‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 49 sur 223 · Je dirai les vertus héroïques, etc · texte numérisé non relu

Je dirai les vertus héroïques, etc

On a reproché à Camoens de manquer de plan et d'unité, de multiplier inutilement ses personnages, et de charger son poëme d'une

foule de récits qui ne se rapportent point à l'action principale. 11 répond d'avance à cette oitjection. Ce n'est pas seulement un héros qu'il chante, c'est un peuple de héros, c'est la fondation d'un empire en Orient, ce sont tous les faits glorieux qui ont préparé cet incroyal)le essor de la puissance portugaise. Dans tous ces événements rapprochés les uns des autres, il aperçoit un grand drame historique dont l'expédition de Gama n'est que le dernier acte. Si le roi Emmanuel ordonne à ses flottes de passer le cap de Bonne-Espérance, c^est qu'il a hérité des grands desseins de Jean second ; si le roi Jean s'est élevé à de si hautes pensées, c'est que déjà les navigateurs de sa nation avaient exploré une partie du rivage africain et découvert les îles de l'Atlantique; c'est qu'il avait été précédé sur le trône par une suite d'hommes de génie sans cesse occupés du soin d'expuls,er les Maures et de contenir l'ambition des Castillans; et si les rois de Portugal ont réussi dans l'une et l'autre entreprise, c'est que leurs sujets avaient appris à vaincre dès le temps de Viriate et de Sertorius. Ainsi, dans la vaste conception de Canioens, tout s'arrange, tout se lie, tout vient aboutir à ce grand fait de la découverte de l'Inde, qui domine toute sa composition. Il nous semble que ce nouveau genre d'épopée offre bien autant d'intérêt que la colère d'Achille ou la rivalité de ïurnus et d'Énée.

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