POURQUOI
A la Princesse Hélène Vacaresco.
Pourquoi sentir alors en son cœur un malaise, La crainte du labeur, du travail qui nous pèse, Une amertume en tout, commencer par souffrir, Toujours être inquiet et toujours tressaillir ?
J'interroge chacun demandant si l'angoisse Envahissant ma chair et qui souvent me froisse Est ressentie en eux? les vents âpres et froids Les glacent-ils aussi? portent-ils un grand poids?
Oh! comment découvrir chez d'autres la pensée Et le frémissement de l'âme délaissée, La chaleur de l'amour pour me connaître mieux Et pour mieux ressentir les élans généreux !
Pourquoi ne pas, hélas ! lire en eux, en leur être, La simple vérité, non ce qu'ils font paraître. Et démêler les fils, les fils de l'écheveau. En un mot y voir clair avant d'être au tombeau.
A la Princesse de La Tour d'Auvergne,
Dans quel lointain pays as-tu désiré vivre? Est-ce en Norvège, ami, royaume de demain? Parmi neiges et glace où le rêve s'enivre Des senteurs de la vague au pied du sombre pin,
Où, sous la blanche coiffe et la robe brodée La vierge au jupon court, songe au héros du nord, A Lohengrin, au cygne, et méprise Asmodée, Va chante en voyageant la légende du liord?
Est-ce la Germanie et ses rives de fleuve Qui captive tes pas? ses fiers châteaux du Rhin? Ou bien cette Amérique industrieuse et neuve Qui prend le monde entier une bible à la main ?
As-tu jeté les yeux sur la prunelle noire, La soyeuse mantille et la grenade en fleur Des belles de Tolède ? en t'asseyant pour boire As-tu levé le verre et cherché le bonheur ?
Je crois que l'Orient, son crépuscule rouge, Son ciel si bleu, si rose et souvent vermillon Enchante ton regard, le soir, quand rien ne bouge, Et que le minaret s'élève en son pignon!