‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 178 sur 223 · Pereira · texte numérisé non relu

Pereira

Le roi de Castille assiégeait Lisbonne par terre et par mer. Jean Jc^, qui n'était alors que prolecteur du royaume, défendait la place. Il donna l'ordre à la flotte portugaise, rassemblée au Porto, de venir au secours de Lisbonne. 11 s'agissait de forcer la barre et d'entrer dans les eaux du Tage, malgré la flotte castillane qui croisait devant le port. Le combat fut long et sanglant. Ruy Pereira, s'apercevant que la flotte castillane, beaucoup plus nombreuse que la flotte portug;iise, manœuvrait pour l'envelopper, fit des prodiges de valeur pour rompre le mouvement de l'ennemi. Il réussit; les Portugais se

tirent jour à travers les Espagnols; mais Ruy Pereira périt victime de son dévouement.

La Harpe, après avoir raconté cet événement d'une manière trèsinexacte, reproche avec raison à Camoens de n'avoir pas fait, en cet endroit, un tableau digne du sujet. L'action de Ruy Pereira méritait plus de détails que celles de Landroal et de Fernand d'Elvas.

2J. Mais regarde ce prodige. Dix-sept Portugais, etc.

Les Castillans assiégeaient la ville d* Almada, située en face de Lisbonne, sur la rive gauche du Tage. La garnison manquait d'eau. Dix-sept soldats descendirent de la citadelle, pour aller en chercher au pied de la montagne, et furent découverts par les Espagnols qui fondirent sur eux au nombre de quatre cents. Les Portugais se défendirent vaillamment et furent assez heureux pour rentrer dans le fort.

C'est ainsi que Duperronde Castera et La Harpe racontent l'aventure. Mais ils ne disent point sur quelle autorité ils fondent leur récit. Voici ce que nous trouvons dans l'histoire de Portugal par La Clède :

« L'armée de Jean ï^r était campée sous Yillalobo. Dix-huit Por- « tugais, battant l'estrade, rencontrèrent un corps ennemi composé (( de quatre cents chevaux et de quelque infanterie, Les Portugais « gagnèrent une hauteur, dans le dessein de périr plutôt que de se « rendre. Il était cependant nécessaire de faire avertir le roi du dan- H ger qui les menaçait ; mais aucun d'eux ne voulait se charger de la (( commission, dans la crainte d'être soupçonné de vouloir se déro- « ber au péril présent. Après quelque contestation. Don Diègue Peu rès d'Avellar demanda lequel était le plus honorable, ou d'aller « chercher du secours en perçant au travers des ennemis, ou de com- « battre contre eux de pied ferme. Tous ses camarades répondirent « que c'était le premier parti. Je serai donc aujourd'hui le plus vaille lant d'entre nous. En même temps, il s'élance sur son cheval et le « pousse du côté des ennemis, qui, étourdis de son audace, lui ou- « vrent un libre passage. Tandis qu'il vole pour appeler du secours, « les Castillans, revenus de leur surprise, chargent les dix-sept au- « très Portugais. Ceux-ci se défendent et attaquent tour à tour avec <( la plus grande intrépidité. Plusieurs Espagnols étaient déjà tombés « sous leurs coups quand le secours arriva. A cette vue, les Castil- « lans se retirèrent en disant : L'action de ces Portugais rend croya- « blés toutes les merveilles qu'on nous raconte des douze pairs de .< France. » (Livre X.)

22. Voici les nobles fils du roi Jean, Don Pèdre et Don Henri.

Don Pèdre avait parcouru presque toutes les contrées de l'Europe, et s'était signalé en Allemagne, contre les Turcs, sous les drapeaux

(le Temperenr Sigismond. Don Henri, aussi brave que Don Pèdre, mais doué d'un génie encore plus étendu, s'était adonné particulièrement aux sciences mathématiques appliquées à la navigation. (Voir la note 1 du quatrième cliant.)

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