A L'AMITIE
A la Comtesse Aimery de la Rochefoucauld.
Ah! montre-toi, douce Amitié, Penche vers moi ton cher visage!
Vois, j'ai grand besoin de pitié; Soutiens mes pas pendant l'orage.
A l'heure sombre bien souvent Tu me consolas de mes peines, Faisant toujours souffler le vent Du rêve, illusions humaines !
l56 A l'amitié.
Tu chuchotais, fidèle sœur, De tendres paroles aimées, Toi qui berças mon pauvre cœur Pendant de si longues années.
Et maintenant plus que jamais Je te garde en ma compagnie ; La douleur, si tu me quittais, Serait, pour mon âme, infinie.
A MON EDREDON
A Madame la Marquise de Lamberiye-Gerbevillé.
N'es-tu pas mon plus vieil ami, Édredon de si douce plume?
Le soir, avant d'être endormi, A ton duvet je me parfume.
Combien je t'aime et te bénis, Édredon de ma tiède couche!
Garde bien mes pleurs réunis Aux soupirs de ma jeune bouche,
Je te raconte dans mes nuits Les souvenirs de mon enfance, Tous mes labeurs, tous mes ennuis, Mes regrets et mon espérance.
Sous ton sein je ferme les yeux, Puis je voltige dans un rêve Qui m'emporte au loin dans les cieux, Et que la blonde aurore achève !