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Scène de pugilat

Tous. — Hardi, Bernias ! Hardi, Orlac !

Le régisseur, accourant, — Je vous fiche tous à l'amende. En voilà une tenue ! Vous n'êtes pas honteux ! des artistes !

Clirac. — Qu'est-ce que vous voulez ?

Ils sont jeunes, ils s'amusent!

Le calme rena^it.

lîMmksMMsMiM^ïiiii^Mi'tM

Un grand rci-dc-chaussée dont les fenêtres donnent sur la rue de V Echiquier. Partout^ le long des murs, des casiers contenant des chansons grands et petits formats . Près d'une fenêtre, à droite, un comptoir où se trouve la caissière. A gauche, près de la porte d'entrée, un réduit grillagé

r où se tient Déclat, le célèbre auteur de café-concert. Au fond, une porte ouvrant sur une pièce plus petite dans laquelle Lanson, le compositeur donne des leçons sur le répertoire de la maison.

ii) AUX COMPOSITEURS RÉUNIS.

Lanson, jouant du ptano. — Allons, en douce ! reprenez-moi ça!

Pour gagner du pognon, II faut, il faut d'ia cuisse, Pour gagner du pognon, Il faut d'ia cuisse et du chignon!

Ça ira.

La petite femme. — Alors vous me donnerez l'orchestration pour mardi, je débute avec cela à la Cigale.

Laxsgx. — Entendu, mon chéri, et puis tu sais quand tu voudras, tu n'as qu'à me faire signe.

La petite femme. — Au revoir, M. Lanson et merci.

Lanson. — Allons, à une autre et en

douce !

Pour gagner du pognon, Il faut, il faut d'ia cuisse, etc.

Un employé de librairie entre et va à la caisse. — Je prends pour la maison Tralin dix petits formats de Mon p'tit Pneu, vingt àQ Tgob'tes nichons, quinze àeVas-^-Lalie et quinze de Les oiseaux sont partis Qi

puis cinq pianos artiste de Pour avoir du pognon\ on la demande beaucoup cette chanson-là, c'est un succès.

La caissière. — Oui, elle est très bien faite, {à un employé) Servez M. Tralin.

DoRCELj/eune auteur entrant. — Pardon, M. Déclat?

La caissière. — A gauche, dans le bureau grillé.

DoRCEL. — Pardon, monsieur...

Déclat. — Vous voulez ?

DoRCEL. — Parler à M. Déclat.

Déclat. — C'est moi.

DoRCEL. — J'ai montré une chanson à M. Héliot de l'Eldorado ; il ne Ta pas trouvée mauvaise, mais il m'a dit d'aller vous voir, car il a traité avec vous.

Déclat. — Montrez cette chanson; mais je dois vous dire auparavant que je n'y tiens pas, j'en ai trop.

Dorcel. —Regardez toujours. Je ne suis pas de la Société et je voudrais bien être édité pour en faire partie.

Déclat, après avoir lu la chanson. —

i'Z AUX COMPOSITEURS REUNIS.

D'abord je n'aime pas beaucoup le titre : Les béguins de Rose.

DoRCEL. — On peut changer le titre.

Déclat. — Ecoutez, il faut trop remanier cette chanson. Pour vous faire plaisir et parce que vous êtes recommandé par Héliot, je veux bien Tacheter en toute propriété pour dix francs; mais c'est tout.

DoRCEL. — Alors mon nom ?

Déclat. — Je ne sais si je me servirai de cette chanson. C'est à prendre ou à laisser.

DoRCEL. — Tenez, je vous la laisse : personne ne voudrait me la chanter : mais la première, vous l'éditerez à mon nom ?

Déclat. — Certainement. Voilà vos dix francs. Signez-moi ce papier.

Le jeune auteur sort.

Déclat, appelant, — Hé ! Lanson!

Lanson, quittant la petite salle. — Q.u*estce qu'il y a ?

Déclat. — Mon cher, voilà une chanson épatante que je viens de fmir. Arrangemoi un peu de musique, très peu, quelque choie dans le genre de « On dirait qn'c'est

toi. 7> C'est une machine merveilleuse pour Yvette ! Fais-moi ça tout de suite.

Lanson, après avoir lu. — Oui, ce n'est pas mal. Tu auras ça demain.

ViLDiEU, r artiste de i^Alhambra, — Bonjour tout le monde ! (,4 Déclat.) Mon cher, j'ai trouvé une mélodie ébourift'ante.

Déclat. — Bon, faut la donner à Lanson pour qu'il la note.

ViLDiEU. — Quand me donneras-tu les paroles ?

Déclat. — Tu pourrais peut-être adapter les paroles que j'ai achetées à Moriot et à Basset?

ViLDiEU. — Fais voir.

Déclat. — Ils m'ont supplié de les leur prendre.

Vildieu. — Mais je connais ça ! le Moulin jolsf pardi c'est la même qu'ils ont vendue à Repos et qu'il vient d'éditer: seulement ils ont appelé ça le Moulin tout blanc,

Déclat. — Ah ! les coquins!

Vildieu. — Tu sais bien qu'ils sont coutumiers du fait. Comment toi, tu t'es laissé rouler par un Basset et un Moriot?

LBS LYRIQDBS }. 5

Déclat. — N'aie pas peur, je les repincerai.

ViLDiEU. — Dis donc, as-tu fini tes comptes pour les droits ?

Déclat. — Oui, j'ai fini aussi nos comptes d'édition ainsi que ceux d'Héliot de Bernias et de Rinnaire ; à toi, je dois pour le trimestre 430 francs de droits, 775 francs d'édition. Bernias chante toujours Ma sœur Estelle ?

ViLDiEu. - - Oui. Et si ça peutt'intéresser, Bernias a repris les Pommes pas mûres et Rinnaire : Quand f vais au marché.

Déclat. — On a beau dire: il n'y a encore que les combinaisons.

ViLDiEU. — Alors quoi pour ces paroles de ma mélodie ?

Déclat. — Attends je vais chercher dans mon tiroir.

Vildïeu. — Je compte sur un gros succès avec cela; et tu sais, c'est moi qui la créerai.

'Dans Vautre salle.

Lanson. — Allons, ma chatte, reprenons ce refrain et un peu de poil aux pattes.

La douiihne petite femme de la journée.

Pour gagner du pognon, Faut d'ia cuisse, Faut d'ia cuisse, Faut d'ia cuisse et du chignon!

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