SCÈNE XI
FU ÏÉ , ROUSSELET.
ROUSSELET , QQec joie.
Allons , elle est à moi.
FUTÉ
Comment , Rousselet , tu épouserais celte fille pour uh mauvais morceau de terre et cent méchans écus.
ROUSSELET
Tu l'aurais bien épousée pour rien , toi.
Tu seras bien riche avec ça.
ROUSSELET
Je le serai toujours plus que je ne l'étais , et puis tu me bâilleras le reste.
FUTÉ
Quel reste ?
ROUSSELET , toujours gai.
' Le dédommagement pour la terre que tu as anticipée à ma femme et à moi.
FUTÉ
Es-lufou, avec ton dédommagement , non, jarni, j' sommes aux droits de monsieur Germon, tu nous dois et tu nous payeras ou je te poursuivrai. ^ ^ ^
Tu te poursuivras donc aussi, car t'es aussi coupable que ïwoî* / / /
Je me poursuivrai si ça me fait plaisir , ta n'avais qu'à aller droit ton chemin , et ne pas sortir de tes limites.
N'en es'tu pas sorti comme moi. fjl Y \.^ ^C
J'aî antîchippé sur moi-même et siir ma femme , ça ne regarde que nous.
FUTÉ. ^^;;l.«^^-^^"'-!f^-~-'^:' ' ' ■"'
Oh ! ta femme , elle ne l'est pas encore^; si ['voulais lui faire de gros avantages , j' suis plus riche que toi.
ROUSSELET
Tu as beau être riche , gn'y a des avantages que tu ne peux pas lui faire , et je les connais moi. . .
T^élais si câlin tantôt devant l'homme d'affaires,
ROUSSELET
J'étais câlin quand il le fallait. . . je ne le suis pas quand il ne le faut pas.
FUTÉ
Par curiosité , combien que tu demanderais donc bien , si on voulait l'écouter^ pour ton dédommagement?
( 20 ^ ROUSSELET
Trente écus , c'esl le moins.
FUTÉ
Trente écus pour la jouissance pendant deux ans d'un demi -arpent que j'aurais loué vingt francs.
ROUSSELEï.
Fallait le louer.
Allons, sois raisonnable, Rousselet.
ROUiSELET, mnlignement.
N'âs-lu pas ta mère et ton oncle Rigaud , avec leurs cheveux blancs ?
{Pendant que Rousselei chante le couplet suivant , Futé allume sa pipe et fume,^
Air : d Azémia.
fl
Faut m'envoyer tout' ta famille , Tous tes cousins et tous tesn\eux , Tous tes enfans , garçons ou filles , J'attends même tous tes ayeux.
Fais gémir ta grand mère , Fais pleurer ton grand père , Pour me voir m'atteadnr , Il n'ont qu'à venir.
Avec pitié je les regarde , Bientôt je s.>nglotte avec eux.
J' leur dis c'est fâcheux , C'est bien malheureux.
Chacun défend V sien , Cett' terre est mon bien , Je suis dans mon droit , Faut êtr' plus adroit ,
Foi d' Lorain, J'en ai du chagrin. , .
{Parlant en changeant sa voix )
Ah î monsieur Rousselet , je vous demande grâce pour mon neveu Futé ^ dit le père Rigaud : les Lorrains sont tous sujets à s'tromper. Aujourd'hui il est dans son tort. . . demain ce sera moi. . . ou vous; n'faut pas être si dur et si traître à son prochain! pour une pauvre petite langue de terre. . . {reprenant sa voix,) En parlant de langue, la mère Fulé, qui n'a pa« la sienne dans sa poche, mMit aussi : monsieur Rousselet, {prenant une poix de vieille femme,) je me
Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad :- 1 ussel
recommandons à vous. . . c^est bon, que je leur réponds, c'est juste. . . payez -moi, je lui pardonne. . . (à Futé!) Tu fumes ; c'est bon. {Finissant Vair.^
Moi j' garde, {bis.) Ma femme et mon terrain.
Ah î tu le prends sur ce ton , eh bien ! je m'en vais trouver la mère Malhurine , et nous verrons.
Air : du Pas des trois Cousines.
^^^...--^Tu ne tiens pas encor ta femme.
ROU5SELET.
Je tiens son cœur, c'est l'important, A ses parens j* confrai ma flamme.
FUTÉ
Moi je leur compterai mon argent.
Avec toi si Fancliett' s'engage ^ Tu n' sais pas , si tu m' pouss' a bout C que lu risques dans ton ménage»
ROySSELET
Ça ra*est eg^l , je risque tout î ENSEMBLE,
FUTÉ
Pour enFver aujourd'hui c'te femme , J' possède un moyeu excellent; A ses parens conte ta flamme.
Moi j' lui conterai mon argent.
ROUSSELfft.
Tu n' m'enlèveras pas ma femme, Je tiens son cœur c'est l'important ; A ses parens j' contVai ma flamme, Et je me moqu' de ton argent.