CHAPITRE III
ORIGINE DES LOMBARDS
Narbonne. — Marseille (Les Provençaux). — Amalfi.
Crémone. — Bologne. — Asti. — Albi. — ■ Pistoïe.
Milan. — Sienne. — Plaisance. — Rome. — Lucqjjes.
Pise. — Florence. — Gênes. — Venise.
Origine des Lombards.
Le nom générique de Lombard était indifféremment appliqué aux marchands de Toscane et de Lombardie, ou plutôt italiens, d' Amalfi, de Crémone, de Bologne, d'Asti, d'Albi (Albe), de Milan, de Sienne, de Pistoïe, de Plaisance, de Rome, de Lucques, de Pise, de Florence, de Gênes, et enfin de Venise.
On trouve quelquefois mentionnes à leur suite les marchands de Narbonne et les Provençaux.
Nous étudierons séparément chacune de ces différentes cités, ou contrées, pour aborder ensuite les nombreuses compagnies socictates formées par les marchands qui tenaient en leurs mains le commerce de l'Occident.
Narbonne.
Suivant Mesnard, Notice de la viguerie de Beaucaire, les foires existaient déjà en 1168.
Un grand marchand français, Raymond Seraller (Serailler),
dont la maison de commerce avait son siège principal à Montpellier, possédait une succursale d'une importance considérable à Narbonne (1324-13 59).
Il était « bourgeois du roi de Chypre et marchand de Montpellier ». Son neveu et agent, Jean Tascher, qui naviguait pour le compte de son oncle, sur un « panfle » — espèce de vaisseau appelé quelquefois pan file, — fut attaqué et pillé par trois galères vénitiennes. 1355, 9 mars. Chio. (Doc. inéd., t. III, p. 121.)
Les autres facteurs dévalisés en même temps se nommaient Jean Ode et Nicolas Besançon. (Doc. inéd., t. III, p. 145.)
Sur Serailler, Cf. École des ch., 1846, p. 203-213. Dans les lettres patentes du roi Jean (F. lat. 10002 B. N.) et du maréchal d'Audenehan (d'Audrehem) nous trouvons en 1363, 24 décembre, une somme de 7,000 florins, payée à Raymond Sarralherii, habitant autrefois Montpellier, patron de navire. Il est encore cité dans des lettres du 6 et du 24 janvier 1364. V. Etude sur la vie d'Arnoiil d'Audrehem, par M. Em. Molixier. Mém. de Y Ac. des Ins. et B. L., 2e série, t. VI. Paris, 1883, p. 274.
Le registre PP 109, A. N. mentionne, vers 1354, un don du roi de 100 livres, à vie, à Raymond Saralher (p. 193) (I).
Narbonne a des consuls à Tortose, 114S; à Ampurias, à Gènes, 11 68; à Pise, 1174. — Les Juifs étaient plus de 300 à Narbonne à la fin du xnc siècle. — Pigeonneau, t. I, p. 148.
Nous avons vu plus haut les Génois établis à Narbonne en 11 32; en 1272, Narbonne était en relations avec l'Egypte : on croit même qu'il existait alors un trafic entre l'Angleterre et Alexandrie, par Narbonne.
Vers 1300, on trouve les Narbonnais à Famagouste, puis à Rhodes, a Beyrout, en Syrie, et à Alexandrie où ils ont un fondaco ; en un mot, dans les Échelles du Levant.
(1) Dans le travail de M. Molinier, nous apprenons qu'un Geoffroy le Maman, receveur des dettes des Lombards, reconnaît avoir reçu de Jeanne de Hamelincourt , dame de Walincourt, 96 I. p. en acompte de 400 écus d'or, qu'elle devait à des Lombars et Italiens usuriers a compaignons de la compaignie des Scaramps, à François Maille, ■> tant en son nom qu'au nom ,fils mineur, Jean de Walincourt. Paris, 1348, 7 mai. (p. [94).
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Nous devons expliquer ici ces deux mots, que nous employons pour la première fois. Echelle vient du mot grec axàXa qui signifie quai. Au port de Constantinople, à la Corne d'or, se trouvaient les Échelles, ou escaliers de débarquement. Il y en avait, en général, plusieurs affectées à chaque nation, et probablement construites en pierre. Elles avaient comme annexes d'autres escaliers plus petits en bois affectés aux particuliers.
Quant à fondaco, M. Heyd nous en donnera la signification.
« Les fondachi, — du mot arabe fondouk — étaient de grandes constructions carrées, à plusieurs étages, à apparence de châteaux-forts, avec une cour intérieure, pour faciliter les opérations d'emballage et de déballage. C'étaient les plus beaux édifices de toute la ville d'Alexandrie. Le rez-de-chaussée était occupé par des magasins voûtés ; aux divers étages se trouvaient de nombreux logements à l'usage des marchands. Dans les bâtiments et dans la cour, des bêtes sauvages apprivoisées couraient en liberté. Chaque fondaco était entouré de jardins, plantés d'arbres... Dans un de leurs fondachi, les Vénitiens avaient un porc, objet d'horreur pour les Sarrazins : c'était une petite revanche pour toutes les taquineries par lesquelles les Sarrazins faisaient sentir aux habitants des fondachi qu'ils les tenaient à leftr discrétion. » (H., t. II, p. 430.)
Provençaux.
Le mot Provençal a souvent la même signification que Lombard. Dans Géraud, nous trouvons en 1293 : rue de la Bufeterie (aujourd'hui : rue des Lombards) Phelippe de Fontainnes, le prouvencel ; — ses compaingnons = 19 liv. (p. 88).
En 1183, Conrad de Montferrat concédait aux Provençaux, à Tyr, le Palais Vert, avec un four et un casai (ferme, village).
Vers 1209,011 les trouve aux foires de Champagne; en 121 5, ils sont à Constantinople, dans un quartier commun avec les Espagnols; en 1236, ils font le commerce de transit entre Iconium (Conie — Asie Mineure) et Chypre ; une ile sur la côte
de l'Asie Mineure, en face de Chypre, au S. O. de l'embouchure du Seleph appelée au moyen âge portas Prodensalium, ou lo Proensal, se nomme encore aujourd'hui Provensal.
Vers 1249, ils occupent un quartier d'Acre (ruga ou viens Provincialium), avec la rue des Provençaux et une église dédiée à la Vierge.
En 1259, dans la même ville, ils prenaient le parti des Vénitiens dans leur lutte contre les Génois (I).
Dans Y Histoire de Provins, de Bourquelot, nous trouvons à la date de 1299, juin, dimanche de la Trinité, les noms de Reimon dit Arguin de Montpellier, capitaine des Provenceaux et de toute la Leingue d'Oc ; Jacque du Front (déjà cité plus haut) de Florence, capitaine des Lombards et de tous les Tremontains; Ansselin de Vermaille, le pafe de Bouquequin, Jaquin à la tacke, Bon Jehannin de Plesance, Philippe et Bide diz Bonaventure, Gandofle de Plaisance, Besnuche de la Rose, Gracien de Bouleigne. — Sentence et procès-verbal de réformation des foires de Provins, t. II, p. 437.
(1) Voici quelques extraits du règlement suivi par les consuls que Marseille envoyait dans le Levant. (Daté du 4, avant les nones d'avril 1253.)
Les consuls sont élus par les syndics, conseillers, chefs de métier et autres officiers de la ville. On leur adjoignait des conseillers. Les consuls étaient choisis dans les meilleures familles de Marseille. — Art. 4. Ils s'obligeaient par serment, avant leur départ, de ne mener, ni de souffrir que personne conduisit des filles de joie dans leur résidence, ni en aucuns autres lieux de leur dépendance; Art. 5. Ils étaient tenus d'empêcher qu'on vendit dans leur fondique (fondaco) du vin étranger, tant qu'il y en aurait du crû de Marseille.
Ils devaient s'acquitter de leurs devoirs consulaires en gens de bien, sans fraude, sans égard à aucune laveur, inimitié, prières, menaces ou présents. — S'ils contrevenaient à leur serment, le recteur de Marseille les punissait d'une amende de 25 livres royales de coronat (à 7 sous 1/2 t. la livre). Les capitaines, patrons, subrécargues ou contre-maîtres des navires, les fondicaires, vendeurs de denrées en détail, artisans et counatiers ou courtiers étaient exclus du droit de parvenir au consulat. — Les consuls devaient être changés chaque année, hors le cas de nécessité absolue de les conserver dans leur place. (Statuts, etc. ./<• Marseille, par François d'Aix, avocat et jurisconsulte, ch. xviii, p. 67. — Académie des ïnscrip. el B. /.., t. X. p. s ^0-5 12. — Pou-
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Amalfi.
Les marchands d' Amalfi faisant plus spécialement le commerce avec l'Orient, nous ne nous occuperons d'eux que quand nous parlerons de Rome. (V. plus loin.)
Crémone.
Les « Feoda Campaniœ » (123 2- 1249) citent un Bartelemy de Crémone (Bar-sur-Seine), p. iS, un mitids de froment ; et un Nicolas de Crémone (Troyes), marié à une Française, et qui est assurément un marchand fréquentant les foires de Lagny-sur- Marne, p. 240.
Bologne.
On voit les Bolonais aux foires de Nîmes en 1278.
Asti. — Albi.
Les marchands d'Asti assistent aux foires de Champagne (1209) et de Nîmes (1278), ainsi que ceux d'Albi (Albe).
« Anno 1226, cives Astenses cœperunt prasstare et facere usuras in Francia et ultramontanis partibus ubi multam pecuniam lucrati sunt. » (Ogerius Alferius, Chron. Astense — Mura-