‹ Les lyriquesChapitre 23 sur 33 · CIII-Z OCr.OT, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

CIII-Z OCr.OT, ÉDITEUR

bécois : 50 La Polka des Cocus ] elle va bien cette chanson -là?

Oui.oT. — Tenez, voici justement l'auteur qui entre.

Rival. — Bonjour, Oulot. Avez-vous les épreuves de V Education Sune puce?

Oulot. — On est chez Joly.

Rival. — Vous répétez toujours ça. Il y a déjà trois mois que cette chanson est à la gravure ; je finirai par vous lâcher, j'irai chez Benoit ou chez Ondet.

Oulot. — Ou chez Kadekorn. Vous avez vu son catalogue ?

Rival. — Non.

Oulot. — Tenez, lisez...

Rival, lisant. — Chansons sensuelles créées par l'auteur dans les salons mondains: La chanson delà chair : Luxure; A toi tout; Passionnée ; Ta Croupe; Frénésie sensuelle ; Oh ! te baiser ! Tes fraises : Je f aurai toute : Fleurs de Lesbos ; Je veux jouir ; Ton corps est mon tombeau ; Ouvre moi tout; Quand nous nous baiserons ; Donne-toi toute ; Ta peau ; Toute habillée; J'ai bu de ta salive ; {parlant) Ah ! mince !

120 CHEZ OULOT, HDITEUR.

il est toqué de prendre des titres comme ça! Pourtant c'est un gentil garçon quand on le connaît.

Entrée de deux chanteurs de .rue avec leurs instruments.

Premier Chanteur. — Bonjour, messieurs et dames.

Deuxième Chanteur. — Monsieur Oulot un cent de Regain d' amour. Pourquoi les vendez vous quarante sous le cent maintenant ?

Oulot. — J'y perdrais à trente sous.

Deuxième Chanteur. — Et puis pourquoi ne mettez-vous pas à la rue La Polka des Cocus^ ça marcherait ça.

Oulot. — Je vous crois ; mais j'attends; ça va bien au concert et je n'ai pas envie d'éteindre ma chanson.

Le Chanteur. — C'est possible ; cependant vous verrez, on vous la chipera, on la maquillera et vous serez dans le bal. Au revoir !

Les chanteurs de rue sortent. — Les auteurs Moriot et Basset entrent.

CHEZ OUI.OT, i^DirnuR. 121

MoRioT. — Mon cher Oulot ; nous vous apportons une chanson épatante.

Bassiït. — Un succès sûr !

Oulot. — Un succès? C'est-il une chanson que vous avez déjà vendue à un autre, comme la dernière que vous m'avez vendue à moi, à Patay et à Bassereau?

MoRioT. — Ça, c'était une erreur. Nous vous en donnerons une autre. Lisez celle-ci. — Madame Oulot entre dans le magasin.

Basset, voulant faire Vaimable. — Ehbien, madame, êtes vous contente des affaires, la chanson ça marche ?

M"^^-^ Oulot. — Les affaires ne sont pas brillantes, les artistes maintenant éditent eux-mêmes ; malgré cela, les chansons s'écoulent peu-i-à peu.

Oulot, à sa femme. — Lis donc ça, poupoule ; pour voir s'il n'y a pas de fautes de prosodie. Ça ne me paraît pas mal.

^\Irae Oulot, après avoir lu. — C'est bien mais ça ne peut pas faire notre affaire, ça ne serait pas compris.

MoRioT ET Basset. — Pas compris et pourquoi ?

122 CHEZ OULOT, ÉDITEUR.

M^^'^e OuLOT. — Vous dites en parlant de Gambetta :

// fit construire des écoles^

Eh ! bien le gros public croira que Gambetta était maître maçon.

MoRioT. — Pas du tout. Tenez, monsieur Oulot, nous vous la vendrons pas cher, vingt francs.

OuLOT. — Jamais de la vie. Tenez cent sous, si vous voulez, pour vous faire plaisir.

Basset. — Ce n'est pas beaucoup ; enfin nous acceptons.

Oulot. — Signez moi la cession et puis, vous savez, n'allez pas la vendre autre part.

Moriot et Basset empochent la pièce de cent sous et sortent.

Rival, qui était resté silencieux. — Quels types !

jvlme Oulot, à son mari, — Tu as tort d'acheter, à tort et à travers.

Oulot. — Penses-tu ! Au surplus, Moriot et Basset ne font pas plus mal que les autres ;-la chanson, c'est une question de veine.

CHEZ OUI.OT, HDITHL'R. iQ.'i

Rival. — Ils fabriquent à la douzaine; Moriot invente des éditeurs. Vous avez connu Landrequin?

OuLOT. — Oui.

Rival. — Eh! bien, avant d'être éditeur, Landrequin vendait des boutons; Moriot l'a persuadé que dans l'édition on devenait millionnaire ; l'autre avait une trentaine de mille francs qu'il a boulottes ainsi que son fonds de boutons.

OuLOT. — Une fois, Moriot est venu me réveiller à dix heures du soir pour me vendre un monologue.

Rival. — Ah ! je sais ! un monologue que Vibert avait fait sur une table de café.

OuLOT. — La machine a très bien réussi {Regardant V heure.) Cristi ! Q,uatre heures et demie ! Et mon courrier !

Rival. — Je me sauve. // sort.

OuLOT. — Au revoir — à son employé.

Victor, faites-moi vite mon eavoi pour Katto à Bruxelles, voici la liste : Aide-mot donc : Pourquoi faire ? ; U amour à la vapeur : Oii ça?; Au dodo; Finis donc ; Oest un peu étroit; Je faime tout de même;

124 CHEZ OULOT, ÉDITEUR,

Ma dernière maUresse ; fm'en fous. — à A/"'^ Oulot. Tiens, toi, poupoule, remets à sa place Le petit clyso de ma femme.

Hendenne auteur entre.

Hendenne. — Je vous apporte une chanson acceptée par

Oulot. — Ah ! vous, fichez-moi la paix ! Je n'ai pas le temps. Vous voyez bien que nous sommes tous occupés. {Hendenne s'éclipse,)

Jules, entrant. — M. Joly a dit comme ça qu'on n'aurait les épreuves qu'après-demain.

Oulot. — Nom d'un chien! Rival va faire du pétard ! Zut ! Allons vite, ne ratons pas la poste.

Tout le monde se met à empaqueter.

La salle à manger de Vappartemeni de Rivière, le diredeur-rcdacicur en chef du journal.

Rivière est assis devantlaiable sur laquelle s'entasse une nombreuse correspondance.

A côté de lui, Luc-Lynnès. jeune auteur qui lui sert gratuitement de secrétaire de rédaction. Ils préparent le numéro prochain.

Luc-Lynnès. — Patron, vous avez lu V Avenir et le Nouveau Journal 7

Rivière. — Je suis comme M. Pierre Loti, moi, je ne lis jamais les articles de mes confrères.

Luc-Lynnès. — C'est très rigolo : Moreau attaque TAlhambra et de Néha le défend.

Rivière. — Nous garderons la neutralité qui sied à un journal indépendant. A propos, avez vous fait l'article contre la Scala. Lémon m'a refusé de5 places sous prétexte qu'on refuse du monde, il faut l'eng...

Luc-Lynnès. — Ça y est ; j'ai écrit quinze lignes qui ne sont pas dans un sac.

Rivière. — Qu'est-ce que nous avons comme premier article ?

Luc-Lynnés. — Un article de moi. Les

CONCERTS A Q.UÊTES.

Rivière. — Ne soyez pas trop dur. Vous savez que nous avons beaucoup d'abonnés parmi les directeurs de ces sortes d'établissements ; dites qu'il y en a de bien tenus ; citez des noms, par exemple celui d'Auguste Ordeck, à Angers.

Luc-Lynnès — Entendu, monsieur Rivière.

Rivière. — Avez-vous des nouvelles à sensation, des potins?

Luc-Lynnès. — J'ai des lettres de Bertias et de Orlac qui se sont battus dans les coulisses de l'Alhambra.

** LA VOIX DES CONCERTS " l'JVl

Rivière. — Très bien. Tapez-vous un peu sur le Syndicat ? Il faut toujours taper sur le Syndicat.

Luc-Lynnès. — J'ai un filet de Lhérot- Mangin sur la non-répartition des petits établissements de province.

Rivière. — Corrigez sa prose ; il fait des fautes d'orthographe.

Luc-Lynnès. — J'avais envie de signaler les combinaisons que des artistes ont avec des auteurs et des éditeurs et de dénoncer le tort que cela cause à la bonne chanson.

Rivière, — Malheureux ! à quoi pensezvous? Cela ne nous regarde pas et nous fâcherait avec nos abonnés. Je vous l'ai déjà dit, nous devons garder la neutralité qui sied à un journal indépendant; toutefois n'oubliez pas d'ajouter à tous ces comptes rendus qu'on chante mes deux nouvelles chansons : le Pierrot malade et la. Danse du Pognon. Egalement de temps en temps dites qu'on a joué, qu'on joue ou qu'on va jouer mes nombreuses pièces.

Luc-Lynnès. — Même si on ne les chante pas, même si on ne les joue pas?

Rivière. — Naïf auteur ! Mais naturellement ; c'est de la publicité, vous ne voudriez pas que j'aie un journal pour ne pas me faire de la publicité ?

Luc-Lynxes. — Dans la correspondance, il y a des artistes qui se plaignent que les mots ne sont pas assez élogieux.

Rivière. — Q.ui ça ?

Luc-Lynnès. — Léa d'Alby. Elle se plaint que dans le dernier numéro vous auriez dit seulement : «Z^ talentueuse Léa d' Alhy chante avec goût. »

Rivière. — Est-ce qu'elle croit que pour quinze francs par an que je vais lui donner du Sublime et du Sarahbernarhdtesque!

Qu'elle prenne double abonnement ou qu'elle paie tant la ligne. Je suis indépendant, mais commerçant. Ainsi vous ne direz plus un mot des chansons de Nazy: il n'a pas renouvelé son abonnement. Faites bien attention ; c'est de la plus haute importance ; vous avez la liste des abonnés; jamais un mot sur ceux qui ne le sont pas. Ecrivez àOulot,querabonnement d'éditeur est de cent francs. Vous prenez note ?

" LA VOIX DES CONCl^RTS " ïM

Luc-Lynm;3 — Parfaitement.

Rivière. — Soignez les chansons de Vandres, nous avons une petite combinaison ensemble. Suivez aussi la petite Rose Dubois , elle a été très aimable avec moi. Lisez-moi les Petites Nouvelles.

Luc-LYNNiis (//5ûw/). — «M. Joseph Dupont, le baryton bien connu en province, nous écrit de Béziers pour nous déclarer qu'il n'a rien de commun avec les artistes qui prennent son nom. »

« Nous apprenons avec plaisir que Mlle Eva, la grande étoile parisienne est engagée pour neuf mois au Bijou-Concert de Carpentras. »

« Grand succès à Toulouse de Mlle Zoé Fadel, âgée de six ans, dans son répertoire. »

«Notre éminent confrère Armand Silvestre a autorisé notre collaborateur Lucien Felle à tirer de ses contes grivois une série de chansons. »

L'œuvre de M. Armand Silvestre a

paraît-il, inspiré d'amusants couplets à M. Felle. Yvette Guilbert a promis d'en créer plusieurs; Mlle Lionette interprétera les autres aux Galeries Saint-Martin. »

« M. et Mme Lartigue, les duettistes copurchics parisiens sont libres de tout engagement; leur écrire à leur adresse permanente : I, rue Gambetta, Marseille. ?>

« Nous lisons dans la Rénovation, journal patriotique : Une honte. Mlle Horva a chanté hier à Berlin : Buvons du vin de France. Cette jeune fille mérite d'être signalée à l'indignation publique. »

Du même journal: « xMissPigget fait beaucoup de succès au Casino de Villeneuvesur-Morin ; nous ne comprenons pas l'engouement du public pour ces exhibitions exotiques qui drainent l'argent français sans espoir de retour. »

Nous approuvons notre confrère.

<( Nombre de directeurs font des Apéritifs- Concerts, c'est une bonne idée, Ton s'y amuse et, chose charmante, ces dames ne

perdent rien de leurs charmes à être vues sans rampe et en costumes de ville. »

« Xavier, le célèbre chanteur mondain, ultra-select, applaudi dans tous les salons du Faubourg Saint-Germain, a comme nouvelle adresse : 189, avenue de la Chapelle. »

(( Les duettistes anglo-américains, les Durand's, viennent de signer un brillant engagement pour Saint-Pétersbourg. »

Rivière. — Ça va bien. Je crois que je ferai quelque chose de vous. Voilà vingt ans que je vis au Café-Concert et je prétends que je m*y connais. Nous allons maintenant passer aux compte-rendus.

Commençons par Paris.

Luc-Lynnès. — Voici celui de Ba-Ta-Cian, par Rival.

Rivière. — Lisez-moi ça.

Luc-LYxxÈs(/i5iZ«/j. — uBa-Ta-Clan.Vaxi' lus, l'Empereur, donne quelques représentations dans son concert même, c'est dire qu'il encaisse plus que le maximum. »

Rivière. — Passez à la Scala.

Luc-Lyvxès {lisant). — « Scala. Succès colossal du grand chanteur de militaireries comiques, Polin. Le talentueux Maurel vient de créer deux nouveautés : le Beefsteacks aux pommes et C'est pas long quand on s' amuse. Mlle Lydia est une suave gommeuse dans Froufroute^^ mesdemoiselles, Mlle Nadège est la perle de la Scala et celle du Brésil ; j'ai en plus rarement entendu mieux perler Lakmé que par elle.

Rivière. — La conclusion?

Luc-Lyxnès {continuant à lire). — € Aussi avons- nous raison de dire : Sarcey peut venir, nous avons, Dieu merci, au programme d'assez bons numéros pour lui en boucher un coin. — Signé : Rival.

Rivière. — Très bonne la chute. Qu'estce que dit Vandres du Parisiana. Vous savez, ne le corrigez pas, je lui ai donné l'autorisation de dire ce qu'il voulait.

Luc-Lyxnès(//3^;2/). — « Excellente troupe: le tonitruant Régiane, le talentueux Vaunel, l'irrésistible Jacquet, l'impeccable Fragson, la fantaisiste Dufresny, la gente

*' I.A NOIX DF.S CONCHRTS " \\\')

Dovve, l'inénarrable Abdala, l'exhilarant Albens forment une constellation d'étoiles de première grandeur. Quant à la baronne de Ruremonde au fier tortil, elle ne m'a pas paru avoir le chic froufroutant qui sied à une gommeuse. La pièce, Fatma, est un gros succès. Dans le ballet, la première danseuse, Mlle Rinalda s'est montrée d'une magnifique éloquence chorégraphique. Comme dans toutes les pièces à femmes, elles sont nombreuses à^n^Fatma.

En somme, bonne soirée, à bientôt la centième. » — Signé : Vandres.

Rivière. — Comme je suis un peu pressé, passons à la province.

Luc-Lynnès. — Pourquoi ne mettez vous pas les villes par ordre alphabétique ?

Rivière. — C'est un truc à moi. C'est afin qu'on lise tout le journal avant de trouver la ville dont on veut avoir les nouvelles.

Luc-Lynnès {lisant). — Lyon^ Eden- Concert. Félicitons Mlle Marie Vylley qui charme le public par sa voix splendide attaquant sans faiblesse des grands mor-

ceaux tels que Galathée, Hérodiade et la Poudre insecticide. M. Bizer fait rire aux larmes avec Cette petite gueule-là. — Mlle Rosset, très drôle dans Madame Thomas, vous êtes tout simplement adorable dans AU right. M. Ardos, le célèbre Indien dans ses exercices de gastronomie et de danses déploie un talent énorme sur le verre cassé. Signé : Porrais.

Rivière. — Très bien, tu diras qu'on va jouer ma pièce, Le Vasistas.

Luc-Lynnès (continuant). — Encore à Lyon. Alhambra, Mlle Fasson avec ses riches costumes à paillettes et sa beauté captiverait l'auditoire si elle donnait ses chansonnettes sur un diapason bémolisé ; sa voix claire cesse d'être bien ménagée dans ses notes élevées. Mais la véritable étoile est bien Mlle Deneveu, danseuse cosmopolite, dont le corps de sylphide aux attaches fines et délicates se prête à de merveilleuses transformations: la Napolitaine, le Boléro, la Mazurka (toilette de gaze rouge enrichie d'hermine blanche); la Matelotte, la France (en gaze rose attendrie

'' LA VOIX DFS CONCERTS " 1.37

de bleui sont exécutées par Mlle Deneveu en ballerine de haute école. Signé : Max.

Rivière. — Vous direz que Mlle Fasson est parfaite dans sa chanson le Pierrot malade. Ensuite?

Luc-Lynxès. — Angers. Taverne Alsacienne. (Direction Ordeck). Un salon plutôt qu'un café-concert. La vedette est toujours à M. Spadoul, (4" mois). M. Bouchon, du Chat noir de Paris, remporte un énorme succès dans ses œuvres; Mlle Urline chante la Cocotte en l'air; mais c'est une gommeuse bien froide ; soyons gaie, que diable ! Mlles Dinorah, la chanteuse élancée, Marthe et Brunetti forment un ensemble qui ne serait pas déplacé sur une grande scène parisienne. Départ regretté des Tenrat. M. Bochet tient avec une maestria incomparable la cloche de régisseur.

Rivière. — Mettez que l'intelligent directeur Auguste Ordeck vient d'engager la divette parisienne Rose Dubois.

Luc-Lynnès. — Entendu. (Continuant):

Pézénas. Bijou-Concert. Ce charmant établissement est fréquenté parTélite de la

population de Pézénas et par les familles. Mais aussi quels spectacles! et comme nous comprenons bien que le public ne se lasse pas d'entendre des artistes comme Ravet, le roi des poivrots, Derys, l'original comique-type. Avec les duettistes Clo-Clo et Mlle Marthe, nous pouvons dire que nous avons une des meilleures troupes du département. L'éloge du Mlle B. Renard n'est plus à faire et comme pianiste-accompagnatrice et ce qui est plus rare comme musicienne. Signé : Jules Lavel.

Rivière. — Ajoutez Derys dans la Danse du pognon de Rivière.

Luc-Lyxxès. — C'est fait. Ensuite nous avons Grenoble. Concert du Dauphin, Le clou du programme est toujours le désopilant Angles, simplement exquis dans la Famille Foirasson ; signalons M. Nestorin, comique-danseur qui quoique jeune encore, nous a paru très convenable soit dans la gigue, soit dans ses chansons. Quant à Mlles Ariette et Zina, elles sont tout bonnement suaves dans VFducation d'une puce et les Petits bécots : Mlle Joalaux lignes de statue

antique fait rêver au Petit trou de Mlle Musette, Mlle Renée Lyons reste néanmoins la reine de la rampe ; bravos et rappels avec/^ tiens une cuite, chanson nouvelle du meilleur goût apprise par elle en deux jours. Comme attractions, Miss Penny, l'armoire mystérieuse, Miss Alinn, danseuse transparente, Reynol, liseur de pensées et la Nouvue, lavandière comique.

Rivière. — Coupez Ariette ; elle n'a pas encore envoyé le montant de son abonnement

Luc-Lynnès {continuant). — Clermont- Ferrand. Renaissance. Résiliation de Mlle de Gascogne dont le départ sera peu regretté; bonvoyageet meilleur caractère. — Mlle Maria, un charmant minois, nous chante à ravir: Ça ni fait du bien quand je w' gratte. — Très applaudie, Mlle Xola, xilophoniste sans xilophone pour le Carnaval de Venise. Pour terminer et pour la bonne bouche, la sympathique Ellina qui est obligée, pour satisfaire son public, de bisser ses chansonnettes à chaque tour. Elle a une façon de dire et de souligner la Bîoquette,

je ne vous dis que ça! Il ne lui manque plus que de venir à Paris pour se faire étoiler. — Simple question : le pianiste ne pourrait-il pas accompagner avec plus de

soin et ne pas être aussi ass... ourdissant

Signé: Manin.

Rivière. — Très bien, voilà de la bonne critique.

Luc-Lynnès. — Pardi, Manin veut prendre la place du pianiste. Montpellier. Concert- Leblanc, Elles sont huit, huit rossignols dont j'ai à mentionner le plumage et le ramage. J'ouvre donc les portes de la volière et je les présente au public.

Mlle Rose appartient à la classe des blondes rieuses. Ne déteste pas la Bohème, mais se gare des écarts amoureux. Chanteuse fin de siècle dont le répertoire n'est ni viande, ni légume. Un peu d'enrouement dans la voix, mais il paraît que la fumée lui monte à la gorge.

Mlle Jeanne Oriac {y mois), diction, ni jolie, ni laide; malgré cela une figure délicate, agrémenté de jolis yeux sous les cheveux blonds envolés, nasille un peu en

'* LA VOIX I)i:S COXCI-RTS " 111

chantant : Emile, m'attend sur le pont de Jo inville.

Mlle d'Hauteville ('y mois), chanteuse gommeuse ; belle femme, mais la tête pêche un peu. Gasconne trop en chantant.

Mlle Paule Hyré, chanteuse de genre, je ne sais duquel par exemple !

Mlle Cymbal (8^ mois), Louise comme La Vallière. Bien en scène malgré cela, d'ailleurs la meilleure voix du concert. Chanteuse comique.

Mlle Everin, une jolie brune, très élégante, mais un peu trop en chair. Rit volontiers^ je crois, pour faire voir ses dents. Comique de genre indéfini.

Mme Laurent (9' mois), romancière, imposante d'aspect, mariée au pianiste. A de la voix.

Mlle Jeanne Périer, chanteuse excentrique, 17 ans, 3 mois, i^ jours. La Benjamine du concert. « Un roseau chantant » dirait un poète. Lève admirablement la jambe à la hauteur de son œil. Chante avec conviction. Continuez, mon enfant...

Ici se termine la présentation. J'espère que ces dames ne me tiendront pas rigueur d'avoir formulé sur elles ces avis motivés. La semaine prochaine, je parlerai des chansons. Signé: Contran.

Rivière. — Vous écrirez à notre correspondant que c'est trop long,

Luc-Lynnês. — MoNTÉLiMART. Olympia, Mlle Farney est admirable dans la Marche des Cocus ; Mlle Verse est adorable dans Quand tu joues du ^uffolo ; Mlle Rebecca chante avec un talent énorme : Je faime tout de même et nous ne saurions trop féliciter Mlle Valloy qui nous a débité d'une façon magistrale Les stances à Manon.

Quant au sexe fort, il nous a paru avoir une grande supériorité sur la partie féminine surtout M. Lévrier qui enlève paulusiennementl^ Musique delà Garde, M. Rouguit étonnant dans son Maire d'Eu, ainsi que dans Water-Closet et M. Varet, le Don Juan militaire. Adieux fleuris de Mlle Aline Corsin, la somptueuse comique. — Signé: Noral.

RivihRE. — Rappelez à Noral qu'il m'a

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promis des abonnements ou je lui supprime le compte-rendu. J'en ai dix qui me demandent à le faire.

Luc-Lynni;s, - Saint -Q,uentin. Concert du Nord. Direction affable, mais peu experte. Nous conseillons pour éviter des colloques entre consommateurs et garçon de café de laisser ce derni?r servir ses bocks et non s'occuper de la scène. M. Thibout aura sans doute reconnu cette anomalie que le tablier blanc laisse trop peu de prestige aux yeux des clients et trop peu d'autorité vis-à-vis des artistes pour qu'on prenne au sérieux l'emploi de régisseur qui lui est confié. Au programme, M. Reyer, genre Paulus ; Oscar, genre Polin ; Minié, genre Bourges. — Mlle Rolla, genre Yvette Guilbert; Mme Forest, genre Fragson. Mlle Toiry toujours ingambe malgré une entorse recueillie en scène, fait les délices des gambillophiles. Compliments à Mme Rosalba, pianiste, très bien secondée par M. Bolard, flûtiste. Signé : Pierre Verax.

Rivière. — Allons, dépêchons-nous, il faut que j'aille à la répétition des Galeries

lu

Saint- Antoine. On va me jouer ma nou" velle pièce : Trompettes et clairons.

Luc-Lynnés {continuant). — Béziers.

Concert de la Bour se. Lovs(\\ï\{ y a quelques mois je prédisais le retour du baryton Dupont, personne n'y croyait, c'est cependant chose faite et nous avons assisté, lundi dernier, à la rentrée de ce brillant artiste dont la voix n'a fait que gagner. Le succès de la belle et rutilante Lucette ne s'arrête pas ; c'est, quoique disent les mauvaises langues, une excellente artiste et une bonne camarade. J'en dirai de même de Nora, Bertha et Jane Liseux ; le départ de cette dernière a été regretté de foule de gommeux. Signé : Duc.

Rivière. — Continuez seul, je me sauve ; mais n'oubliez pas mes recommandations : citez mes pièces et mes chansons ; les vôtres aussi si vous voulez et celles de Vandres. Ah î nous en avons un journal qui fait la pige à V Avenir et au Nouveau Journal !

Le rédacteur en chef prend son chapeau et sort.

LES LYniQL'E? 5.

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Au Ministère des Cultures et Engrais. — Au deuxième étage ^ un grand couloir à Ventrée duquel se trouve le garçon de bureau. Des portes numérotées. Au numéro 4 bis, une pièce asse^ vaste oîi se tiennent quatre employés. A côté d'eux, sur des chaises, des dossiers, devant eux des manuscrits de chansons et des dictionnaires de rimes. Les employés sont Menaud, Rival, Vadeuil, auteurs de paroles et Moutier, compositeur.

RiVAL^ en train d'écrire. — Une rime à Café-Concert?

Menaud. - Cherche dans ton dictionnaire.

Rival. — C'est trop long à trouver; voyons, ma rime ?

Vadeuil. — Chemin de fer.

Rival. — Merci, ça va très bien.

Menaud. — Dis donc, elle n'est pas millionnaire ta rime.

Rival. — C'est ça qui m'est égal ! Ça n'empêche pas qu'une chanson soit bonne et qu'elle ait du succès. Rappelle-toi cette chanson épatante :

Mamzelle Anastasie, Qu'il est bien votr' lapin !

Lorsqu'il fera des p'tits, Veuillez m'en garder un.

Ce n'est pas très bien rimé, mais ça a été un triomphe.

Vadeuil. — Oh! moi, je suis de l'avis de Rival, ça ne sert à rien de rimer richement, ça prend du temps, voilà tout, n'estce pas Moutier?

MouTiFR. — Pour sûr î c'est comme si je soignais mes orchestrations I pour trente sous je les fais faire dans le passage de l'Industrie et elles sont de premier ordre. Les chansons, il faut les fabriquer en tas ; les artistes en font une consommation énorme aujourd'hui.

Menaud. — Il y en a qui choisissent.

Tenez, Polin ; il en examine dix avant de m'en prendre une.

Rival. — Oh ! il est trop difficile. Moi, une chanson aussitôt bâclée , aussitôt vendue.

Vadeuil. — Tenez, hier, j'en ai fini quatre et je vous assure qu'elles seront placées ; j'en donnerai une à Evian à la Scala, une seconde à Carmen Real à Bata-clan, les deux autres ne tarderont pas ; dans le métier il ne s'agit pas de s'endormir !

MouTiER. — Ce mois-ci, avec Vadeuil, nous en avons fait trente-neuf !

R1VA.L. — Mazette ! Moi, vingt-trois, mais je travaille moins vite que vous.

Menaud. — Jç sui^ arrivé tout de mêraç

à dix-sept ; le mois prochain, je veux atteindre les deux douzaines.

MouTiER, à Vadeuil. — Ecoute Vadeuil, viens un peu. {Its se mettent à Fécart.)

Rival. — Ils ont toujours des secrets entre eux, ces animaux-là !

MouTiER. — C'est la collaboration, mon cher. Les bonnes idées sont rares et il ne faut pas les laisser traîner {baissant la voix, à Vadeuil). Eh bien ! as-tu écrit à Radel?

Vadeuil. — Oui, je lui ai promis vingt sous chaque fois qu'il chanterait la Marche des Fumerons.

MouTiER. — Très bien et à Delville ?

Vadeuil. — Je lui ai promis dix sous.

Elle en voulait vingt comme Radel, prétendant qu'elle chante en duo avec Marie Morin.

MouTiER. — Bonne combinaison î Tu comprends qu'il faut recommencer notre coup du dernier trimestre à l'Alhambra, 95 centimes la part, nous avons touché près de 800 francs chacun.

Vadeuil — Et les poires qui travaillent

pour les étoiles qui jouent dans les revues! Ah! mince !

Menaud, les interrompant. — Hé ! les collaborateurs, vous ne vous doutez pas que le ministre attend les copies de sa circulaire ?

Rival. — Quant à moi, je n'ai pas le temps. Il faut que je tlnis^'-e ma chanson et que j'en écrive les copies de censure ; je les ai promises à la petite Luciana, du Jardin de Paris. Vous avouerez que c'est un peu plus important que la circulaire du ministre. Ce n'est pas lui qui me donnera une indemnité si mon trimestre est en baisse... Tiens: il n'y a plus de papier! (// sonne. Le garçon parait.) C'est assommant! Il n'y a jamais de papier dans notre bureau,

Lh Garçon. — Monsieur, j'en ai encore mis hier.

Rival. — Vous savez parfaitement que nous en usons beaucoup. {Le garçon sort après avoir donné le papier.)

MouTiER. — Dans les autres ministères on laisse les chansonniers tranquilles et

dans les administrations aussi. Vous pouvez demander à Disle ou à Maxime Guy.

Rival. — J'ai l'habitude de mettre mes appointements de côté, ce n'est pas maintenant que je changerai et j'espère qu'ils vont nous ficher une belle gratification de fin d'année.

MouTiER ET Vadeuil. — Nous y comptons bien.

Rival. — On a assez de besogne dans ce bureau. Toi, Menaud, qui es au mieux avec le chef parce que tu as amené Polin à une de ses soirées, tu devrais le lui dire.

Menaud. — Je le lui ai dit. Il prétend que vous ne pensez qu'à vos chansons. — « Qu'ils en fassent quelques-unes, quand ils ont terminé leur travail, m'a-t-il répondu, je comprends ça; j'admets même qu'ils usent, sans en abuser pourtant, du papier et des plumes de l'administration.»

Tous, — Oh: malheur!

Menaud, continuant. — « Mais ils ne songent qu'à cela; ils ne font que cela ! »

Vadeuil, —A quoi veut-il donc que nous songions ?

Menaud. — Il a ajouté : « Ainsi^ jeudi, je suis passé dans le bureau, il n'y avait personne !

Tous. — Est-il bête !

Vadeuil. — Il ne sait donc pas que c'est le jour de la répétition à la Scala.

MouTiER. — Il veut donc que nous nous laissions distancer par les auteurs qui n'ont rien à faire, qui ne sont pas dans un ministère.

Rival. — Alors quoi? Armand Silvestre qui est un chef de bureau, on le laisse bien aller aux répétitions de ses pièces.

Tous. — C'est honteux! C'est dégoûtant ! On abuse de nous.

MouTiER. — Messieurs, c'est aujourd'hui le trente-un du mois, allons toucher.

Mexauo. — Et la circulaire?

Vadeuil. — Eh ! bien, copie-la, toi, puisque tu as tant de zèle.

Me.vaud. — Vous ne voudriez pas. Ah!

une idée ! Nous pourrions la faire en heures supplémentaires.

Tous. — Bravo, Menaud ! ça mettra un peu plus de galette dans notre poche.

Vadeuil. — Dites donc, il parait que Gandreux et Manson vont prendre leur retraite. A nous l'avancement!

MouTiER. — Messieurs, dépêchons-nous, la caisse va être fermée et puis j'ai rendezvous avec un éditeur.

Rival. — Ah ! on ne se doute pas de ce que le bureau gêne pour travailler ! Ce n'est pas étonnant si l'on trouve que le Café-Concert dégringole.

Ils sortent.

C/ie:{ Maxim's. Dans la salle commune.

Orchestre detsiganes. Beaucoup de inonde:

foules les demoiselles cotées et les gens qui s'amusent. A une table., Renée Vilars, Sophie Renous^ Laurc de Boufjac^ avec trois ou quatre gommeux. Le souper tire à sa fin: les femmes sont réunies entre elles., et tandis que les hommes discutent vaguement sur les courses ou sur le cercle, elles parlent à part, très fort., peur qiion sache qu'elles sont engagées à V Alh ambra.

Renée Vilars. — Ah ! ma chère, ce que je suis fatiguée ! ce travail de répétition me tue!

Sophie Rendus. — C'est comme moi, je suis éreintée ; pense donc ! j'ai appris mon rôle de la revue en quatre jours !

Laure de Bouffac. — Tu parles ! Qu'estce que je dirai moi, qui fais un tour de chant !

Sophie Rendus. — Tu as de la veine, toi, d'être bien avec le secrétaire !

Renée Vilars. — Moi je ferai un tour de chant la semaine prochaine ; le régisseur a confiance en moi; il me l'a promis, je prends des leçons.

Laure de Bouffac. — Avec qui ? Avec Rosès?Tu sais, c'est le professeuràla mode.

Sophie Renous. — Non, c'est avec Spencer. Oh ! il m'a donné une chanson épatante !

Premier Gommeux. — Dites donc ! quand vous aurez fini de bavarder vous nous le direz.

Renée Vilars. — Penses-tu ! Tais-toi donc ! Est-ce que tu pourrais comprendre?

Laure de Bouffac. — Nous avons des choses à nous dire autrement intéressantes que vos chevaux et votre tirage à cinq !

Sophie Rendus. — Nous avons nos rôles, nos chansons.

Deuxième Gommeux. — Mais il me semble qu'à cette heure-ci ?

Renée Vilars. — Quel crétin ! Ah !

quelle différence avec nos camarades ! {à Laure). Si tu savais, ma chère, Sulbac, l'autre soir, nous a fait tordre de rire. Il est venu dans notre loge habillé en femme; n'est-ce pas Sophie ?

Sophie Rendus. — C'était roulant.

Laure de Bouffac. — Il faudra un jour que nous les invitions, entre camarades. On invitera Sulbac.

Sophie. — Maurel...

Renée. — Tu en pinces pour Maurel?

Sophie. — Il est si comme il faut ! Et Plébins ?

Laure. — Et Fragson...

Toutes. — Oh oui, Fragson ! il chante si bien!

Renée. — Et Claudius ?

Toutes, — Oh ! oui Claudius !

Laure. — Il nous dira : « Elles en demandent, elles en veulent l »

Renée. — Oq ne sera que des artistes.

On pourra demander à Ermeline de Vignemale de venir.

Sophie. — Oh ! elle pose parce qu'elle marche avec le directeur !

Laure. — Nous inviterons aussi Emilienne d'Alençon et Liane de Pougy et Rose Demay.

Renée. — Oui, mais pas de femmes du concert ; elles sont trop jalouses de notre succès.

Troisième gomm^ux. — Dites donc, vous savez, nous sommes tous invités demain à dîner chez le petit Malard.

Quatrième gommeux. — 11 paraît qu'on rigolera ferme.

Renée. — Est-ce que vous vous fichez de nous ?

Sophie. — Est-ce que vous croyez que nous allons lâcher notre concert pour votre dîner de grues ?

GRANDFS ARTISTFS. IGl

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