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RÉCAPITULATION DES ÉLÉMENTS DU PROGRÈS

L’homme se met en possession de ia nature universelle à mesure qu’elle se révèle à lui, divisée en deux grands ordres, l’un sensitif, l’autre intellectuel. Ces deux ordres réunis équivalent à la connaissance de la nature entière, aussi bien pour ce qui concerne l’aspect réel des choses que pour leurs propriétés, leurs modes intimes et leurs mutuelles relations.

Ces phénomènes, que nous avons analysés dans les livres précédents, se résument dans leurs caractères principaux ainsi qu’il suit :

L’organisme sensitif animé reçoit les impressions extérieures et, en vertu de son aptitude propre, il les transforme en sensations personnelles. Il les perçoit, les distinguant l’une de l’autre, lorsqu’elles se concentrent sur un seul point, ce qui assure à l’être sentant la conscience certaine.

Il se souvient, c’est-à-dire qu’il suscite de nouveau les images senties et perçues. Il imagine, en d’autres termes.

il rattache et combine ensemble les diverses images perçues et rappelées.

L’intelligence, par une vertu qui lui est propre, tire des

images sensitives, les idées, qui sont des représentations

des phénomènes, comme aussi de leurs modes et propriétés, propriétés détachées non seulement des objets extérieurs qui produisent les phénomènes, mais détachées même de leurs images internes.

Les images ont encore les sensations pour support, mais non pas les idées; et c’est pour cette raison qu’on les appelle abstraites, bien que le sens de ce mot induise souvent en erreur. L’esprit humain est seulement apte à contempler les qualités, les propriétés et les rapports des phénomènes que la nature lui révèle par les sens. Par exemple, les trois notions mêmes du temps, de l’espace, de la divinité, ne sont acquises par l’esprit qu’à la suite d’un ensemble d’observations jointes à la construction logique de causalité propre à la nature et aux fonctions de l’entendement. S’il existait quelque chose d’abstrait, dans le sens rigoureux du mot, il existerait plutôt dans la méthode inhérente à l’intelligence, lorsque, des propriétés des phénomènes naturels, elle déduit leur manière d’être intime et leurs rapports.

En effet, l’intelligence ne connaît pas seulement les phénomènes détachés de leurs images et ne discerne pas seulement leurs propriétés, mais elle a pour caractère suprême la faculté de reconstituer, grâce à la connaissance de chaque partie, le système complet de toutes les ca-

tégories de phénomènes coordonnés de façon à produire un résultat d’ensemble.

Le support organique des idées, car elles en ont un comme les sensations et les images, le support des idées, dis-je, c’est la parole, qui, dans sa structure particulière, se prête à revêtir d’une sorte de corps les opérations accomplies par l’esprit et à les transmettre aux organes externes. La parole, modifiée dans ses assises fondamentales ou racines par l’action successive de plusieurs coopérateurs, a dû se produire simultanément avec le premier développement de l’esprit, dont elle a activé les fonctions ; elle reste le témoignage ineffaçable des gradations successives par lesquelles ont passé les différentes élaborations de la pensée.

Le développement des opérations intellectuelles, impossible sans le langage, c’est-à-dire sans la coopération de plusieurs intelligences, est l’œuvre du moi collectif, qui est le vrai facteur exclusif des productions intellectuelles, contrairement à ce qui a lieu dans les opérations sensitives, où le moi individuel agit seul.

Nonobstant, chaque moi pensant puise sa propre conscience personnelle dans la collectivité dont il fait partie nécessaire et intégrante. La conscience des idées n’est pas exclusive et directe comme celle des sensations, mais elle est tout aussi évidente, puisqu’elle naît simultanément dans tous les éléments qui composent le moi collectif, et qu’elle se reflète immédiatement dans chacun d’eux.

On voit, par ce résumé, que les deux grands ordres moraux du développement humain restent constamment en corrélation entre eux. Sans les images, c’est-à-dire sans les sensations, il n’existerait pas d’idées, et sans le langage, les idées ne pourraient jamais se développer. L organisme sensitit accompagne sans interruption, dans tout leur cours, les émanations de la substance intellectuelle, en leur servant d’abord de point de départ et en étant ensuite, à son tour, perfectionné par elles.

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