le plus souvent frappé de ce genre d'altération. Bien certainement aussi, c'est l'orifice mitral qui est le plus souvent rétréci. C'est juste l'inverse de ce que la mécanique aurait prévu, juste l'inverse de ce qui arrive nécessairement dans les machines passives construites selon les lois de cette science.

Quant à l'anévrisme du ventricule droit, il se forme presque toujours dans le cours de l'emphysème du poumon.

à la suite de ce que j'appelle l'asthme organique ou l'anéwisme pulmonaire. 11 n'y a alors ni rétrécissement de l'orifice de l'artère pulmonaire, ni rétrécissement de l'orifice auriculo-ventriculaire droit ou tricuspide. Où est l'obstacle? Dans les vaisseaux capillaires du poumon, dirat-on. Je réponds que c'est une pure hypothèse, un fait inventé pour les besoins de la cause. Dans une foule d'autres maladies pulmonaires, la phthisie tuberculeuse, la pleurésie, etc., les vaisseaux de tout ordre offrent plus d'obstacle au passage mécanique du sang poussé par le ventricule droit que dans l'emphysème. Pourquoi donc l'anévrisme du cœur pulmonaire ne se développe-t-il que dans cette maladie?

Et en supposant que sa dilatation et l'hypertrophie d tergo fussent la loi des anévrismes, je veux dire des dilatations et des hypertrophies du cœur, qu'en conclurait-on? Que ce sont des accroissements de force et de grandeur physiologiques destinés à surmonter des obstacles mécaniques au cours du sang, à rétablir les proportions, à remplacer la quantité d'espace par la quantité de mouvement, etc....? Mais alors, pourquoi cette compensation providentielle est-elle une source d'altérations funestes de la circulation et de l'hématose? Cette hypertrophie, cette dilatation sont donc morbides? Personne n'en doute avec le bon sens et au point de vue de l'art. Il n'y a qu'une science superficielle pour enseigner le contraire. Depuis quand les anévrismes sont-ils des évolutions physiologiques et des formations utiles? Les tissus anévrismatiques sont toujours altérés. 11 y a toute la distance de l'ordre physiologique à l'ordre pathologique entre l'hypertrophie saine et naturelle d'un

muscle dont l'exercice fonctionnel augmenté a excité la nutrition, et l'hypertrophie d'un muscle dont une maladie a fait dévier le mouvement plastique. Le premier de ces muscles n'est pas malade, et bien contraire. Mais ce qu'on appelle l'hypertrophie du cœur, expression vicieuse par laquelle on a remplacé à tort celle d'anévrisme, l'hypertrophie du cœur est un excès de nutrition morbide; et loin de favoriser l'action du viscère par un supplément de force, elle l'affaiblit et constitue une dégénération que ne tarde pas à contracter l'hématose centrale et par suite l'hématose générale.

L'hématose se fait partout, puisque chaque organe fait son sang propre; néanmoins, cette fonction a des centres hiérarchisés. Continuons notre autopsie cadavérique, et nous verrons ces centres de la sanguification s'altérer plus ou moins consécutivement à la dégénération primitive de leur centre suprême.

Quand les maladies organiques du cœur ont duré longtemps, il est rare que les poumons ne soient pas altérés. Je ne parle pas seulement de la congestion sanguine ou séreuse qu'ils peuvent présenter aux différentes périodes des affections cardiaques; j'entends certaines altérations qui transforment le parenchyme pulmonaire et le font passer par divers degrés de densité, depuis cette forme qu'on désigne sous le nom de splénisation jusqu'à celle qui lui donne une consistance de caoutchouc ou la dureté fibroplastique de la cirrhose du foie.

11 en est de même de ce dernier organe. Son hypertrophie morbide est aussi très commune dans les maladies organiques du cœur. Ce n'est pas d'une congeslion méca-

nique qu'il s'agit alors : je le ferai voir plus tard. Le foie a une tendance manifeste à se transformer. Ce n'est pas une masse spongieuse gorgée de sang qu'il y faut voir, une stase simplement produite par un remou de liquide qui n'aurait pas son libre dégorgement plus haut. Je répète que, dans ces cas, le foie est malade consécutivement au cœur malade ; qu'il est atteint solidairement comme organe d'hématose ; qu'il ne contient pas nécessairement plus de sang, mais que son organisation s'ahère avec un travail inflammatoire concomitant, travail qui ne se développe que pour donner une circulation capillaire morbide à une nutrition morbide. Celle-ci se manifeste tantôt par une transformation graisseuse des acinis du foie, tantôt par une infiltration de lymphe plastique, qui en se rétractant étrangle les éléments organiques de la glande ; tantôt par une hypertrophie de ces mêmes éléments accompagnée d'une sorte d'achromatisme hépatique et d'un affaibhssement des propriétés sécrétoires ethématosiques dont le foie est doué. Cet affaiblissement est caractérisé par la dégénération des divers produits de cet organe à fonctions multiples , et il est d'autant plus grand que l'hypertrophie morbide est elle-même plus avancée. C'est un état analogue dans son genre à celui que je viens de décrire dans le poumon.

Les reins, organes qui jouent un rôle incontestable dansl'hématose, subissent aussi chez nos anévrismatiques, non seulement des congestions passives, mais des métamorphoses de leur tissu parallèles à celle du foie et du poumon. Et de même qu'on voit la maladie de Bright et la cirrhose hépatique s'accompagner quelquefois, mais non par hasard, d'affections organiques du cœur placées sur le

second plan du tableau, de même on voit les maladies organiques du cœur primitives, provoquer par un véritable consensus d'organes solidaires, dans la même fonction générale, des maladies du poumon, du foie, des reins, placées à leur tour sur le second plan du tableau. Il n'y a rien de mécanique, je le répète, dans ces consécutions morbides. Elles sont données par la hiérarchie des appareils sanguificateurs. Il n'y a pas plus de rapports mécaniques entre ces affections morbides de la nutrition et de la circulation capillaire des divers organes que je viens d'examiner, qu'il n'y en a entre le développement embryologique de la nutrition et de la circulation de ces mêmes organes.

Est-ce que la circulation du cœur a formé celle du poumon, du foie, des reins par une action et un reflux mécaniques, comme certains fleuves ou la mer ont formé par alluvion certaines montagnes ou telles parties des continents? On ne répond pas à de pareilles questions. Chaque organe a évolué de son blastème et en évolue toujours avec sa circulation propre, et par un consensus embryogénique qui plus tard régit les rapports fonctionnels des organes formés, comme il avait régi d'abord leur formation. Hé bien, c'est la même sympathie qui préside entre ces organes aux formations pathologiques. Les congestions pulmonaires, hépatiques, rénales, etc., qui se développent dans le cours des maladies organiques du cœur, le font donc en vertu des lois qui ont présidé à la formation embryologique des circulations de ces divers organes. Ce sont encore les mêmes lois qui, chez l'adulte sain, rehent ces circulations particuhères. Or, personne n'a jamais prétendu que ces lois fussent celles de la mécanique. C'est le

système nerveux, c'est la sensibilité organique qui coordonnent toutes ces circulations et non une impulsion externe, et non un mouvement communiqué par une série de juxtapositions.

On voit ce que j'ai voulu mettre en relief dans cette rapide exposition. C'est, en résumé, que toutes les congestions des viscères qui se forment dans les maladies du cœur ne sont pas des stases et de simples déplacements de liquide, mais des perturbations morbides survenues sympathiquement dans les diverses circulations partielles, par suite de l'altération de l'hématose et de la circulation centrales.

Ces perturbations affectent plus spécialement les poumons, le foie, parce qu'ils sont les organes secondaires de l'hématose, subordonnés comme tels au cœur, organe central de cette fonction. La circulation de ces parenchymes sanguificateurs est altérée, paralysée en quelque sorte par l'anévrisme central, et les fonctions des capillaires y sont déviées. Or, les vaisseaux capillaires sont, suivant l'expression de Hunter, les ouvriers de la nutrition; il n'est donc pas étonnant que l'altération de ces agents entraîne des formations morbides dans le poumon, dans le foie, etc. M

Les congestions, les phlegmasies qu'on observe avec les lésions primitives de la nutrition se forment suivant un procédé inverse. Elles sont excitées et entretenues par une altération qui débute dans le plasma. L'affection organique suit alors dans son développement l'ordre embryologique direct, et de même que, suivant cet ordre, la nutrition précède la circulation et le plasma des vaisseaux capillaires, de même dans l'évolution d'une phlegmasie primitive, l'ai-

lératiou du plasma précède celles des vaisseaux capillaies; et ce u'est que conjointement avec la première que olle-ci constitue l'inflammation.

Mais il est des cas oii l'altération de la nutrition, au ieu de s'opérer primitivement et de débuter dans le blasème, puis d'entraîner après elle le trouble circulatoire loal, comme je viens de le faire voir, est précédée de l'alération circulatoire et hématosique. Alors, l'hétéroplastie st subordonnée à cette altération. C'est ce qu'on voit lans les lésions pulmonaires et hépatiques, etc., qui se éveloppent dans le cours des maladies organiques du œur. Ici, la circulation est affectée du centre à la périiliérie, et comme toute lésion de circulation est en même cmps lésion d'hématose, lorsque la circulation capillaire, ui confine à la nutrition interstitielle, vient à s'altérer, i nutrition elle-même s'altère. Cette altération a heu d'une lanière réflexe, je veux dire en vertu de l'action hiérar- ! hiquement circulaire qui est la loi des organismes élevés ans la série. Les troubles de la circulation et de l'hémaose capihaires affectent sympathiquement l'organe de hématose et de la circulation centrale : c'est ce qu'on oit dans les phlegmasies fébriles ; et l'action morbide du œur affecte réciproquement l'hématose et la circulation oriphériques : c'est ce qu'on voit dans les fièvres à fleglasies disséminées consécutives.

Quoi qu'il en soit, les obstructions viscérales qui se déeloppent dans le cours des maladies organiques du cœur e sont pas mécaniques. Ce sont des formations patholonques consécutives à l'altération des petits vaisseaux sanums. Or, ceux-ci sont la propriété de chaque organe; ils

lui font son sang particulier et sont accommodés à sa nu trition spéciale. Il n'y a donc pas là de perturbation méca nique, mais des hématoses particulières altérées conséi culivement à des maladies de la circulation et de l'hémaa tose centrales. Cette fonction tient, en effet, sous sa àé4 pendance toutes les circulations et toutes les hématoseï particulières, comme l'encéphale tient sous sa dépendanc( et centralise toutes les actions nerveuses particulières de(

organes.

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