M. ALFRED MERCIER
Q,uoi ! le riant matin, sur mon front pâlissant. Comme la vierge au bal, brille encore en dansant ! ,jQ,uoi ! je ressaisirais le fil de l'existence! Dans son noir labyrinthe, oii se perd l'espérance, ;Cette nuit, nuit terrible! en barrant mon chemin, N'a pas pu m'enlever ce rosé lendemain ! Je vivrais! Jéhovah ! mon cœur te remercie! Spectres, gnomes hideux, dans la tombe noircie, 'Rentrez tous, balayés! comme par l'ouragan. 'Les flots amoncelés du huilant océan.
LES LOUISIANAISES. S7
Me voici ! je revois donc du ciel la lumière !
Mon cœur sur l'Espérance ouvre encor sa paupière !
Je vivrais ! .
Insensé, dans ton a.'îie en éveil, Pâlira l'allégresse avant que le soleil. Comme un aigle, ait volé vers sa haute apogée. (Quelques instants encore, et cette ame, affligée. Demandera la mort !...
Tant que ces deux tombeaux (1) Masqueront à mes yeux de mes jours les flambeaux, Q,ue me fait le matin et son riant cortège? Mai, le zéphyr, la fleur? l'aquilon, qui m'assiège. Les chasse loin de moi, pour changer en désert Ce beau ciel ! où Bulbul chante sur l'arbre vert !
Mim.
Quel ennui! Dieu de Job, aumônez moi la vie ! Rendez-moi cette nuit que le jour m'a ravie !
L'existence ! pourquoi dans ce vase aminci,
Comme un autre, mon cœur ne tient-il pas aussi? Q,uoi! toujours déborder, comme de son cratère, La lave, en mugissant, dans sa rouge colère !
(0 Celui de mon frère et cçlui de ma femme.
SS LES LOUISIANAÎSES.
Oh ! la vie ! et l'on dit, en me voyant passer,
— due cet homme est heureux ! qui pourrait dépasser Le sommet radieux de sa haute existence î
Comme tout est petit près de sa jouissance l
C'est un poète! un dieu! moi, que suis-je? un mortel!
(iuaud la fange est mon lot, son pied foule le ciel I
— Le ciel ! dites i'enfer !. . . . si v'ous saviez ma peine, Vos deux bias se tendraient pour émietter ma chaîne ! Oh ! le comble des maux, c'est d'aspirer le fiel,
Et d'ouïr s'écrier :— Ton breuvage est le miel!
— Lâche, qui ne sais pas dégainer, une épée. Et crampones la vie avec ta riiain coupée! Cynégire sans gloire, embrassant le vaisseau^ De crainte de tomber dans quelques brasses d'ea^i! C'est en vain que Caton t'appelle sur la route! Q,ui te peut retenir? — dui? ce cable : le doute! Mais d'un autre que moi je receviais la mort! Sans tempêtes alors, je surgirais au port. Et n'y trouverais pas un affreux Cannibale, Après avoir subi sur les flots la rafale!
La mort!... vulgaire appel! qui fait naître un souris! Si je dis que pour moi l'existence est sans piix, Le monde dit : — Tu ments : dans la fange et la lie. Tu fouilles comme nous pour trouver Vancolie! — Souffre donc sans te plaindre, et, plié dans ton sein. Comme un affreux serpent, porte ton noir chagrin!
LES LOUISIANAISES. ô9
Je n'ai q'ie quarante ans; l'amour, peut-être encore. ..
L'amourî ah! quel démon dans mes vers fait éclore
Ce penser, tel qu'un lys à travers un glaçon!
L'amour! c'est pour mon cœur comme un fumeux tison.
Q,uand l'onde a sous ses flots fait ployer l'incendie.
L^amour! avec vingt ans on craint sa perfidie,
Et jelui jetterais de mes jours les débris!
Je livrerais mon cœur aux poignards de ses risl
Dérision! l'orgueil lui doit fermer mon ame;
Je n'ai plus que dédain et mépris pour la femme
Vénus est à Rotschild, et non pas à Rousseau.
Comme à la foudre on voit sourire un vieux tombeau.
Je souris de pitié quand la pudique vierge
Revêt, pourm'embaucher. d'un doux velours la vergr
Q.ue l'amour a placée en sa perfide main.
Aujourd'hui le satin! mais le bois seul! demain.
Je n'aimerai donc plus. Je veux aimer la tombel Seule elle sait garder ce qui dans son sein tombe Sans d'infernaux pensers, je pourrai me vautrer Dans sa couche, où mon cœur va bientôt s'enivrer' Sous les baisers d'amour, quand grandira mon être Je ne dirai pas: là, toul-à-1'heure, peut-être, Un autre polluait les draps blancs de l'hymen! Les bras qui l'éireignaient, sont pressés par ma main' Oui, la Mort est fidèle, et sa couche amoureuse! Si sa robe est de brin, sa constance est soyeuse!
J'étais triste!... j'aimais un beau front de vingt ansl Cette femme mourut! sur mes sombres instants, Aussitôt le soleil fit briller sa lumière! Je conduisis Susanne à son beau lit de pierre! Depuis... elle est à moi! l'amour, plus rassuré, Dans mon cœur a grandi depuis le jour sacré OùPange de la mort l'emporta loin du monde! Le grand panache blanc faisant flotter son onde Sur son divin cercueil, âmes yeux fut plus beau due celui que Vénus porte sur son bandeau ! Depuis, je suis heureux! en vain la foudre tonne; L'orage ne peut plus effeuiller ma couronne. Plus de transports jaloux! entre deux bras pourris, Q,uand je trouve l'amour! rien ne trouble les ris!
Insensé! Dieu divin, viens seul remplir mon amel Sur mon front vaporeux fais ruisseler la flamme!