PREMIER AVEU
A ma fille la princesse L. Murai.
Lorsqu'au jardin vous descendîtes, En nuage d'argent, ce soir, Je ne sais plus ce que vous dîtes Tant je fus troublé de vous voir.
Vos tulles blancs rasaient la terre ; Ce vêtement presqu'irréel Vous enveloppait de mystère Ainsi qu'un fantôme du ciel.
l38 PREMIER AVEU.
Je restai cloué sur ma chaise, « Mon sort vient de se transformer, Dis-je ému de frayeur et d'aise ; Ah ! c'en est fait, je vais l'aimer ! »
Vos cheveux tressés en couronne Ont un reflet vénitien.
Ce bras, puis cette main mignonne, Ce noble et gracieux maintien.
Ces yeux qu'avive la malice.
Ce sourire fin et moqueur.
Oui, tout en vous, avec délice Habite maintenant mon cœur.
Pardon de n'avoir pas la force De garder pour moi mon secret.
Faible sous ma rugueuse écorce Je ne sais point... être discret.
PREMIER AVEU. l39
Loin de voire grâce suprême Je suis tremblant et malheureux; Mais de près je dirai : « Je t'aime », Bien mieux qu'aucun autre amoureux.