PATERNE BERRICHON
Février 1919.
P. -S. — Le portrait qu'on voit en tête de cette plaquette a aussi son histoire. Forain le dessina, un jour de l'hiver 1871-72, sur du papier à lettres pareil à celui du manuscrit des Mains de JeannexMarie. Postérieur de peu à la photographie de Carjat, il précède de moins encore la peinture de Fantin-Laloar , Coin de table, maintenant au musée du Louvre. C'est Isabelle Rimbaud, âgée de treize ans, qui, en 1873, à Roche (aujourd'hui détruit par la guerre) sauva des mains en colère de son frère ce fragment très précieux. La légende « qui s'y frot [te s'y pique] » fait allusion certainement au coup d'épée vers Carjat du diner des Vilains Bonshommes ; et c'est, en même temps que le plus frais des témoignages, la plus topique explication d'un incident grossi à l 'envi par la calomnie.
J'Eanne-marie a des mains fortes, Mains sombres que l'été tanna, Mains pâles comme des mains mortes — Sont- ce des mains de Juana?
Ont-elles pris les crèmes brunes Sur les mares des voluptés? Ont-elles trempé dans des lunes Aux étangs de sérénités?
Ont-elles bu des cieux barbares, Calmes sur les genoux charmants?
Ont-elles roulé des cigares Ou trafiqué des diamants?
Sur les pieds ardents des Madones Ont-elles fané des fleurs d'or?
C est le sang noir des belladones Qui dans leur paume éclate et dort,
Mains chasseresses des diptères Dont bombinent tes bleuisons Amorales, vers les nectaires?
Mains décanteuses de poisons?
Oh ! quel Rêve les a saisies Dans les pandiculations?
Un rêve inouï des Asies, Des Khenghavars ou des Sions?
— Ces mains n ont pas vendu d'oranges, Ni bruni sur les pieds des dieux; Ces mains n'ont pas lavé les langes Des lourds petits enfants sans yeux.
Ce ne sont pas mains de cousine, Ni d'ouvrières aux gros fronts Que brûle, aux bois puant l'usine, Un soleil ivre de goudrons.
Ce sont des ployeuses* d'échinés, Des mains qui ne font jamais mal, Plus fatales que des machines, Plus fortes que tout un cheval!
Remuant comme des fournaises, Et secouant tous ses frissons Leur chair chante des Marseillaises Et jamais les Eleisons !
* Variante : Casseuses.
Ça serrerait vos cous, ù femmes Mauvaises, ça broierait vos mains, Femmes nobles, vos mains infâmes Pleines de blancs et de carmins !
L éclat de ces mains amoureuses Tourne le crâne des brebis I Dans leurs phalanges savoureuses Le grand soleil met un rubis!
Une tache de populace Les brunit comme un sein d hier.
Le dos de ces mains est la place Qu en baisa tout Révolté fier !
Elles ont pâli, merveilleuses, Au grand soleil d'amour chargé Sur le bronze des mitrailleuses A travers Paris insurgé !
\fi î quelquefois, ô Mains sacrées,
À vos poings, mains où tremblent nos
Lèvres jamais désenivrées,
Crie une chaîne aux clairs anneaux !
Et c'est un soubresaut étrange Dans nos êtres, quand quelquefois On veut vous déhâler. mains d'ange.
En vous faisant saigner les doigts.
Ça serrerait vos cous, ù femmes Mauvaises, ça broierait vos mains, Femmes nobles, vos mains infâmes Pleines de blancs et de carmins !
Une tache de populace Les brunit comme un sein d hier.
Le dos de ces mains est la place Qu en baisa tout Révolté fier !
Elles ont pâli, merveilleuses, Au grand soleil d'amour chargé Sur le bronze des mitrailleuses A travers Paris insurgé !
L éclat de ces mains amoureuses Tourne le crâne des brebis I Dans leurs phalanges savoureuses Le grand soleil met un rubis!
Ah! quelquefois, ô Mains sacrées,
A vos poings, mains où tremblent nos
Lèvres jamais désenivrées,
Crie une chaîne aux clairs anneaux!
Et c'est un soubresaut étrange Dans nos êtres, quand quelquefois On veut vous déhâler, mains d'ange.
En vous faisant saigner les doigts.
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