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DINORAH

(Romancière)

de Ba-ta-clan

de Paris.

RÉGINE (Gommeuse) de la Cigale

de Paris.

BRUNETTI ( Genre) des Concerts

de Paris.

VERNIERE, Régisseur.

BOCHET, Pian iste-accompagnateur.

Le café est rempli de spectateurs attablés devant des guéridons et buvant des consommations variées. Beaucoup de soldats^ surtout des sous-officiers ; un nuage de fumée s enguirlande sous le plafond et autour des lustres à ga^ libre. Sur les murSy des pancartes indiquant le prix des boissons et des renouvellements. Un pianiste^ tapant sur son instrument^ fait le plus de bruit possible.

Sur la pseudo-scene^ Mlle Dinorah finit de chanter :

C'est si gentil, la femme î

C'est si mignon à caresser,

La femme on n'peat pas s'en passer

C'est si gentil la femme !

Applaudissements. Lartiste descend du tremplin et passe à travers les rangées de tables tendant un coquillage en guise de

Premier spectateur. — Dinorah! Vous avez chanté comme un ange, voici deux ronds.

Deuxième spectateur, après un geste si-

8g LA TAVPRWÇ ALSACieîSWE A ANGERS,

gntfieaiif. rr^ Mazette! j^ ng te croyais p^s d'iiu«si belles parties ehapnues !

ÇiNpRv^H, frès calme. -^ Voulez.TVOUS |)iêpV6US ^(S^ir tranquille!

Mlle e0ntintie sa fournée^ repoussant lej? m^tns irgp audacieuses et rentre ensuite 4^ fis la pièçp ^ii sp trouvent ses eamara^esi et le 4iTecteur.

Ordeck. — Combifn qu't'gs f^it?

Pi!5j,QpAW, çgmftatti le^ ^ptfS; — gpi^,4iit^ trois sous.

Ordeck. — T'as eu quatre francs à la première manche ; tu auras à pgu prè§ trois francs à 1^ troisième, efi tOUt UB^ pistole ; il me revient six franps treize sous, puisque j'ai les deux tiers; t'auras donc trois francs s§pt sous pour toi. C'est pas lourd.

DmoRAH. — Il§ sont rien mufles dafî§ notre concert! Ils ont les poches cous^§§|

Ordeck. — Faut les découdre, ma fille.

Tij Tj^p s^is pgç t'y prendre. Tu ne te laisses pg§ peloter. On ^yanee le cprsage, comme ça. On leur met le^s nichons sous le nez, ça les pxêilj^? iU êgsquent d§ Ig pièce blancbe.

r.A TAVERNE ALSACIENNE A ANGERS. 83

Regarde Régine, elle marche bien, elle. Ce qu'elle les allume! C'est comme après la représentation, tu n'y es pas du tout.

DiNORAH. — Qu'est-ce que j'ai commis encore?

Ordeck. — Eh! bien, oui, quand les habitués viennent dans les coulisses, tu ne les pousses pas ; avec toi, ils ne prennent jamais que des bocks. Avec Régine, ils boivent du Champagne. Et puis, il y en a qui se plaignent. Monsieur Maurice, le marchand de bois, prétend que tu rechignes, que tu fais preuve de mauvaise volonté, quand il te demande d'aller avec lui.

DiNORAH. — Il sent mauvais.

Ordeck. — Il sent mauvais! Il sent mauvais !

C'est bientôt dit, un homme qui soupe ici tous les soirs, qui dépense des vingtcinq francs et trente francs. C'est pas toi qui paieras mon loyer, mon éclairage et mes impositions! Prends modèle sur Régine, Elle ira loin cette fille-là, tu verras, elle trouvera un type chic qui la fera débuter à Paris. Tiens ! la voilà qui s'occupe déjà

avec le petit Badoit, le maréchal des logis de chasseurs. Et puis, ma fille, si tu ne veux pas que je te résilie, il faut me changer de toilette, voilà quinze jours que tu portes la même robe. Dans un établissement bien tenu comme le mien, je veux que mes artistes aient de chouettes frusques.

DiNORAH. — Avec quoi voulez-vous que je les paie ? vous me donnez cent vingt francs par mois ; avec les quêtes j'arrive à huit francs par jour, mais vous m'obligez à loger et à manger dans votre maison ; quatre - vingt - dix francs de pension , soixante francs de chambre, jusqu'au blanchissage que vous me comptez trente francs par mois. Voyez ce qui me reste.

Ordeck. — Tu as tes nuits, ma fille; si tu ne sais te débrouiller, tant pis pour toi ! Ah ! voici Brunetti, j'vas lui laver la tête à celle-là ! {Appelant) Brunetti !

Brunetti. — Qu'est-ce qu'il y a ?

Ordeck. — Dis donc, ma fille, est-ce que tu te f... de moi ? Qu'est-ce que ma

femme vient de m'apprendre, que tu couches avec Spadoul !

Brunetti. — C'est pas vrai.

Ordeck. — Allons donc ! Ma femme vous a vus! Je ne veux pas de ça dans mon établissement ! Q.u'est-ce que dirait ma clientèle, bon Dieu ! Ah ! il a de la veine, ce Spadoul, d'avoir du succès ! Je le ficherais à la porte !

Pendant ce temps ^ Dinar ah et Marthe^ causent à voix basse dans un coin.

DiNORAH. — Ah! heureusement que je t'ai, ma petite Marthe ! Sans cela je ne vivrais pas dans cette sale boîte.

Marthe. — Ah ! oui, quel cochon de métier ! Et tous ces hommes sont-ils assez dégoûtants !

DiNORAH. — Dis donc, après le souper, quand tout le monde sera couché, ne manque pas de venir dans ma chambre.

Marthe. — Mais si tu as quelqu'un ou bien si c'est moi qui ai un type?

DiNORAH. — J'espère que nous n'aurons personne ou bien on tâchera de les renvoyer.

Ordeck, s approchant, — Qu'est-ce que vous avez à causer là? (A Dinorah.)^M sais, Dinorah, M. Maurice m'a fait dire par le garçon qu'il voulait souper avec toi. Voilà la veine qui te revient! Justement, tu as du linge blanchi d'aujourd'hui.

Tenrat, artiste déjà un peu marqué^ asse^ bonne figuré, parlant en soignant V articulation, — Pardon, monsieur le directeur, deux mots à vous dire.

Ordeck. — Faites vite, je suis pressé.

Tenrat. — Le régisseur, M. Vernière a mis ma femme à l'amende hier soir, jour de nos débuts; pourquoi cela?

Ordeck. — Parce que votre femme a refusé de rester après la représentation comme les autres artistes-dames.

Tenrat. — Comment, vous voulez exiger de ma femme...?

Ordeck. — Allons donc ! Ne faites pas l'enfant! votre femme ! votre femme! Vous n'êtes pas mariés !

Tenrat. — N'importe! Je ne souffrirai pas...

Ordeck. — Alors je vous résilierai.

Tenrat. — Monsieur, c'est une infamie.

J'ai payé la commission du correspondaat. Je me plaindrai à la chambre syndicale.

Ordeck. — Je m*en f... de votre chambre syndicale.

Tenrat. — Oui, j'écrirai aux journaux le piètre métier que vous exercez ; je dirai que vous nous forcez à manger chez vous, que vous nous donnez de la viande de dernière catégorie et du vin frelaté, je nie plaindrai au préfet.

Ordeck. — Le Préfet, son fils vient ici tous les soirs !

Tenrat. — Je... je... (// sort en protestant).

Ordeck. — Va, va, mon bonhomrne, ça te passera. {Appelant.) Vernière !

Vernière, le régisseur. — Monsieur Ordeck?

Ordeck. — Vous allez écrire à notre correspondant Bunel qu'il fasse insérer la note suivante : On demande pour une grande ville de V Ouest des artistes-dames avec toilettes., 120 à 1^0 francs par mois, quêtes en plus.

Vernière. — Bien, monsieur.

Ordeck. - Et puis, dites donc, Vernière, j'ai une idée. Je trouve que la tombola, que nous donnons à la suite du concert, ne rapporte pas assez, elle languit, la tombola.

Vernière. — Il faudrait trouver quelque chose de nouveau.

Ordeck. — Eh! bien, je vais suivre l'exemple de Doré, mon collègue d'Amiens ; je vais arranger une loterie à dix sous le billet et celui qui gagnera aura droit de choisir une dame. Qu'est-ce que vous pensez de ça?

Vernière. — Epatant! patron, épatant!

Ordeck. — Ah ! c'est que moi je m'y entends à tenir une maison! Ma femme est enthousiasmée de l'idée. Venez, nous allons lui demander un bock! Pour une idée! En voilà une idée! Ils passent dans le café.

sî^si'grA'tsU'?sii?X'?sîgsIm^?l'??i'?!l^?Ij

Au grand Café-Concert, V Aîhambra ; dans le cabinet du directeur. Une pi^çce très vaste donnant sur une sorte de foyer oîi attendent les visiteurs. — Ameublement sobre ; bureau en chêne, couvert de paperasses et de journaux; casier avec annotations diverses ; petite bibliothèque en bois noir aux vitres recouvertes in térieurement de soie verte. — Un large canapé en étoffe de Karamanie. — Sur les murs, des affiches, des photographies d' artistes-femmes . — Téléphone, sonneries électriques et tuyaux acoustiques. — A côté, le cabinet du secrétaire. Il est quatre heures ; de nombreuses personnes

attendent. A chaque instant^ de nouvelles arrivées se produisent. Le garçon^ devant une petite table, près d'une fenêtre, répond aux demandes.

Un Monsieur, entrant. — M. Lignier, s'il vous plaît?

Le Garçon. — Nous l'attendons. Si vous voulez vous asseoir.

Tout d'un coup, la porte du foyer s'ouvre, poussée par une main de maître. Le directeur, très correct, chapeau luisant^ passe en coup de foudre et entre dans son bureau. Immédiatement bruit de sonneries électriques. Va-et-vient.

Lignier, directeur. — Nom d'un chien !

Je n'ai qu'une minute. Je n'y suis pour personne !

Le Garçon. — Mais, monsieur le directeur, il y a là un tas de personnes qui vous attendent depuis deux heures.

Lignier. — Ce n'est pas tenable! Je suis débordé. {Appelant^ Livrac î Livrac !

LivRAc, secrétaire de la maison. — Monsieur Lignier?

LiGNiER. — Comment ça va ? Dites donc, vous avez envoyé la note aux journaux?

LivRAc. — Oui, monsieur Lignier, mais je voudrais vous parler du programme, il y a des chansons

Lignier. — Laissez-moi donc tranquille avec vos chansons! Est-ce que le public s'en occupe des chansons ! Dans la note vous avez bien fait ressortir les débuts de Mlle Ermeline de Viguemale. Mon cher, elle va mettre dans sa poche Emilienne d'Alençon, la belle Otero et autres Liane de Pougy.

Livrac. — J'ai lait ce que vous m'avez commandé, patron ; cependant

Lignier. — Vous avez bien mis Ermeline en grande vedette ?

Livrac. — Parfaitement. Mais Duparc, Bonnaire, Polin, Sulbac vont être furieux.

Lignier. — Je m'en moque. Ce ne sont pas eux qui remplissent ma salle. Je veux du monde chic chez moi. {On heurte à la porte.) Qu'est-ce encore ?

Le Régisseur. — Monsieur le directeur,

je VOUS demande pardon de vous déranger; c'était pour le programme

LiGNiER; — Toujours ce programme!

Le Régisseur. — Excusez-moi si j'insiste; pourtant vous avez dû entendre hier les chansons ?

LiGNiER, levant les bras au ciel. — Estce que j'écoute jamais les chansons ?

Le Régisseur. — De plus permettez-moi de vous demander d'assister à une répétition. Votre présence serait nécessaire.

Lignier. — Vous m'embêtez avec vos chansons et vos pièces î Je ne peux cependant pas tout faire! Il faut que je m'occupe de l'éclairage, de l'affichage, de la publicité, de la limonade, des costumes, des décors, des ouvreuses; j'ai rendez-vous avec mon architecte, le tapissier, le fleuriste, le maçon, le marchand de bières, l'imprimeur; vraiment je ne puis m'occuper de vos chansons.

Le Régisseur. — Alors qu'est-ce qu'il faut faire ?

Lignier. — Ce que vous voudrez, mais fichez-moi la paix !

{Le régisseur sort.)

LiVRAc. — Monsieur, on sonne au téléphone.

LiGNiER. — Noyez. {Regardant sa montre.) Cinq heures ! Ermeline devrait être là.

LivRAc. — C'est Félix Girod, le grand critique qui demande à vous parler.

LiGNiER. — Oh ! la! la ! ce raseur qui m'a obligé à reprendre les mercredis classiques ! {Allant au téléphone.) Allô ! Allô ! Bonjour, mon cher maître î C'est entendu, une loge pour mercredi ! On chantera la Lisette et Monsieur et Madame Denis !

Le Garçon^ entrant. — Monsieur le directeur, Mme Ermeline de Viguemale qui veut à toutes forces vous voir ; il y a vingt personnes avant elle.

LiGNiER. — Faites-la entrer de suite. — Livrac,à tout à l'heure. {Livrac et le garçon sortent., laissant passage à Mlle de Viguemale.)

Lignier tend ses deux mains à Ermeline €t la conduit dû canapé où il s'ti'SsUd près d'elle.

Ermeline. — Ouf! que je suis fatiguée!

J'ai fait tant de courses. Ce qu'il y en a des types qui poirottent dans le foyer !

Lignier. — C'est moi qui vous attendais! Vous êtes ravissante dans cette robe !

Ermeline. — A propos, je vais en avoir deux merveilleuses pour mes débuts.

Lignier. — J'ai fait faire un affichage spécial. Vous êtes en lettres énormes.

Ermeline. — Nous aurons une salle superbe. C'est Emilienne qui va rager. Nous aurons le Prince, tout le Jockey et l'Impérial, mes deux amies Louise de Prony et Rachel Viguier amèneront tout le clan. Le petit Farinier et le gros Durand viendront avec la bande. Ils seront au moins cinquante. Vous aurez deux mille cinq de location.

Lignier. — J'y compte bien, et Virstein, votre ami?

Ermeline. — Il prend toutes les avantscènes et trente fauteuils. Il me paie un collier de perles de neuf rangs, cent vingt mille francs. Otero le voulait ; elle est dans une colère!

LiGNIER. — Et....

Ermeline. — Vous verrez, mon cher, j'aurai plus de dix mille francs de fleurs.

LiGNiER. — Et avant dînerons-nous ensemble ? (// la prend par la taille.)

Ermeline. — Voulez-vous bien vous taire !

Le Garçon, après avoir heurté, — Monsieur, il y a plusieurs auteurs qui

LiGNiER. — A la fin, voulez-vous me ficher la paix ! vous voyez bien que je suis occupé !

Le g ARÇON j se retirant. — Pardon !

Ermeline. — Tenez, ce soir. Mon vieux dîne chez le ministre.

LiGNiER, encore plus près. — Vous êtes adorable. Pour sûr que vous aurez la vedette !

Ermeline. — Eh bien, ce soir, à huit heures, chez Maire.

Lignier, — Au revoir, mon étoile, au revoir.

{Fausse sortie (T Ermeline.)

Ermeline. — J'oubliais. Avez-vous songé à mes chansons pour mes débuts?

08 GHBZ LE DIRECTEUR.

LiGNiER. — Oh ! ça n'a aucune importance. Nous prendrons un auteur quelconque.

Ermeline* — A tout à l'heure, mon cher directeur!

LiGNiER. — Au revoir, ma chère étoile î {Ermeline sort.)

LiGNiER, regardant sa montre. — Je n'ai que le temps de passer chez moi pour m'habiller. {Sonneries électriques. Tout le personnel accourt.) Je ne puis demeurer une minute davantage.

Le Régisseur. — Mais, Monsieur, il y a des artistes qui voudraient...

LivRAc. — Mais, monsieur Lignier, il y a des auteurs à qui vous avez donné rendez-vous.

Lignier. — Qu'ils reviennent ! (// Sort de son bureau^ passe rapidement devant les vingt personnes qui se lèvent instinctive^ ment et disparaît.)

Tous. — 11 ne reviendra pas ?

'Le Garçon. — Oh ! non, il est trop tard.

{Têtes des gens. Désespoir général.)

L'AGENCE BUNEL

mmâ.ni'immî'MtiinisitMmêifinMm

A L'AGENCE BUNEL

Dans le Faubourg-Saint-Dents ou dans le Faubourg-Saint-Martin. Vieille maison. Escalier sale et obscur. Sur la porte d'entrée une inscription :

BUNEL, AGENCE LYRIQ.UE

Une petite antichambre avec une banquette en molesquine usée. A droite, une ancienne salle à manger transformée en salle d'étude. Un piano, une banquette semblable à celle de Ventrée ; une petite table surchargée de musique. A gauche, le cabinet de travail de V agent Bunel ; un bureau en acajou couvert de papiers avec casiers à correspondance. Deux chaises, de la musique partout; sur hs

102 l'aqence bunel.

murs deux ou trois affiches et des photO' graphies innombrables piquées avec des punaises^ des clous ou des épingles. Au fond, une porte^ sur laquelle une pancarte note : « Salon d'auditions pour MM. les Directeurs », conduit à une grande pièce dont le parquet est couvert par un tapis douteux: au milieu^ sur une table à ornements dorés s"* étalent des photographies^ des journaux spéciaux :

Z'Avenir, le Nouveau Journal, la Voix des Concerts. Un canapé et des chaises recouverts de housses. Un piano. Sur les pans quelques tableaux ou reproductions; deux ou trois grandes photographies de Bunel, alors qu'il était artiste ; un portrait à rhuile de ce dernier ; accrochées une lyre en papier doré, des couronnes similaires avec des rubans éteints par les années.

Allées et venues dans toutes les pièces.

La leçon. — Bunel. Un pianiste. Dix ou oudou{e demoiselles jeunes, mais généra-

îement peu jolifs^ petites ouvrier çs 0n rupture d'atelier^ sont sur une $fulç ligtifi et chantent toutçs ffi^fmbff :

Ah I ah! ah I J'suis Paméla, La reine du chic.

Quand on me voit en public, Tout le monde crie : Ah ! ah ! ah ! Pamëla I h^ vpilà I

PuNEt, î??r II n'y en a qqe dei|3^ qui çhs^n^ tent. Voyons, écoutez-moi ; cette chançog fut le triomphe 4e Mljç Lé^ Yiraud j p'est grâce à elle qu'elle a trouvé un prlnc^ russe. Tepez, voici J'air, Moi, je ne peux pas vous le chanter, m^is je vgis vpu§ 1§ siffler? (// /^ ^^ffl^') Maintenant, reprenezmoi ça §t d'aplomb.

{i^çs artistes (?) reprennent en cJkcfurt) BuNEL. — Ça ne va pas mal ; avec un peu de travail nous ferons quelque çJiQ§e de vous. (S'adressant à l'une des élèves.) Mademoiselle, là, la troisième, passez 4^ns niQH bureau i j'^i à vptts parler. iÀU ^l#«

104 l'agence bunel.

niste.) Continuez et ensuite vous leur apprendrez la Marche des Belles de Nuiij mon dernier succès.

Un petit engagement. Dans le bureau de Bunel.

Bunel. — Rappelle-moi donc ton nom.

L'ÉLÈVE. — Eulalie Rouvier.

Bunel. — Ce n'est pas un nom. Tu t'appelleras Muguette Gilbert : c'est gentil et ça rappelle la grande artiste.

L*ÉLÈVE. — Je veux bien, Monsieur Bunel.

Bunel. — Je m'intéresse beaucoup à toi parce que tu es gentille.

L'ÉLÈVE. — Oh ! vous êtes bien aimable.

Bunel. — Tu n'es plus dans ta famille?

L'ÉLÈVE. — Je l'ai lâchée il y a quinze jours.

Bunel. — Où demeures-tu ?

L'ÉLÈVE. — A l'hôtel Brady.

Bunel. — Je t'ai trouvé un engagement superbe, à Angers, chez Ordeck; cent vingt

l'agf.nce bunel. 105

francs par mois et les quêtes, tu peux partir demain soir.

L'éLÈVE. — Ah! tant mieux!

Bunel. — Un engagement de trois mois, résiliable tous les mois ; mais, envoyée par moi, c'est six mois que tu resteras. Et on te donne un mois d'avance. Naturellement je prends ma commission sur les trois mois à 5 o/o ça fait dix-huit francs ; trois orchestrations à deux francs, ça fait six francs ; la robe que ma femme t'a vendue soixante-cinq francs, ça fait en tout quatre-vingt-neuf francs ; voici trente-un francs pour toi et je ne compte pas toutes les chansons que je t'ai données.

L'élève. — Trente-un francs pour un mois, ça n'est pas beaucoup.

Bunel. — Tais-toi donc ! Tu trouveras là-bas des millionnaires ; je suis un ami pour toi. Dis donc, tu m'attendras dans ta chambre avant que j'aille prendre l'apéritif. Je te ferai la visite d'adieu. (// rit grossièrement.)

{L'élève sort.)

106 l'agence bunel.

Autres engagements. Des artistes entrent

et sortent successivement. Juliette Del~

ville ^ Marte Morin, Brunetti^ Develle,

Bouchony Tenrat père, etc.

Bunel, à Delville et à Morin. — Ah!

vous voilà toutes les deux! Toujours en^ semble?

Delville. — Plus que jamais.

Bunel. — C'est embêtant ; parce que je vous avais trouvé deux engagements sé-r parés.

Delville. — Alors, il n'y a rien de fait. D'autant plus que nous allons chantçr eo duo : les Sisters Brags.

Bunel, — Alors j'ai ce qu'il vous faut. Toulouse, quatre cent cinquante pour les deux.

Delville et Morin. — Ça va. Oh ! nouç ne sommes pas difficiles ! Pourvu que nom soyons ensemble !

{Elles sortent.)

Bunel, à Brunetti. — Ah ! te voilà, toi ! il paraît qii§ t'§n 4s fait de belles à Anger^

l'agence buxel. 107

avec Spadoul ; tu n'es pas honteuse de te coller avec un cabot.

Brunetti. — C'est M. Ordeck qui vous a dit des blagues.

BuNEL. — Enfin ! Il t'a plaquée. J'ai quelque chose pour toi. Toulouse, trois cents francs par mois et six mois.

Brunetti. — Et si on me résilie au bout du premier mois, vous toucherez tout de même vos honoraires sur les six ?

BuNEL. — C'est l'usage, mon enfant. (A Develle qui entre.) Ah! j'ai quelque chose d'épatant. Douze mois au Chili, vingt mille.

Develle. — Jamais, pour y claquer ! et Typhaine qu'est-ce qu'elle deviendrait pendant ce temps-là ?

BuNEL. — Alors si tu veux, six cents pour un mois à Lyon.

Develle. — J'aime mieux cela.

BuNEL. — A vous, Tenrat ; à vous, Bouchon...

{Suite d'engagements.) Un employé. — Monsieur Bunel, M. Ordeck est au grand salon.

108 L^AGENCE BUKEi.

BuNEL. — J'y vais.

Directeur et agent.

BuNEL. — Tiens, j'allais t'écrire.

Ordeck, gros homme tout rond, à Vaspect jovial. — Pourquoi ?

Bunel. — Pour te dire que je t'expédiais une petite femme en remplacement de Brunetti.

Ordeck. — Très bien. Pour un mois, n'est-ce pas ?

Bunel. — Je lui ai dit trois, mais tu la résilieras à ton gré.

Ordeck. — Oh ! c'est encore ce qu'il y a de plus simple. Tu sais, j'ai réengagé Spadoul pour trois autres mois.

Bunel. — Tu lui retiens ma commission?

Ordeck. — Pour qui me prends-tu? Il

ne voulait pas, prétendant que c'était une

autre affaire. Je lui ai dit que c'était à

prendre ou à laisser.

Bunel. — Il est fou. J'ai fait engager des

i.'acjEnce huni:l. 109

artistes à la Scala et à l'Eldcrado pour trois mois ; ils y sont restés dix ans, j'ai touché pour les dix ans. Et qu'est-ce que tu es venu faire à Paris?

Ordeck. — Je guigne un établissement.

BuNEL. — Chouette I

Ordeck. — J'ai assez de la province.

BuNEL. — Tu sais, je fais ta troupe.

OnDECK. — Parfaitement, moitié des commissions pour moi.

BuNEL. — Entendu. A propos, j'ai fait notre compte de remises.

Ordeck. — Nous réglerons avant mon départ. Je me sauve. Je te verrai à six heures à la Capitale.

BuNEL. — Entendu.

{Ordeck sort .)

Biinel rentre dans son cabinet où viennent le trouver un jeune auteur^ Dorcel^ et son pianiste Roger,

BuNEL. — Qu'est-ce que vous m'apportez, Dorcel ?

110 l'agence bunel.

DoRCEL. — Je vous apporte un succès :

la Marche des Fumistes.

Bunel. — Faites voir. {Après avoir lu.) Pas mal. Donnez-moi ça. Je vous arrangerai une musique de choix. Et puis, moi je ne suis pas comme Déclat ; si vous ne touchez rien sur la vente, je fais au moins mettre votre nom sur l'édition; ce sera grâce à moi que vous serez reçu de la Société. Dites donc, tâchez de m'apporter une bonne gommeuse ; j'en ai besoin, ce genre-là manque. Au revoir.

{Dorcel sort. Entrée du pianiste.) Bunel. — La leçon est finie. Roger ?

Roger. — Oui, Monsieur Bunel.

Bunel. — Tenez, prenez vos deux francs ciaquante. Vous avez arrangé la chanson que je vous ai donnée hier?

Roger. — La voici.

Bunel, après avoir lu. — Assez réussie. {Sifflotant.)^}!, tu, tu... ce sera pour Anna Held ou Polaire. Je vous dois trois francs. Ça vous fait une bonne journée. Pour la peine aidez-moi à écrire ma correspondance. Je vais vous dicter. {Le pianiste

l'agi;Sce hunel. 111

s'installe devant le bureau.) D'abord pour les journaux de concert, mettez : Engagements par l'agence Bunel : Mlle Muguette Gilbert, gommeuse, à la Taverne Alsacienne d'Angers; les Sisters Brags, duettistes ; Brunetti, genre, à l'Eden-Concert de Toulouse ; Develle, le comique danseur de l'Eldorado de Paris, au Casino de Lyon. (S' interrompant.) Tenez, continuez, la liste est là... (Se renversant dans son fauteuil et refléchissant.) Je touche trois mille cinq cents de droits par trimestre, soit quatorze mille par an; l'ageace me donnera bien autant; allons, il est bon aujourd'hui d'être agent lyrique... (// se frotte doucement les mains.)

(OOC/O)

CHEZ OULOT, ÉDITEUR

CHEZ OULOT, EDITEUR

Dans le faubourg Saint-Denis. Au fond d'une cour. Un escalier asseiétroit. Sur la porte une pancarte portant :

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