FRANGE
En France ^ la concentration par succursales est très grande dans la plupart des branches du commerce de détail. Et ce fait ne doit pas nous étonner : n'est-ce pas en France, en effet, que, pour la banque, le système a été employé au plus haut degré. La concentration des banques françaises a été réalisée essentiellement grâce aux succursales, aussi M. Saurela-t-il pu dire avec raison que ce qu'il appelle la « Grande Banque » française présentait deux traits caractéristiques : « d'une part, l'extrême importance de ses capitaux; et, d'autre part, la vaste diffusion de son action qui s'exerce, au moyen d'agences répandues sur tout Paris, sur toute la province, et parfois même sur le monde entier^ ».
1. Parmi ceux qui nous ont facilité notre enquête en France nous tenons à remercier d'une manière toute particulière M. Auguste Failliot, député de la Seine; nous adressons également tous nos remerciements à M. Charles Legrand, président de la Chambre de commerce de Paris, à M. Mauss, président de la Fédération des Détaillants; à M. de Paloméra, président de la Confédération des Groupes Commerciaux.
2. Maurice Saurel, Sociétés de Crédit contre Banques locales^ Paris, Rousseau, 1901, p. 4.
Aussi il ne faut pas être surpris que ce procédé de vente ait été imité dans d'autres branches du commerce que le commerce de l'argent. Au vrai, cette sorte de concentration est en France très importante, elle paraît appelée à se développer encore et nous ne pensons pas que l'impôt voté en 1912 vienne en arrêter l'essor.
Nous ne voulons pas donner ici la liste complète de toutes les entreprises à succursales françaises^ Citons comme entreprises types : la firme Potin (épicerie : 7 succursales); les Docks Rémois (épicerie : 500 succursales); les Comptoirs français (épicerie : 500 succursales); les Établissements économiques (épicerie : 300 succursales) ; les Établissements Goulet-Turpin (épicerie : 300 succursales) ; la Société des Établissements économiques du Casino de Saint-Étienne (épicerie : 330 succursales), Nicolas (vins : 80 succursales); Biard (bars ; 65 succursales) ; les Chaussures Incroyable (140 succursales): les 100 000 Chemises (10 succursales); Paris-France (grands magasins : 100 succursales); les Nouvelles Galeries (grands magasins).
1 M Lavergne cite, dans son rapport déjà signalé, les lignes suivantes extraites d'un manifeste publié par le comité de défense des sociétés à succursales multiples : « 12000 succursales ouvertes en France, occupant 50000 employés et ouvriers, faisant vivre directement 300000 personnes, distribuant annuellement plus de 125 millions de salaires, étaient menacées de payer une taxe absolument injustifiée. »
Ajoutons, à propos de la France, que non seulement nous ne possédons pas de statistiques sur la question, mais que l'existence de succursales vient fausser nos statistiques générales. Nous lisons les lignes suivantes dans les « Résultats statistiques du recensement général de la population effectué le 4 mars 1906 » (t. I, 2' partie, p. 118) : Il est encore utile de rappeler que les divers groupes de personnes qui, dans une même commune, relèvent de la même raison sociale ne sont comptés que comme un seul établissement à ynoins que les industries exercées n aient aucune connexité. Au contraire, les entreprises qui ont des succursales dans diverses communes comptent pour autant d'établissements qu'il y a de communes. Telle est la règle générale. On a cependant admis les exceptions suivantes : les magasins de détail relevant de la même raison sociale dans une même commune sont comptés chacun comme établissement distinct. Les exploitations minières appartenant à la même compagnie qui s'étendent sur le territoire de plusieurs communes voisines sont considérées comme formant un seul établissement.
Ces lignes signifient que les magasins du détail, quand ils sont des succursales, sont comptés chacun comme établissement distinct, qu'ils se trouvent situés dans la même commune ou dans
des communes différentes. Si donc, d'un recensement à l'autre, il y a augmentation du nombre des établissements commerciaux, il ne faut pas en conclure qu'il y a développement certain du petit commerce et des établissements indépendants. Cet accroissement tient dans une certaine mesure à la floraison des succursales. Les établissements de 1 à 3 salariés- dans la catégorie desquels rentrent précisément les succursales dont nous nous occupons - représentaient 50,3 0/0 du total des établissements commerciaux en 1901 et 34,4 0/0 en 1906 : le développement des succursales durant ces dernières années explique certainement, en partie au moins, cette augmentation. Aussi, quand on dit : le petit commerce ne meurt pas, le petit commerce se développe, on ne peut, pour appuyer cette assertion, citer tout simplement des chiffres, il faut savoir ce que ces chiffres signifient, il faut savoir que ces chiffres ne représentent pas en totalité des petits commerçants indépendants, mais des gérants simples salariés de grandes entreprises, ou bien des petits commerçants qui sont liés étroitement à de grandes entreprises et ont perdu toute indépendance.
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SECTION IV