COTÉ DES HOMMES
Une grande loge. Courant le long du mur, une tablette fait le tour de la pièce; quatre ou cinq IjoUes avoisinées de divers ustensiles de toilette indiquent la place de chaque occupant. Au-dessus de la place correspond une glace. Au- dessous de la planche généralement une malle ou une valise. Des cuvettes. Dans un coin., une cruche et un seau. Les murs et le plancher sont sales, un rideau de nuance douteuse jerme Ventrée. Et cependant on se trouve dans un des premiers concerts de
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Paris. Presque en face^ une autre loge similaire. Dans la première, Panel, Vildieu, Clirac et Bernias; dans la seconde, Lefaure, Fourdin, Loum et Bildar. Ils sont en train de s'habiller.
Lefaure, venant de scène. — C'est-il pas malheureux de faire passer un homme comme moi à cette heure ci ! Il n'y a encore personne dans la salle.
FouRDiN. — Tu peux t'en retourner plus tôt à la campagne.
Lefaure. — Et mon talent! Ils sont jaloux de ma valeur; il ont peur que j'aie trop de succès.
FouRDiN. — Qu'est-ce que ça peut te faire, pourvu que tu touches à la quinzaine? Le pognon, moi, je ne connais que ça! Quand j'aurai amassé quelques mille francs de rente je me retirerai dans ma petite maison du Plant et je lui dirai zut au concert.
Lefaure. — Possible, mais quand on se sent quelque chose là. Ah ! mes amis, quel triomphe; j'ai eu à Lyon, cet été! je chan-
tais huit chansons... oui, mon vieux, huit chansons comme Paulus.
FouRDiN. — Et les appointements ?
Lefaure. — Trente balles par jour.
FouRDiN. — Ce n'est pas mal.
Lefaure. — Et la vedette ! Ici avec peine j'ai quatre cents et je lève presque le rideau ; bientôt on me fera rincer les verres.
LouM. — A Bildar et à moi on nous ofîre cent francs par jour à Marseille pour un mois au Palais de Cristal.
Lefaure. — A Paris, le concert, c'est mauvais, on ne paie pas; il n'y a de la galette que pour Mme Yvette Guilbert.
Bildar. — Qu'est-ce que tu veux? elle fait recette.
Lefaure. — Parce que le public est idiot; moi j'ai du talent, elle n'en a pas; c'est à force de réclames, de boniment. C'est comme Polin, est-ce qu'il vaut cent francs par jour?
Les autres. — Polin est un artiste !
Lefaure. — Ce n'est pas lui qui a in-
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venté le genre soldat, c'est Orlac qui est chez nous.
LouM. — Tu me fais rigoler! {Après un temps.) Nom d'un chien ! Voilà le raseur, Hendenne, l'auteur qui vient nous...
Vous savez ^qu'hier Clirac lui a fichu son pied dans le derrière.
Hendenne, antrant doucement. — Bonsoir, Messieurs; je viens vous apporter des chansons. (// tire des manuscrits.)
Tous. — Non, m.erci.; nous en avons de trop en ce moment.
Hendenne. — Une petite minute. Tenez Loum et Bildar, j'ai une scène à deux pour vous, quelque chose de nouveau, le Colonel Machonnot. Les artistes sont plongés dans le marasme,
A Vintérieur de Vautre loge.
Vildieu, à Fanel. — Epatante, mon cher, la petite Rose Dubois. L'autre soir, nous avens été manger une choucroute à la brasserie du Commerce et puis... je t'assure que je ne me suis pas embêté. Ce qui me chiffonne, c'est que j'ai reçu ce soir une lettre d'une cocotte qui doit être dans la
DANS Li:S COULISSHS DE I.'aLHA.MURA. ()1
salle et qui me donne rendez-vous après le spectacle. J'air peur que la petite ne me gêne.
Fanel. — Moi aussi j'ai un rendez-vous, c'est avec une bourgeoise par exemple, tu la connais, c'est la pâtissière qui est au coin du boulevard Sébastopol.
ViLDiEu. — Si jela connais! elle a marché avec tous les cabots ; on l'appelait (// lut dit un nom àVoretlle...)
Fanel, un peu décontenancé. — Ah !
Clirac à Bernias. — Q,u'est-ce que tu dis que ça sert en province leur sacré journal ta Voix des Concerts ! Je m'en f..., moi, de ce journal, je ne veux pas m'y abonner.
Bf rnias. — Tu as tort. Jamais ils ne parleront de toi.
Clirac. —Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? Moi, je suis jeune, je gagne largement ma vie, je rigole, je bouffe bien, je me paie une belle fille quand je veux; je ne m'occupe pas des autres, qu'ils me fichent la paix ! Et puis voilà ! tu pourras leur dire à tes journalistes que je m'assieds dessus I
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Bernias. — Ah ! il n'y a pas moyen de discuter avec toi. (A F/7^/^e/.) Dis donc, il s'en passe de drôles au Grand-Boulevard- Concert.
Vildieu. — Quoi donc ?
Bernias. — Eh bien la porte de la régie s'ouvrant en dedans, ils l'ont attachée à la rampe de l'escalier par une forte corde à laquelle pendait la cloche.
Les autres, intéressés. — C'est rien rigolo.
Bernjas. — Cela fait que plus le régisseur, qui y était enfermé, tirait, plus il secouait la cloche.
Les autres. — J'aurais voulu voir ça.
Bernias. — Et puis il y a Mornier qui a fait une sale blague à Naudiès.
Vildieu. — Naudiès qui en fait à tout le monde!
Bernias. — Pendant que Naudiès était en scène, Mornier lui a pris sa redingote et a passé dans toutes les boutonnières un énorme cadenas.
Tous, riant. — Ahl elle est bien bonne !
FouRDiN, entrant dans la loge. — Hé,