VI AV.\NT-PROPOS
thètes pour stigmatiser les ordures et les idioties qu'ils ont subies.
Oh là ! messieurs les puristes, rappelezvous que, selon la vieille formule, la chanson est une muse court vêtue qui n'a point la belle ordonnance de la haute poésie et que les fervents qui suivent son culte après leur dîner, en fumant leur cigare, s'intéresseraient tort peu aux admirables vers de M. Henri de Régnier ou de M.
Viellé-Grifin.
Qu'elle soit grivoise ou sentimentale, comique ou sérieuse, la chanson doit rester dans sa note. Je ne crois pas d'ailleurs qu'on lui demande davantage.
Je ne veux pas dire non plus que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et qu'il faut s'extasier devant toutes les productions du jour.
Il est de graves défauts que je signalerai, car ils peuvent disparaître avec un peu d'énergie de la part de nos dirigeants.
D'abord, quelques chanteurs, lorsqu'ils ont pris un genre, s'y confinent exclusivement et, si ce genre est trivial, pour ne point manquer l'effet ils accentuent le mode et atteignent l'ignoble.
AVANT-PKOrOS. Vîl
Tel qui a commencé par célébrer le vin en arrive à débiter de putrides histoires d'ivrognes, tel autre qui avait esquissé un type de la rue en arrive à présenter des cas pathologiques et puis tout est bon : rengaines prises dans les anas et les dictionnaires, vieux racontars promenés de cafés en cafés, mots de la fin volés dans les jour* naux, avec l'assaisonnement de coq-àl'ânc stupides, de calembours ineptes, de sous-entendus obscènes et d'expressions ôrdurières.
Il y a ensuite les faiseurs, ceux qui bâclent une chanson en une heure, sans souci de l'orthographe et delà prosodie, ceux qui chaque matin produisent trois ou quatre couplets sous lesquels un musicien de même acabit met des notes, ne prenant pas la peine de lire le morceau tout entier.
Et ils trouvent facilement des interprètes, car ces interprètes entrent en combinaison avec eux ou sont sous leur dépendance.
D'où surcroît de production et des programmes de soixante à soixante-dix numéros qui ahurissent le public. •
C'est un peu votre faute, MM. les