‹ Les maisons anciennes en BelgiqueChapitre 2 sur 2 · IMPRIMERIE VICTOR VAN DOOSSELAERE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE VICTOR VAN DOOSSELAERE

Boulevard Heirnisse, 17.

L'architecture domestique belge fera tôt ou tard l'objet d'une étude d'ensemble, et c'est un très beau sujet. Le château, la ferme, la maison rurale, le manoir urbain, le steen, l'hôtel bourgeois, la maison de ville, offrent en Wallonie, en Brabant et en Flandre, des variantes très intéressantes, qu'on les considère au point de vue géographique, historique, pittoresque, technique ou esthétique.

Nous nous proposons d'aborder une partie réduite de ce large programment d'esquisser le type de l'habitation ordinaire, rurale et urbaine, jusqu'à la Renaissance classique en Belgique.

Nous nous en tiendrons à l'habitation proprement dite, dans ses types ordinaires et plutôt modestes ; nous éliminerons de notre travail, comme on a exclu (sauf exception) de l'exposition ouverte à l'occasion du Congrès historique et archéologique de Gand, les logis d'un caractère monumental, somptueux ou militaire. On ne s'étonnera donc pas de nous voir passer sous silence quantité d'édifices privés, plus remarquables que les modestes maisons auxquelles nous nous arrêtons présentement. Ces humbles édifices ont d'ailleurs bien leur charme et leur intérêt. Us ont été comme l'enveloppe de l'existence de nos ancêtres ; dans leurs formes un peu naïves se sont incarnées les traditions de la famille belge, et ils se présentent comme un produit naturel du terroir, harmonieusement uni à la beauté de nos sites.

Nous nous bornerons donc à esquisser les types ordinaires de la vieille habitation belge traditionnelle, rurale et urbaine. Nous devons, en effet, nous limiter, la matière étant déjà bien vaste pour une étude hâtive, entreprise à la veille de l'exposition qu'on nous a chargé d'organiser à l'occasion du Congrès.

D'ailleurs, aux derniers siècles, révolution de notre architecture devient moins intéressante à notre point de vue, quoique bien digne d'attention. A partir de la fin du XVI e , on trouve moins accusés les caractères régionaux, qui constituent un des aspects les plus attachants de l'architecture comparée.

A mesure qu'on avance vers les XVII e et XVIII e siècles les façades, envahies par des éléments exotiques, offrent un aspect plus banal, une structure moins sincère, un sentiment plus froid. On voit encore s'ériger de nobles habitations et de pompeuses façades, le tempérament national ne perd pas toute sa vigueur; il éclate même parfois en de merveilleux ensembles comme dans l'incomparable série des maisons de la Grand'Place à Bruxelles et dans quelques monumentales habitations de Bruges et d'Anvers, notamment la maison de Rubens, restituée par MM. Henri Blomme, Max Rooses et A. Delbeke.

Mais si les constructions privées de cette époque méritent d'avoir, dans un ouvrage d'ensemble qui reste à publier, leur reproduction, leur description et leur histoire, elles âe prêtent moins bien à une étude, qui a pour but de faire ressortir les types régionaux et de suivre leur évolution.

Enfin nous avouons une fâcheuse lacune : c'est, pour la plupart de nos maisons décrites ici, ou exposées dans le hall de l'Hôtel des Postes, l'absence du plan de distribution intérieure. Nous n'ignorons pas que le plan est le document primordial et un des facteurs essentiel de l'architecture d'un édifice, et par conséquent un élément capital de pareille étude. Mais chacun sait que les plans primitifs conservés sont bien rares, et, qu'il est incomparablement plus aisé de dessiner ou photographier une façade, que de pénétrer dans l'intérieur des habitations pour en relever l'ordonnance interne. Nous espérons que cette exposition même nous procurera le moyen d'ajouter, à ce sujet, un intéressant chapitre à la présente notice.

Juillet 1907.

Habitations rurales.

LtoU

Nos ancêtres, avant l'époque romaine, habitaient des grottes ou des huttes.

Au rapport de Strabon, l'habitation gauloise était ronde ; construite avec des poteaux de bois garnis de clayonnage, elle avait la forme conique, comme actuellement les huttes de nos frères noirs •du Congo, et comme celles des charbonniers dans les forêts.

De ces huttes primitives on peut voir des figurations dans un bas-relief du Louvre représentant un Gaulois qui défend l'entrée de sa demeure (*), et dans les sculptures historiées de la colonne antonine à Rome; ces maisons rondes avaient de 6 à 12 mètres -de tour; elles étaient couvertes de chaume ou de planchettes de bois, réunies au sommet comme les abris des charbonniers (*).■

Ces huttes avaient leur sol en contrebas du terrain naturel ; les cuves creusées dans la terre, qu'on rencontre en différentes contrées et qu'on nomme nardelles, représentent la base de <œs anciens logis ( 3 ), correspondant à la screona mentionnée dans les capitulaires de Charlemagne.

Après la conquête romaine, les Gaulois firent leurs huttes carrées à la manière des constructions bâties, des villas romaines qu'ils avaient sous les yeux.

Ici se présente la maison du colon romain, dont les types abondent; mais c'est un modèle exotique que nous ne considérons pas •comme appartenant à notre étude.

41) V. A. Bbquet, Congrès archéol. de Bruges en 1888.

{2) L. Courajod, Leçons, t. I, p. 49.

{3) V. SchweiSTHAL. Histoire de la maison rurale en Belgique.

Les habitations rurales anciennes ont eu à toutes les époques des rapports si étroits avec leur site, qu'à l'instar de la végétation germée du sol, elles se solidarisent intimement avec la terre. Leur allure est en rapport non seulement avec le climat et les matériaux locaux, mais encore avec l'état social et les mœurs, qu'elles reflètent, et avec toutes les circonstances locales.

Si nous considérons leur groupement, nous remarquons que dans les grandes plaines découvertes et mal protégées, les maisons se serrent les unes contre les autres en agglomérations compactes, ou en hameaux indépendants, selon que la culture est organisée en grand ou morcelée. Dans les montagnes, elles se dispersent, cherchant chacune une assiette convenable. L'éparpillement de la propriété, en diminuant l'attraction de la terre, contribue de son côté à former des noyaux populeux. Parfois les maisons s'égrènent en chapelet le long des anciennes chaussées de grand trafic, surtout au voisinage des anciens relais de poste, comme on le voit, par exemple, à Loochristy, à Hoogstraeten, à Seneffe, etc. La nature géologique du sol luimême a sa répercussion sur l'allure des habitations; ainsi les roches granitiques où l'on voit l'eau sourdre de toutes parts, se prêtent à l'éparpillement des familles, tandis qu'en terrain calcaire où les eaux sont rares, on se groupe dans les parties aquifères. Les maisons s'alignent le long d'un cours d'eau, ou se massent joliment sur une colline, ou se disséminent dans les dunes au bord de la mer, selon les convenances locales.

En plaine et surtout le long des grandes voies, les habitations se rangent avec une régularité tranquille ; en pays montagneux elles s'accrochent aux coteaux comme elles peuvent, s'adaptant à des assiettes variées, suivant en gradins les pentes abruptes et offrant une allure parfois tourmentée et presque cahotique, comme on le voit, par exemple, dans les sites pittoresques et populeux de Thuin, de Walcourt, d'Hastière, etc. Ainsi la maison rurale s'harmonise au paysage et emprunte son charme au terroir.

A ce point de vue, Ton ne peut manquer de reconnaître la sagesse qui est comme immanente dans la tradition familiale, et le sentiment esthétique qui gît dans le peuple inculte, tant qu'il reste fidèle à ses traditions séculaires, faites d'expérience acquise, de conventions judicieuses et d'une sorte d'instinct artistique.

L'homme du peuple le plus naïf, qui érigeait jadis sa demeure selon les formules ancestrales, la faisait toujours conforme au milieu, et pittoresque d'allure; il y imprimait un profond caractère de convenance et une intense expression de ses mœurs. Il en résultait une beauté intime dont l'homme de goût se délecte, à la vue soit d'une hutte ardennaise, soit d'une cabane de pêcheur des Flandres, soit d'une humble ferme campinoise. Mais cet homme du peuple, qui a été capable de ces merveilles de bon goût, une fois déraciné de son milieu, réalise, hélas, avec l'aide des lettrés et des architectes modernes, des horreurs en pierre et en briques, qui singent en plein champ l'architecture des villes et déshonorent nos campagnes et nos montagnes par leur grossière vulgarité ou leur prétention maniérée.

Notre architecture rurale subit en ce moment l'évolution du progrès matériel, mais il s'en faut qu'elle revienne à son charme d'autrefois. « Que nous sommes loin de nous mêmes », dit à ce propos M r l'architecte De Vos- Van Kleef ( l ), « loin du caractère fondamental, loin des mœurs particulières, loin du génie de notre race, de toutes les qualités que l'on retrouve si admirablement traduites dans la sobriété, la sévérité, la probité du style sans emphase des anciennes maisons de Bruges, de Gand, de Bruxelles, de Liège et d'Anvers, ainsi que dans celles que l'on voit — toute proportion gardée, — dans de très anciens villages»».

A nos constructions compliquées, fantaisistes, capricieuses, il manque la noblesse de caractère, la tranquillité d'allure, et surtout cette unité charmante et reposante, qui résultait de leur fidélité à la tradition et de leur accord avec le terroir.

(1) Le Nouvel Anvers, cité- jardin.

Envisagées comme unités indépendantes, les maisons trahissent l'aisance des occupants; en Hainaut, par exemple, de belles bâtisses en pierre de taille rappellent que cette province connut quelque prospérité au commencement du XVI" siècle.

Mais ce qui perce pardessus tout , c'est l'influence de la nature et les ressources du sol.

Malsons ardennalses(l).

L'Ardenne, par exemple, offre d'humbles et rustiques demeures, où des murs en moellons sont combinés avec des colombages et des clayonnages; elles s'abritent sous de vastes toits déprimés couvrant, entre les murs goutterots, une largeur énorme. Leur allure est plus ou moins grossière ou soignée selon les ressources

(\) D'après des cartes postales de M* Nels.

du terroir. Le long de la vallée de la Lesse on rencontre à Houyet, dans la région schisteuse, des masures bourdées en pierre et en torchis, couvertes de chaume. Mais en amont et en aval, où affleure le calcaire, les habitations sont cossues et régulières ; il en est de même sur la Semois.

La bâtisse se complète au besoin par des moyens que fournit la nature. Sur les plateaux balayés par le vent, comme à Francorchamp, les chaumières sont entourées de haies très hautes, qui les protègent contre les rafales de neige, et qui sont percées d ouvertures en forme de portes et fenêtres t 1 ).

La disposition des logis obéit à l'allure du sol. Les petites fermes du Luxembourg et de l'Entre-Sambre

et Meuse, dans les terrains accidentés, se réfugient le long de grandes routes, sur les aires aplanies. Elles alignent vers le chemin leurs murs grossiers sous l'égout d'un vaste comble qui abrite gens et bêtes, maison et étable, parfois aussi le hangar, le tout en libre communication. Devant l'étable, sur l'accotement du chemin, s'amoncelle le fumier, qui perd son purin dans la rigole. Le toit, jadis en croupe, offre des pignons pointus depuis que les murs se construisent en pierre.

La grande ferme, l'ancienne vouerie établie sur un plateau, occupe les trois côtés d'une cour à fumier; le quatrième côté est clos par un mur, percé d'une porte charretière avec guichet ( 2 >. Dans le Condroz, au sol aride et aux vastes cultures, les cons-

(1) V. Bulletin de, Mmên, n° de déc. 10C6.

(2) V. Comhaife, Etude >ur l'habitation de> Fagnta. explicative de la construction du " Vieux Liège „.

tractions importantes, les manoirs et les grandes fermes montrent des bâtiments massifs et carrés, dénués de saillies, percés de petites fenêtres, couverts de combles simples et sans pénétrations ; tout est disposé pour résister au vent humide (Château de Nandrink, ci-contre).

Dans le Namurois, les grands toits ardoisés des fermes et surtout des granges, sont recoupés par des crupons tronquant les pignons.

Le type allemand, avec un escalier presque monumental, est fréquent dans le Luxembourg; cependant la plupart des maisons primitives sont du type franc.

On entre directement dans la cuisine placée entre la chambre et rétable, et dont le sol est en terre battue. La cheminée s'adosse au mur de refend ; le fond est, à partir du XV e siècle, fait d'une taque de fonte, qui chauffe derrière, dans la chambre à coucher, un réduit surmonté du buffet-placard. Du manteau, formé de simple plâtras et qui abrite le jambon fumé, pend la crémaillère. La cuisine contient l'escalier menant à l'étage en soupente; sous la chambre est une cave non voûtée, accessible par une trappe.

Les maisons plus modernes ont un corridor, qui mène de la rue à la cuisine placée à l'arrière. En entrant dans la cuisine, on trouve devant soi l'escalier menant à une chambre et au grenier. L'étable est contiguë à la cuisine. La cheminée est adossée au refend qui sépare celle-ci de la chambre, éclairée par une fenêtre en façade et une autre au pignon 0).

Le corridor traverse toute la profondeur des logis aisés ; la cuisine est alors accompagnée d'un fournil et d'une buanderie.

Aux environs des carrières du pays de Liège, du Namurois et du Hainaut, les logis ont de gros murs bien dressés, des baies encadrées de lourds chambranles de pierre, des portes en arc à larmier ou à linteau, soulagées d'acellons (corbeaux) ; des fenêtres

(1) M. Schweisthal, Annales de la société d'archéologie de Bruxelles.

coupées en deux parties égales dans la hauteur par de grosses traverses de pierre, ou en quatre par de forts croisillons. Quand les pignons sont à gradins, ce qui est rare, ceux-ci sont étoffés de pierres d'appareil (ex. , à l'ancienne abbaye de Saint-Laurent tout en « castein », au Val Saint-Benoit et au refuge de l'abbaye de Lobbes à Thuin).

La plus ancienne des maisons wallonnes est le manoir de Thyle-Château, qu'on dit élevé sur le plan du château de Tyr l'an 1200 par Guillaume d'Ostrevent ( l ).

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Dans une série de croquis faits de chic avec un réel talent, M r H. Delmotte, de l'École Saint-Luc de Liège, nous présente une série de manoirs et de fermes de l'ancienne principauté.

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(d'après Gnicciardini).

Ces constructions se composent de gros bâtiments rectangulaires élevés sur plans compacts, souvent carrés (manoirs d'Abée, de Strevensdorp), flanqués de tourelles d'angle ou de pavillons carrés (manoir de Filée, ferme-château de Fontaine, ferme de Roiseux).

(1) V. A. Bequbt, Congrès de Bruges de 1887, p. 112.

Les murs, maçonnés eu moellons, sont tout plats, sans contreforts ni saillies, car on évite les encoignures, les angles rentrants, favorables à la pénétration des eaux pluviales chassées par les vents, qui sévissent avec violence en ces régions montagneuses. Les couvertures ardoisées étaient rehaussées parfois de jeux d'ardoises, comme on le voit encore à une maison de Malmédy.

Les baies sont relativement étroites, amorties par des linteaux très épais. Les fenêtres, disposées parfois sans aucune symétrie.

Ferme de Xavier,

comme aux fermes de Tavier et de Neuville en Condroz, au manoir de Filée, au rendez-vous de chasse de Giïvegnée, etc., sont séparées en deux lumières égales par une grosse traverse, ou en quatre par de lourds croisillons (ferme de Loncin, maisons à Theux). Les combles sont larges, à quatres versants, ou en dos d'âue avec pignons récoupés en crupon (maison à Tilleur, ferme à Ouffet); le toit recouvre les rampants du pignon. La corniche est puissante et très ouvragée surtout à l'époque de Louis XIII. Les silhouettes sont puissantes et pittoresques (voir les fermes de Warthet, de Roiseux, d'Ochain, de Loncin, de Ferrière, de Neu-

Tille, de Petit-Modave, les manoirs de Fouron Saint-Pierre, d'Harzé, des maisons à Tilleur, à Grivegnée, et le manoir de Mont-

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jardin, si crânement posé sur le rocher). Le château de Cheratte réunit tous les caractères du style régional : ailes massives,

pavillon carré, grosse membrure de pierre noyée dans les briques, fenêtres à croisillons épais et à divisions égales, toit déprimé à crupons, corniches saillantes, etc. On retrouve les mêmes traits dans la maison Batta à Huy, etc.

Nous négligeons les châteaux à allure militaire, qui abondent dans cette contrée, mais qui sortent de notre programme. Toutes ces habitations ont à l'intérieur de remarquables cheminées en pierre, que nous ne pouvons ici que mentionner en passant. La forme déprimée du toit est généralement relevée par quelque flèche à profil accidenté et renflé, qui surmonte çà et là un pavillon carré en forme de grosse tour. Mais une chose rare, dans toute cette région, c'est un pignon (').

Bien différent de la région mosane, le Brabant mêle coquettement la pierre à la maçonnerie de briques, ce qui donne un air d'élégance aux plus modestes logis. Il possède des habitations coquettes aux pignons dentelés et accidentés de pinacles , et des toits plus aigus, pénétrés par des fenêtres-lucarnes, qui prolongent les murs au-dessus des corniches. L'allure pimpante des pignons et des croisées relève la Ferme à Hoboken. simplicité des cons-

tructions les plus modestes, dont les types sont peu remarquables, à les considérer isolément, mais dont la physionomie bien caractérisée se reconnaît

(1) Ou a démoli vers 1880 un joli pignon de la Renaissante de la maison * aux Sapins „ à Liège. S'il en reste quelques-uns au paya mosan, notamment dans la région de Huj, ils sont d'une élégante simplicité.

Maison à Ledo (d'sprta H' Heina).

dans tout le Brabant flamand. Comme spécimens plus considérables, on peut citer les maisons seigneuriales de Braine-le -Château, d'Oboken, de Nassau à Diesl, d'Aertselaer.

Cette contrée possédait jadis en abondance d'excellentes pierres blanches ou Jaunâtres, claires de ton, ânes de grain, nommées grès lédierij qui s'exploitaient à Balegem, à Grimbergen, à Meldert, à Assche, à Dilbeek, à Jodoigne, etc. Mélangées en minces assises horizontales, en chaînes d'angle, en croisillons, seuils et linteaux, avec la brique rouge, elles donnent aux constructions du Brabant et de la Campine un aspect coquet et riant, dont la maison des Géants à Tamise, le château de Crainhem à Woluwe, le château de Broechem, le presbytère de Meysse et le Pressoir de Louvain peuvent donner une idée.

Comme la Campine, la Flandre, peu riche en matériaux pierreux, a des maisons rurales basses; ses grands toits rouges à pignons blancs couvrent des murs goutterots peu élevés, dans lesquels est noyée, à fleur en dehors, la charpente des fenêtres; les châssis sont subdivisés à l'aide des montants et des traverses en bois. Le comble est pénétré par de grandes lucarnes en maçonnerie, qui affleurent la façade avec leur devanture terminée en petit pignon. Au temps gothique celui-ci est à gradin ; à la Renaissance il s'agrémente d'enroulements aux parties cintrées.

Ainsi la forme des bâtiments varie avec les matériaux du lieu.

Leur agencement se modifie aussi d'une province à l'autre selon les mœurs, les traditions ancestrales et les conditions du travail.

Dans les plaines fertiles de la moyenne Belgique, les grosses fermes sont encloses dans une enceinte aveugle que perce une haute porte charretière traversant une monumentale clôture ou une poterne en tour carrée à allure de donjon. Elles développent leur vaste bâtiment autour d'une grande cour rappelant V atrium antique et les usages romains ; tandis que dans le bas pays semble perdurer la tradition germaine en des bâtiments disséminés.

La maison germaine était primitivement entourée d'une clôture en clayonnage appelée tunino, d'où le nom flamand de tuin, qui est resté le vocable de la madone vénérée à Saint-Martin d'Ypres. Un manuscrit de XVI e siècle nous montre encore une ferme du Limbourg formée de quatre corps rectangulaires isolés aux points cardinaux d'une enceinte ronde en clayonnage.

On voit çà et là dans la campagne flamande des chaumines encore pareilles aux habitations des siècles les plus reculés. Citons comme exemple une maison du hameau de Kruisstraat à Nederbrakel, une série de maisonnettes le long du pittoresque chemin qui mène de Deurle à Nazareth, et quantité d'autres que M r A. Heins a reproduites dans ses Vieux Coins de Flandre ; on en trouve à Munte, à Hermelgem, à Lemberge, à Smeerhebbe, a Denderleeuw, à Oultre, à Eychem, à Aspelaere; quelques-unes sont en pans de bois hourdés de torchis, et couvertes de chaume.

La métairie flamande est souvent établie en plusieurs bâtiments, aux grands toits rouges couvrant des murs bas, noyés dans la verdure de ces rideaux de peupliers, qui découpent en tout sens le pays verdoyant. Les bâtiments se rangent, isolés, de deux ou trois côtés d'un riant verger clos de haies : l'étable, la grange et le corps de logis aux lucarnes à gradins, à la porte coupée, aux fenêtres à croisillons de bois avec seuil en carreaux rouges, à volets verts et blancs.

On en peut voir de nombreux spécimens dans la propriété de Puttenhove à Saint-Denis près Gand. Signalons, d'après M r Heins, les petites fermes de Waerschoot, de Balegem, de Semmerzaeke, d'Okegem, de Laerne, d'Evergem, d'Eyne, de Bottelaere, de Schendelbeke, les métairies du hameau d'Oostmeer aux jolies et vétustés clôtures de charpente, et tout spécialement la maisonferme d'Heusden reproduite ci-après.

Certaines maisons modestes quoique rustiques, présentent un étage, comme le joli manoir do Moortzeele, actuellement converti en ferme, et celui de Caprycke. Citons encore le home paysan aux salles spacieuses éclairées par des croisées blanches dans des murs bas en briques et abrité sous le chaume, dont on rencontre le type aux environs de Melsele ( 2 ).

Comme exemples de construction plus importante, citons la ferme de Slootendries, la ferme seigneuriale d'Oostakker et la grosse ferme du Blauwhuis à Nazareth.

Aux environs de Laerne nous avons remarqué de populeux hameaux formés de petites fermes .isolées, groupant leurs trois ailes en fer à cheval autour d'une cour qui borde la rue.

A Overmeire le corps de logis fait front à la chaussée, l'écurie et la grange sont derrière, la cour est séparée de la voie publique par une belle grille de fer.

Les manoirs et fermes seigneuriales des pays plats, en Flandre, étaient entourés d'eau; le manoir était composé d'ailes étroites couvertes de combles à deux versants, aux pignons à gradins,

(1) VoirHeiu

(2) V. ibid,

Vieux Coins de Flandre.

juxtaposées aux côtés d'une cour d'honneur (petit manoir de Meirelbeke), et quelquefois ajoutées bout à bout en télescope.

La maison des Flandres, depuis l'humble chaumière jusqu'au manoir à pignons à gradins flanqué d'une tourelle d'escalier à l'angle de ses deux ailes, évite d'asseoir sur un sol humide la salle de famille ; la voutkamer ou kelderkamer exhausse

Manoir de Beanvourda.

son pavement sur une cave voûtée, à moitié enterrée. Citons comme exemples la ferme seigneuriale de Mouneclay à Wulveringhem, le manoir de Beauvoorde près de Fumes et le château de Buitenzorg près d'Ypres.

Les bâtiments sont de peu d'épaisseur et couverts par des combles aigus, que terminent des pignons en pas de moineau, avec des fenêtres-lucarnes à gradins prolongeant le mur goutterot. Les croisées, à fleur de mur, sont en pierres dans les édifices notables, en bois dans les plus humbles.

Sur le littoral, la maison de pêcheur, dépourvue d'étage, montre ses murs blancs percés de fenêtres à volets verts et blancs, sous un toit de tuiles rouges. Celui-ci oppose au vent de mer un de ses versants qui descend jusqu'à terre, tandis que l'autre, plus court, laisse à découvert une coquette façade devant un jardinet fleuri. La vigne vierge tapisse le mur et escalade le comble, dont la crête est garnie de tiges de donderbloem.

Pour s'orienter contre le vent d'Ouest, ces maisons tournent au besoin le dos à la chaussée, ou se rangent de travers tout au long de la route. De grosses cheminées émergent du comble rustique.

Souvent une petite étable s'accole aux logis s'adossant en appentis, ou un fournil s'abrite sous ce double comble plus bas avec un pignon plus petit. Ces masures se groupent de la manière la plus pittoresque au flanc des dunes, entourées de jardinets où se dressent les tiges fleuries des tournesols.

Quelquefois elles se cachent dans un enclos de paillottis qui

protège contre les rafales de sable un champ vaillamment cultivé et établi en contrebas. Ces habitations paisibles jettent leur Jolies notes rouges et blanches parmi les collines de sable et la plaine onduleuse et aride où paît çà et là une chèvre ou un âne.

M r A. Heins a bien voulu me donner les Jolis croquis qui illustrent ces pages ; en quelques traits primesautiers il a su rendre le charme pittoresque de ces délicieuses et proprettes demeures de nos honnêtes pécheurs, qui tirent si vaillamment leur subsistance de l'eau de la mer et du sable des dunes.

Dans les plates et vertes prairies du Furnambacht, dans les moeres disputées à la mer, où paissent les bruns troupeaux de vaches flamandes, s'élèvent des fermer pittoresquess, les unes modestes et pareilles à une agglomération de chaumines semées sur le sol, les autres vastes, aux grands bâtiment disséminés.

Dans ces dernières se perpétue plus ou moins le souvenir des

grandioses fermes que les bénédictins ont élevées dès le XII e siècle à Coxyde, à Lisseweghe, à Oudenbourg, et dont on voit encore de grandioses vestiges dans la grange de Ter Doest (XIII e siècle} et dans la ferme monumentale de Saint-Idesbald près de Coxyde, à Wulpen (Allaertshuizen), à Pervyse (ferme de Groote Hemme)^ 1 ), etc.

(1) V. A. Hbinh et V. Fris. — Bull, de la Soc. d'Hist. oVArehiol. de Gand 13* année (1905), n° 2, p. 66.

Habitations urbaines.

Au moyen âge les maisons, disposées en rangées le long de la rue, n'étaient pas généralement accolées comme les nôtres par leurs murs mitoyens, mais elles avaient souvent des murs latéraux distincts séparés par d'étroites ruelles nommées à Gand Kattesteghe. Tandis que nos façades, selon les errements classiques,

Type ancien.

Type moderne.

sont ordinairement arrêtées à une corniche horizontale, les combles, toujours à deux versants, étaient tournés en sens inverse. Quand la largeur à front de la voie publique ne dépassait pas l'envergure d'un comble, la façade se terminait en pignon; les constructions plus développées étaient formées de deux ailes combinées, présentant vers la rue un pignon et une corniche.

Les plans anciens étaient donc ou oblongs ou en équerre, tandis que nos plans modernes sont souvent carrés.

Nous n'étudierons pour le moment que la façade, qui « fait visage » vers la rue, selon l'expression du temps passé.

façades en bois.

Jusqu'à la fin du douzième siècle, les habitations se construisaient généralement en bois ou en torchis. Elles étaient couvertes de chaume et souvent dénuées d'étage.

En 1391, pour empêcher les incendies qui détruisaient des quartiers entiers, on voit le Magistrat d'Anvers ordonner aux habitants de faire remplacer, cndéans les trois ans, les toits en paille par des toits en tuiles. D'autres ordonnances, datant aussi de la fin du quatorzième siècle, prescrivirent l'usage de la brique pour la construction des façades tout en autorisant les constructeurs à revêtir ces façades de parements en bois. C'est de ce genre de maisons qu'il restait encore de nombreux spécimens à Anvers il y a une vingtaine d'années

« C'est ordinairement, — dit ( l ) M r Aug. Thys, — à partir du premier étage que commençait le revêtement en bois, chaque étage faisant saillie sur celui qui lui était inférieur, et ainsi, pour les maisons à trois étages, l'angle du pignon formait une avancée de plus d'un mètre sur la voie publique. »

L'architecture en bois a donc précédé l'architecture en pierre, et les formes de la charpenterie sont restées souvent empreintes dans la construction maçonnée, surtout en Flandre, comme nous le verrons plus loin.

Dans la maison en pans de bois, les murs latéraux ou mitoyens présentent en façade des jambes étrières avec, aux étages, des saillies portées sur de gros corbeaux. Les étages de la devanture sont formés de pans de bois distincts, superposés en saillie l'un sur l'autre. Le surplomb est abrupt ou soulagé par des goussets . Les fenêtres constituent des clairevoies à crbisillons occupant toute la largeur. Les parois pleines entre celles-ci forment des zones revêtues de bordages d'ais verticaux, égouttant l'eau par leur bout inférieur libre et parfois dentelé. Le pignon s'abrite sous un grand gable saillant, découpé en trilobé ou festonné.

(1) Historique des rues d'Anvers

Tels étaient la plupart des logis de nos vieilles cités, que l'incendie a dévorés par milliers; ceux que le fléau a épargnés succombent l'un après l'autre sous le vandalisme moderne.

Hasselt possède des maisons en bois intéressantes. La plus importante est la maison du Swaert, à l'angle de la rue de la Chapelle, une pharmacie ayant pour enseigne un masque à la bouche ouverte d'où sort un bras armé d'un glaive (7 zwaert) ; ce masque figure le gaper (bâilleur), qui est encore en Hollande le symbole de l'art de l'apothicaire. Le pan de bois de cette jolie construction ne forme que l'étage supérieur en saillie au-dessus d'un rez-de-chaussée et d'un entresol ; il comporte, entre de forts montants, toute une résille de panneaux carrés à croisillons.

Le bas est percée de croisées de pierre.

Liège a conservé quelques maisons en bois. Nous en trouvons deux spécimens bien caractérisés à la rue S'- Jean-Baptiste, reproduits par M r H. Delmotte (M. La façade est sous corniche, à

maison (démolie) du Fond de l'Empereur à Liège, (d'après H' H. Delmotte).

(1) H. Delmottk. Document! d'art IWgoU.

trois étages sur un rez-de-chaussée en parpaing. L'ossature est apparente, et le remplage est en hourdis. Les trumeaux et allèges sont étrésillonnés par de nombreuses croix de Saint- André ; les montants et traverses coupant les vastes fenêtres forment leurs croisillons. Les façades sont plates, sans les encorbellements d'étages usités ailleurs. Les exemples parvenus jusqu'à nous sont la maison des Pêcheurs rue Véronique W, celles de la rue S 1 - Jean, de la rue de la Butte, de la rue du Fond de l'Empereur, l'Hôpital Saint- Antoine. Ajoutons que quand il y a un gable, il est souvent décoré de gracieuses découpures au bord des planches rapportées le long des rampants, comme on le voyait à la Violette (ancien hôtel de ville) et comme on le voit encore à la maison du Fond de l'Empereur (154 6) ainsi qu'àl'hôpital Saint-Antoine, où les deux pentes sont décorées de jolies bandes rampantes festonnées, et amorties sur des jambettes à figurines grimaçantes. Une vieille lithographie de Fourmois nous montre rue Pierreuse trois façades en bois, deux, plates à ossature apparente hourdée, et une aux étages fortement saillants et habillés de planches verticales.

Près de l'hôtel de ville de Visé se rangent quelques maisons, dont les étages en pans de bois surplombent pesamment le rez-dechaussée, portés par le prolongement de poutres intérieures. C'est un type qu'on retrouve çà et là, notamment à Maeseyck (rue de Meuse).

Dans les rues du vieux Verviers abondent des façades plates et grossières en pans de bois, notamment quai de la Batte.

Les façades de bois sont devenues très rares à Tournai, bien qu'elles aient abondé jadis. Feu Bozière a publié une intéressante vue de la rue de Pont au XVI e siècle, d'après un tableau du commencement du XVII e siècle^ 2 ), où l'on voit toute une série de maisons de bois de l'allure la plus pittoresque. Elles sont généralement abritées sous un pignon très avancé, orné d'un

(1) L'Emulation 1895, p. 67.

(2) V. Bozière, Histoire de Tournai.

gable trilobé ou polylobé à l'instar de la façade ci-contre, que M' E. Soil a publiée d'après un dessin de 1610U), et qui est

(d-après

presque plate et peu ajourée. Celles que nous montre Bozière, au contraire, offrent des croisées à séries continues et des avant-corps se projetant en saillie l'un sur l'autre. Les parements sont entièrement revêtus d'ais verticaux. Tels aussi étaient les deux pignons de la rue des Jésuites, dont feu Ad. Yasseur a laissé un joli dessin que je possède.

(1) E. SoiL, L'habitation tournaincrmt du Xi» au XVIII* tiède.

(S) Revue de l'art chrétien, année 1903.

(3) V. La rue de Pont à Tournai an XVI* siècle (ci-dessus, p. 27).

Aux différents étages, les fenêtres des façades en bois, comme celles des façades en maçonnerie, étaient souvent abritées sous des auvents en appentis.

Comme type intermédiaire entre les façades en bois et celles en maçonnerie, on en rencontre à Tournai, où des fenêtrages en châssis à croisillons forment des pans vitrés à fleur de mur noyés dans la façade en briques. Donnons comme spécimen, d'après M r Soil, celle de la rue de Paris, n° 3 (1622).

On peut se faire une idée des nombreuses et élégantes maisons en bois de Malines en consultant le recueil dessiné à la plume vers 1840, qu'a laissé le peintre de Noter et qui était la propriété de feu l'architecte A. Van Assche ; on en voyait notamment un très beau spécimen vis-à-vis de l'église des Augustins. Les façades sont à pignon coiffé d'un gable gracieux, souvent découpé en trilobé. Toutefois plusieurs de ces gables étaient bordés, le long des rampants, par une large planche découpée en ligne incurvée, et parfois fouillés de sculptures.

Les étages sont en encorbellement l'un sur l'autre, soulagés par des béquilles ou des goussets au droit des poteaux, goussets parfois gracieusement taillés en forme de marmousets. Les trumeaux et allèges sont revêtus ordinairement de bordages en planches verticales.

Toutefois le pan de bois hourdé reste quelquefois apparent. M T le chanoine Van Caster a publié C 1 ) les photographies de deux façades du milieu du XVI e siècle, démolies de nos jours, et qui s'élevaient à côté de l'hôtel de ville de Malines ; elles représentent précisément les deux types que nous venons d'indiquer. On en voit toute une série d'autres dans une vue de la Grand'Place, de 1660, tableau conservé en l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul.

On a gardé quelques beaux spécimens de ces façades en bois, quai aux Avoines, quai de la Grue, et notamment quai de la Dyle dans le voisinage de la célèbre maison du Saumon, qui est un

(1) Annales du Cercle archéologique de Malines, tome VI.

des premiers produits de la Renaissance en Belgique, et dans laquelle on voit une si curieuse fusion des ordres classiques avec l'ordonnance traditionnelle.

Rue des Pierres se dresse eucore un groupe de vieilles maisons dîtes : le Pekton ; l'une d'elles offre une façade en bois encore très complète.

La maison « de Dutvels », quai de la Dyle à Matines, est la plus remarquable de toutes nos anciennes maisons eu bois. Elle tire son nom des figurines grimaçantes qui ornent les goussets supportant la saillie du premier et du troisième étage. Le gable du pignon est rehaussé, à la base, par de jolies chimères à queues en rinceaux t 1 ).

On trouvait une fort jolie composition sur le thème de cette façade malinoise daus la maison « Aux Armes de Matines - , qui faisait partie du bel et trop éphémère ensemble du Vieil

Le Ttêil Alivere, p>r M' B. Van Knyek.

(1) T. GOLINBT et Loran. Rcstei de notre art national, pi. 67. — Y. Le Bouwwereid d'Amsterdam, 1905. — Nous donnons plus loin trois maisons du quai de la Dyle ; celle-ci occupe le milieu du groupe.

Anvers W. Là rue de la Bourse contenait une belle série de maisons en bois restituées dans le style local ( 2 ) . On en voit plus de cinquante reproduites dans les albums de de Noter conservés dans les archives de Malines, notamment une longue série en face de l'ancien hôtel de ville ; celle des Fripiers, rue du Grand Pont, offrait au lieu d'un pignon, un curieux couronnement formé de trois gables en rangée.

Les façades en bois d'Anvers ne sont plus guère à étudier que sur des documents graphiques. Elles n'étaient point parvenues nombreuses jusqu'à notre époque, attendu que dès l'année 1546 on avait défendu d'en construire, à la suite d'un grand incendie. On en conservait jadis, place Sainte-Pharaïlde, toute une belle rangée, qu'on voit reproduite en gravure, notamment, dans la Belgique Illustrée^); deux d'entr' elles ont été rendues par la photographie dans le recueil de feu Van Ysendyck( 4 ), et elles ont été imitées dans la superbe résurrection du Vieil Anvers. Elles étaient remarquables par des avant-corps en forme de bow-window ménagés sur les saillies des étages. D'autres ont disparu en 1885, rue de la Prison, avec la porte du Bourgl 5 ), et en 1882, avec le pont aux AnguillesC 6 ); une encore, vers 1870, avec les abords duSleen. Le dernier spécimen subsiste dans la «* Saucierstraete », qu'habitaient jadis ceux qui assaisonnaient le hareng t 7 ).

Schayes a donné le croquis d'une importante construction en bois encore existante de son temps à Anvers ( 8 ). M r Stordiau a élevé des pignons en bois fidèlement conformes au vieux style local dans les dépendances intérieures d'une maison de la place de Meir; mais la plus remarquable des restitutions de l'espèce est le

(1) Y. Y Album du Vieil Anvers, par M r E. Van Kuyck.

(2) V. ibid.

(3) Bruylant, t. I, p. 44.

(4) Documents classés, litt. M, pi. 25.

(6) V, ibid. litt. S, pi. 18.

(6) V. Bruylant, t. I, p. 445.

(7) V. ibid., p. 448.

(8) Schayes, Histoire de V architecture en Belgique, t. IV, p. 33.

Lucas- Huys, construit en 1875, rue Ducale à Bruxelles, par M* Meneasier»

A Gand aussi, les façades en bois abondaient jadis, témoins les anciennes vues de nos rues et places. On n'en a sauvé qu'une seule, le pignon postérieur d'une maison de la rue Jean Breydel (ancienne rue du Pont aux Pommes). Ella donne sur Feau et ses quatre étages en ressaut, tous habillés de planchettes, s'abritent sous un gable trilobé.

M* A. Heins a donné, dans son Ancienne Flandre, quelques croquis de pans de bois disparus, notamment deux pittoresques maisons de coin de rue; il en a relevé d'autres que contient sa collection si richement documentée; il a restitué en dessin, d'après feu Van Lokeren, le très intéressant pignon en bois qu'on voyait jadis au n° 21 de la rue Longue-Monnaie.

Un pignon analogue à celui qu'a conservé Gand, subsiste à Bruges, Cour de Gand, mais il n'a que deux étages, portés sur la rez-de-chaussée construit en briques. Telle était aussi la dernière maison en bois de Bruxelles démolie dès 1818, qui s'élevait place de Malines C 1 ).

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La ville d'Ypres a gardé jusqu'au siècle passé la plus belle série de maisons en bois; nous ne les connaissons plus guère que par les dessins de feu Boehm, conservés au musée communal, et dont la ville d'Ypres, par les bons soins de M r J. Coomans, expose les reproductions. SchayesC 2 ) donne l'une d'elles, datant de 1575.

C'est d'après les meilleurs types locaux, que M r Coomans a édifié la délicieuse petite façade à pignon de bois, justement nommée Surmonts 9 huit ( 3 >.

Le dernier des pignons en bois d'Ypres qui ait échappé jus-

(1) V. COLIXST et Lorak, Bette de notre art national, pi. 12.

(2) Histoire de Varehiieeture en Belgique, t. IV

(3) On en trouve le détail dans l'excellent ouvrage de Counkt et Loraic précité.

qu'en ces derniers temps à la destruction est celui de la rue de Lille, que nous reproduisons ici.

Maison en bol« ma de Lille à Ypres.

On conserve à l'hôtel de ville quelques beaux spécimens de l'ancienne construction locale en charpente, entr'autres un superbe gable fortement ajouré O.

(I) Y. TaN Ysendyck, Document clattti, lit t. F, pi. 59.

L'usage des pans de bois a perduré longtemps, témoin cette jolie maison du XVIII e siècle, conservée au coin de la rue Basse à Audenarde, reproduite par M'A.Heins en ses Vieux Coins de Flandre.

On en rencontre encore ça et là des vestiges dans les vieilles villes, à Diest, et à Nieuport surtout un joli système de bas de façade à meneaux en bois décorés de sculptures. (XVII e siècle).

façades en maçonnerie.

Les caractères les plus saillants des maisons belges, est de s'individualiser en des logis bien distincts par leur présentation sur rue, notamment par l'importance donnée au pignon.

En outre les façades sont fortement ajourées ; elles puisent une lumière abondante par leurs nombreuses croisées, qui, dans certains pignons, laissent à peine subsister entr'elles de véritables trumeaux.

En Brabant et en Flandres, à travers tous les siècles, s'affirme une prédilection pour un motif d'architecture d'un grand effet, qui consiste dans des arcades soulageant le linteau des baies et amortissant le surplomb des étages ; au surplus, le tympan de ces décharges est réservé, en approchant de la Renaissance, à une riche décoration sculptée.

Les maisons de diverses provinces se différencient en raison de la nature des matériaux. Celles de la région wallonne, bâties en grosses pierres, sont massives et trapues, hormis celles de Tournai, remarquables par leur élégance un peu française. Dans le Brabant et les Flandres prédomine une construction plus légère et finement détaillée, dans un menu appareil de pierre blanche, ou en des façades en briques nécessairement un peu plates. La rareté de grandes pierres donne lieu à une architecture délicate, silhouettée, rehaussée de lignes expressives.

Puisque nous passons en ce moment de la construction en bois à la construction en pierre ou en briques, il est opportun de

-signaler un curieux compromis qui se révèle entre les formes de Tune et de l'autre, dans quelques façades de différentes localités.

Le grand gable trilobé qui découpe le triangle du pignon en -charpente a été souvent imité dans les pignons en maçonnerie, surtout dans ceux en briques construits à côté des maisons en pans de bois.

Si originaux et si rationnels que fussent les procédés des maçons de la West-Flandre, le grand cintre trilobé subjugua leur esprit ; il fut adopté çà et là comme motif principal des façades en briques, dessinant sur le pignon comme une large décharge qui abritait l'ensemble des baies. L'exemple le plus typique à Bruges est le pignon principal de l'hôtel Gruuthuse, et le plus remarquable qui existe est le grandiose pignon de la Byloque à Gand, un des plus anciens et le plus riche ouvrage en brique conservé en Flandre, où fut le berceau de toute l'architecture en terre cuite du Nord. Une arcade analogue décore le pignon de la belle maison de M r Biebuyck à Ypres (1544).

Cette transposition des formes n'est pas exclusive à la Flandre. On en voit une semblable encore à Anvers, à une maison du Vieux Marché à la Paille ; Schayes a reproduit pareille ordonnance, qu'offrait l'ancien hôtel de Lierre à MalinesW, et qu'on retrouve au collège des Jésuites. Il en était de même de deux beaux pignons de la Cour Impériale, qui dataient de 1345 ( 2 ).

On trouve quelque chose d'analogue à l'hôtel Van Sestig à Louvain, rue de Namur ; mais là c'est le fenestrage d'une grande verrière qu'on semble avoir imité. 11 en est de même pour l'ancien collège de la Haute-Colline et à la maison La Leye, rue de la Dyle.

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L'ancienne construction en pierre du Limbourg est représentée d'une manière fort intéressante par le refuge de l'abbaye de

(1) Schatbs. Histoire de VArchit. en Belgique, t. IV, p. 95.

(2) V. Album de DR Noter. Quelques vestiges de cette ordonnance subsistent à Malines.

Herckenrode à Hasselt aux trois pignons aigus (*). Les bâtiment» de l'abbaye elle-même ont une grande analogie avec les constructions civiles, et rappellent l'architecture allemande.

Le pignon, si rare en pays liégeois, réapparaît dans le Limbourg.

(1) V. La Belgique illustrée de BruylanT, t. III, p. 3&

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Pignon de la By loque à Ound.

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Au pays wallon les formes saut massives, la pierre intervient comme étoffe plutôt que comme ossature. Les façades se découpent en zones horizontales, sans ligues élancées. Les édifices ont des silhouettes puissantes. Les pignons sont rares, les corniches fort saillantes ; les combles, plutôt déprimés, offrent des croupes et des crupons ; les façades sont plates. Les linteaux puissants, les baies rarement cintrées. A la dernière époque gothique des accolades décorent les linteaux monolithes. L'entréeest souvent précédée du perron longeant la façade.

Liège.

La maison urbaine liégeoise W a les caractères indiquésplus haut pour l'habitation rurale de la contrée : aspect massif.

étoffé, résultant de l'abondance des gros matériaux pierreux ; les soubassements sont puissants, les façades, hormis quelques

(1) Voit le» jolis croquis de MM. Delmotte, Dewandre, Clément et Thone*.

cordons, n'ont aucun relief ; les moulures des baies sont établies en retrait, les meneaux des fenêtres sont épais, les linteaux encore plus, et c'est dans leur épaisseur que la décoration est prise (comme à la ferme de Val-St-Lambert, au château de Elderen, à la brasserie de Flone). Le décor est formé souvent d'une accolade taillée à même le monolithe. A la Renaissance la fenêtre s'entoure d'un chambranle légèrement saillant, avec des moulures qui se retournent dans les meneaux, (maison Porquin, maison du Bourgmestre d'Ans, rue de la Vache, etc ) ; on voit aussi dans les façades de petits panneaux en relief, carrés ronds, losanges, formant des saillies réservées pour la sculpture (maison Curtius, maison rue de la Fragnée, etc.).

Les plans sont ramassés, les toits larges et peu inclinés.

Vu la rigueur climatérique, les cordons larmiers sont multipliés. L'égoût des toits se projette en forte saillie, notamment à Sart près de Spa, à Ferrières, à l'ancienne maison des chanoines de St-Pierre à Liège, etc. En bordure de rue à la façade règne une corniche saillante, ainsi qu'on le voit aux anciennes maisons de la rue d'Avroy, de la place St-Paul, de la rue St-Jean- Baptiste, de la rue Volière, de la rue Ste-Marguerite, du quai de Fragnée, etc.

Les corniches du XV e siècle étaient soutenues par des arcatures redentées, si régulièrement pareilles, qu'on peut les croire fabriquées au pied-courant dans la carrière' 1 ); celles qui ornent le dessus des bastions de Maestricht sont pareilles à celles de la maison Staes, rue Maillard à Liège. Il existe encore une série variée de corniches à crémaillère de briques, ou à rangée de corbeaux portant l'égoût; elles ont fait place au XVII* siècle à une forte moulure à gorge.

Les façades sont dénuées de contreforts, dont les rentrants formeraient des encoignures redoutables au point de vue de la pénétration des eaux; s'il y a des voûtes à contrebouter, c'est à l'intérieur qu'on place les renforts.

Les pignons sont rares, sauf dans les façades en pan de bois.

(1) Selon la remarque de feu Pascal Lohest, auquel je fais quelques emprunts (Conf. donnée à Liège, le 12 aqril 1888).

ont des meneaux solides, munis de bâtées pour les

Maison place Saint-Pierre à Llége.'l)

volets, parfois moulurés et ornés de fortes bases. Au XVII 1 siècle

(1) D'après L. de Fizbnne, dans L'art mosan.

se montrent des linteaux appareillés, parfois légèrement arqués.

Un trait remarquable des maisons liégeoises à la fin de la période gothique réside dans le décor de quelques linteaux comme ceux de l'ancienne maison de Flône : leur épaisseur puissante, leur étoffe surabou liante ont provoqué le ciâeàu du tailleur de pierre, qui les a couverts de fenêtrages aveugles pareils à ceux dont Thuchier du XV e siècle garnissait les panneaux de bois ; un décor analogue se retrouve à Tongres. Ailleurs la moulure rentrante de pied droit se poursuit dans le linteau en forme d'accolade. On voit aussi des fenêtres aux meneaux joliment moulurés et amortis vers le seuil par des bases élégantes, notamment à la maison du Fond de l'Empereur.

Exceptionnellement on voit de hautes fenêtres à six lumières, à deux traverses, comme au logis si pittoresque de l'ancien bourgmestre de Liège, et à la belle maison de la place Saint- Pierre. Ici, l'on voit la jolie corniche à arcatures, qui se poursuit sur le rampant du pignon d'un avant-corps.

Tous ces restes de l'architecture privée à Liège sont postérieurs au sac de la ville en 1468 et à l'incendie qui a dévoré notamment une multitude de maisons de bois. Liège fut en grande partie rebâti au commencement du XVI e siècle d'après les principes traditionnels, sous le gouvernement bienfaisant d'Erard de la Marck, mort en 1558. De cette époque date l'ancien hôtel Fàbribeckers avec sa façade en pierre composée d'une double colonnade. Une colonnade pareille se voit dans la cour de la maison du Mont Saint-Martin, que signale en façade une jolie bretèche gothique (*> ; citons encore le local du bureau de bienfaisance, avec son porche à nervures, la maison du bourgmestre d'Amay, celle du bourgmestre d'Ans, rue de la Vache, le charmant rendez-vous de chasse de Grivegnée, etc. De jolis restes se voient dans la cour Sainte-Claire et dans la cour des Mineurs ( 2 ).

On voit à Theux sur la Grand'Place, un groupe de maisons

(1) V. P. Comblbn, Chronique archéologique du pays de Liège, juin 1907, et Th. Gobert, Les rues de Liège, t. II, p. 385-386.

(2) V. Le Voyageur en Belgique, édité par Benard, à Liège.

jumelles qui dessinent un plan presque carré, abritées sous un seul grand comble à égoût saillant. Nous les reproduisons plus haut p. 13, avec leur plan à terre très simple; les étages sont reliés au fond par un escalier à vis ; la façade est percée de croisées à quatre jours égaux, entre de lourds cordons horizontaux. Une maison semblable, mais plus vaste, existe près de l'église; elle a des rangées de fenêtres à jours multiples, comprenant jusque dix divisions* 1 '.

Le type monumental de l'hôtel liégeois est la maison de Curtius ou du Pagador de Cort, actuellement le Mont-de-piété ( 2 ), qui dresse quai de la Batte sa masse épaisse et sa façade puissante, au bel appareil régulier, assise sur un robuste soubassement. Ses grandes fenêtres à six lumières sont comprises entre des cordons horizontaux.

La même carrure majestueuse se retrouve plus tard dans la maison Porquin, construite en 1570 par Lombard Porcini; c'est un modèle du style wallon de la première Renaissance, comme l'hôtel d'Ansembourg, qui est déjà du XVII e siècle.

Les maisons anciennes des bords de la Meuse à Huy, à Namur, à Dinant, présentent, comme au pays de Liège, une physionomie massive dans l'ensemble comme dans les détails.

Namur a gardé, aux environs de la porte Saint-Nicolas, un vieux coin pittoresque que traverse la ruelle des Tanneries, longeant le ruisseau le Hoyoul, qui coule à ciel ouvert, enjambé çà et là par une passerelle en bois. L'industrie de la préparation des cuirs s'excerce là depuis des siècles en de vétustés bâtiments dont le bas offre encore cette membrure robuste des anciens logis namurois. Un reste remarquable de l'architecture mosane est la façade vers la cour de l'hôtel Marotte (XVI e siècle), en belle pierre de taille; ses croisées ont des linteaux élégis en accolade comme dans maintes maisons liégeoises. L'ancienne Boucherie, qui abrite le musée archéologique de Namur, offre éga-

(1) G. Fobbr, Bulletin des métiers cPart.

(2) V. Van Ysendyck, Documents classés, litt. H, pi. 34.

lement le caractère robuste et les formes typiques du style wallon ; celui-ci s'affirme dans le pittoresque moulin de Sambre, que nous reproduisons en croquis. La Renaissance a laissé sur une façade de la rue duBas de la Place une gracieuse frise dorique aux méthopes sculptées.

Moulin de Sambre à Sanrar.

On rencontre le même style à Chimay, àWalcourt, à Beaumont «t à Thuin.

On trouve encore un beau spécimen du style wallon dans l'ancien refuge de l'abbaye de Lobbes à Thuin, actuellement occupé par le bureau des postes et restauré naguère par M r A. Van Houcke ; il date de 1555 et présente un gros œuvre en briques copieusement étoffé de pierre, et des formes encore toutes gothiques : comble aigu à lucarnes flamandes, lier pignon aux gradins appareillés de pierres sur les flancs et couvert de tablettes bien amorcées, linteaux: puissants (5 tas de briques) élégis en accolades Tudor; cordons larmiers doublées de larges bandeaux reliant les chaînes d'angle. La façade postérieure est analogue à celle de l'hôtel Marotte à Namur (côté intérieur).

Le Hainaut conserve les vestiges d'une prospérité relative au commencement du XVI e siècle aux environs des carrières; la construction des maisons est riche d'appareil et élégante de style, l'arc en accolade se multiplie.

A Beaumont nous voyons s'épanouir une plantureuse sculpture dans les gorges et sur les larmiers fleuronnés d'une petite porte qui a du faire partie d'un riche édifice. Une remarquable taçade de cette petite ville, toute en pierre de taille, présente un étage porté en saillie prononcée sur le rez-de-chaussée, les fenêtres à croisées s'encadrent de moulures à tores croisés aux angles et retombant sur des bases joliment moulurés ; les baies sont abritées sous de puissants arcades surbaissés que supportent de légers et élégants pilastres ; ce sont plutôt des Porte à BoHmont.

montants moulurés, appuyant

leur base sur la saillie d'un soubassement mouluré; il se recourbent vers le haut à la manière de certains jambages de cheminée, pour recevoir la retombée des arcades qui portent l'étage. C'est une disposition très belle que nous retrouvons dans une maison de pierre de la rue d'Havre à Mons.

On voit à Mons quelqes restes de maisons gothiques. La façade du n° 54 de la rue de la Chaussée, celle du n° 13 de la rue du Mont-de-piété, marquée du millésime 1543, offrent des étages en

surplomb sur des décharges trilobées de pur style malinois. L'école communale de la rue des Sarts (n° 1 3) occupe une ancienne maison du XV siècle L'habitation à l'angle de la rue de la Coupe et de

Maison à Beau mont.

la rue de la Chaussée sont de la même époque, et le Blanc Lévrier, Grand'Place, daté de 1530, est encore du style gothi-

que. On voit au n° 46 de la rue des Fripiers une maison datant de 1615, et rue de Nimy, n" 49, une autre de 1647.

Maison rue d'Havre à Mon».

On voyait à Ath, rue Haute, un joli spécimen de la première Renaissance, dans une maison reproduite par SchayesW. Les fenêtres de l'étage sont comprises entre des pilastres et deux cordons horizontaux, et les trumeaux, ainsi que l'allège, sont décorés de figurines sculptées dans des panneaux en losange.

Le Brabant wallon, voisin des carrières de pierre bleue, offre

t de VarehiteehiTt en Belgique, t. TV, p. 34.

le style du Hainaut, témoin la maison du Flambeau à Nivelles, rue de Namur, jadis au pied du rempart. C'était un double logis, comme le montrent ses deux portes au cintre surbaissé coiffé d'un larmier en accolade. Cinq croisées éclairent l'étage, soulagées par de grandes décharges à moulures, qui régnent sous la corniche. Dans un trumeau l'on a ménagé une niche qui contenait quelqu'image pieuse ; le flambeau qu'on y allumait, et qui servait alors de • réverbère », aura valu son nom à cet édifice. Sur la Grand'Place existe une façade gothique dissimulée sous le plâtras. Des constructions de ce style abondaient à Arquennes, à Feluy, aux Ecaussines, et il en est resté du nombreux vestiges.

Tournai.

J'ai décrit dans les Études sur l'art à Tournai les différents types de la maison tournaisienne au temps passé ; M r E. Soil en a repris et creusé l'étude dans un très beau livre comme devrait en posséder chacune de nos vieilles villes t 1 ). Son enquête a porté sur environ 1200 constructions, dont 500 ont été retenues pour son attachant travail. 11 en expose les principales.

L'habitation tournaisienne représente un des spécimens les plus caractérisés de notre architecture privée, et nous en offre les exemples les plus anciens.- Elle est toute empreinte du caractère grave et monumental que donne aux monuments tournaisiens l'emploi de la pierre bleue de son sol, et elle reflète, par

SOn Style élégant, l'influence (rail- Maisons rne Barre Saint-Brice

çaise.

Qui ne connaît les deux pignons romans à quatre logis la rue Barre S'-Brice l B >, ainsi que la célèbre maison dite

(1) E. Soil, V Habitation tournaisienne du XI' au XVffl* siècles. Tournai, Castcrman, 1904, p. 20.

(?) V. Van Yhbndyck. Documents classes, lin M, pi. 48.

Maison rue des Cnirippaiis. Hûpitul de Notre-Dame.

Maison Saint-Piat, me des Ccm^et

S'-Piat, rue des Campeaux, malheureusement défigurée depuis quelques années par son propriétaire.

Elles révèlent et résument les caractères de l'architecture privée à l'époque romane. M. Soil a conservé et publié la vue précieuse de leur contemporaine de la rue S'-Piat ; il y a ajouté celle de la maison de la rue.

de l'Empereur encore conservée. Ces maisons offrent les caractères suivants :

gros œuvre en opus incertum ; façade plate sans ornement ; ordonnance large, dessinant des zones horizontales, séparées- par des cordons horizontaux ; fenêtres espacées, partagées en deux ou trois lumières par des meneaux à colonnettes et soulagées par des décharges Milan» niB s»tnt-pi»t cintrées. Les pignons étaient-ils à rampants continus recouverts par le prolongement de la toiture, ou à gradins comme à la maison de l'Etape do Oand, imitation évidente du type tournaisien ï La question reste a résoudre. V Hôtel du Porc, sur la Grand'Place de Tournai, tel que nous le présente la restitution de M. Soil, est couronné d'un pignon & gradins et flanqué de deux tours à créneaux. Plus tard les rampants continus et appareillés apparaissent au pignon de l'Hôpital de Notre-Dame, (p. 59)

Lo pignon sur rue n'est pas de règle à Tournai ; les maisons romanes de la rue des Campeaux et de la rue Saint Plat, comme bien d'autres à l'époque subséquente, portaient en façade leurs murs gout1*rots.

La maison gothique à laissé de rares représentants à Tournai : elle est encore - à visage de pierre »; l'appareil devient régulier, les parements sont taillés, la façade est plutôt longue, à

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Kalson me des Jésuites.

Maison me Foor Chapitre.

corniche moulurée, à égout saillant. Les fenêtres, toujours géminées, se développent en hauteur. Les types sont rue des Jésuites et rue Four Chapitre.

Au milieu du XIII e siècle apparaît la croisée, divisant le jour de la fenêtre en quatre parties tantôt égales, tantôt inégales, avec l'imposte plus petit. Elle est omise à une belle maison de la rue Four Chapitre ; elle apparaît timide à l'étage seulement de celle de la rue des Jésuites ; l'inégalité de la division s'accuse à l'Hôpital Notre-Dame. Les trumeaux sont maintenant chanfreinés, et les chanfreins sont amortis en cuillère ; le montant rde sa colonnette.

La croisée à montant et traverse chanfreinés, suivant la formule définitive, se montre à l'intéressante maison en pierre blanche, dite du Four Chapitre, qui est entièrement conservée et qui nous offre un rare exemple de la disposition du plan du logis gothique W; cette maison paraît remonter au XV e siècle.

Maison des Templiers nie du Pont,

j classés, litt. M,' pi. 47; l'auteur de

Monsieur Ë. Soil divise les maisons de l'époque espagnole (1521 à 1667) en trois groupes :

1°) les maisons en pierre et bois que nous laisserons de côté pour le moment ; nous en avons parlé p. 28.

2°) celles qui offrent les caractères généraux du style de la renaissance et qui sont représentées par r ancienne maison des Dîmes de Saint Martin (Hôtel de l'Europe, Grand'Place);

3° des maisons d'un type spécial, où se reconnaît le stylebien tournaisien de la renaissance.

Ce qui les caractérise, c'est le mélange et l'alternance de la brique avec une forte étoffe de pierre bleue. Les fenêtres, nombreuses et larges, se serrent les unes contres les autres, et le trumeau se réduit à un pilastre, où la brique alterne avec de gros hourdons ou parpaings en pierre ; les pilastresont parfois la base et le chapiteau classiques ; parfois ils se prolongent à travers l'allège, que traversent - deux cordons larminés; plus tard ils sont interrompus par un entablement classique. Les baies gardent longtemps la croisée en pierre moulurée, avec, souvent, doubles traverses ; au XVIII e siècle, cette croisée est en bois. Les décharges, surbaissées, ont parfois leur tympan façonné en éventail ; çà et là des cartouches sculptés décorent les allèges ; des cordons classiques courent au-dessus et au-dessous des fenêtres traversés par des clefs d'ancre ouvragés ; l'égoût fait une forte saillie sur de beaux modillons en bois.

C'est sans doute du commencement du XVI e siècle qu'il faut dater la curieuse maison gothique si richement étoffée et ornée de la rue de Paris, qui imite en pierre l'architecture brugeoise en briques, et qui semble due à quelque tailleur de pierres tour-

Fenêtre style Eenaissancc à Tournai.

naisien établi à Bruges, qui se serait établi à Tournai après fortune faite.

M r Houtart a pu constater le grand nombre d'hôtels importants qui existaient à Tournai au début du XV e siècle ; il n'en

Vue d'une rue A Tournai.

Maison en bois d'après Bozière,

reste presque plus rien t 1 ). Mais les vestiges des siècles suivants sont assez nombreux.

(2) Annalet de la Soc. Au:, de Tournai, 2° série, t. X, 8* partie, 1006.

Suint- Jacques (1780).

L'abondance des pierres de taille, alternant parfois avec dos briques, la vigueur de l'appareil, le soin de l'exécution, donnent à ces façades un air cossu et presque luxueux, qui trahit la prospérité dont jouit Tournai sous Louis XIII et Louis XIV. Il s'y passa quelque chose de pareil à ce qu'on voit de produire en ce moment à Gand : on y rebâtit des rues entières ; le quartier du Château fut presqu' entièrement renouvelé.

La maison de la rue du Bas-Quartier, ci-derriére, offre la plupart de ces caractères et a le cachet bien wallon.

II en est de même de la maison de la rue S'-Piat (1644) avec son pignon à gradins.

A partir de 1667 commence à se dessiner la période française. Le style local tournaisien se défend de son mieux contre les banales formules classiques, contre les pompeuses ordonnances à la Louis XIV, contre les enjolivements du style Louis XV, pour succomber sous l'envahissement des motifs classiques ; seuls les cordons horizontaux se montrent jusqu'au bout, comme suprême vestige de la tradition locale.

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Maisons brabançonnes.

Maiines- Anvers.

L'époque du pur style gothique ne nous a guère laissé des maisons en Brabant. Parmi les plus anciennes qu'on ait conservées jusqu'à nos jours, on peut citer l'hôtel Col brant, à Lierre. La façade à pignon qui a été incorporée dans le nouvel hôtel des postes, élevé par M r A. Van Houcke, paraît remonter â la fin du XIV e siècle. Cette façade, toute en pierre blanche, offre, sous un pignon coiffé par un gable, deux étages de hautes fenêtres, dont les linteaux s'abritent sous de belles arcades moulurées en tiers-point, au tympan trilobé W.

Les vieilles maisons brabançonnes égayaient les rues par la couleur éclatante de la belle pierre blanc-jaunâtre qui formait leur étoffe, et qui se découpait vivement sur l'appareil de brique, comme nous l'avons indiqué à propos de l'habitation rurale; elles se distinguaient aussi par l'aspect ouvert de leurs façades abondamment ajourées, par quelque chose de joyeux qui rayonnait de leur architecture nerveuse; elles étaient de physionomie expressive, avec les emblèmes polychromes ou dorés et vraiment parlants, qui faisaient partie de leur décor, par leurs pittoresques enseignes pendant à des potences en ferronneries ouvragées, et par leurs noms et leurs devises

Pignons dentelés. — On trouve au XVI e siècle un type brabançon très caractérisé. H est d'une grande élégance, grâce l'appareil menu et soigné de sa maçonnerie et à la délicatesse de sa membrure.

La brique rose s'y mêle gaiement à la pierre blanche, de petit échantillon, qui détache en traits d'un ton clair sur le gros œuvre rose, les cordons horizontaux et les harpes des chaînes d'angle et des pieds droits. Les pignons en pas de moineau sont traversés de cordons, qui font souvent ressaut par le bas pour

(1) V. le relevé publié dans le Bulletin de» métiers d'art, année 1903, p. 290.

échapper les fenêtres. Les croisées, finement moulurées, sont coupées, plus haut que leur milieu, par une traverse d'imposte qui fait saillie en larmier au-dessus des volets fermant les lumières inférieures. (V. la vieille maison près du bassin de Bruxelles, le manoir de Craynhem à Woluwé, le château de Cleydael à Aertselaer, la maison de Jansénius à Louvain, etc. ( l ) et l'ancien hôtel de Chièvres dans de Noter) .

Parfois les étages en ressaut sont portés par de jolies décharges, souvent rehaussés de sculptures, tantôt posant en forte saillie sur des sortes de mâchicoulis comme à la vieille maison rue Ravenstein à Bruxelles, plus souvent sur des colonnettes ou des consoles. Dans le style malinois ces décharges sont jolies, souvent trilobées et rehaussées de fines sculptures.

Le pignon surtout présente en Brabant un caractère spécial, que nous allons faire connaître.

Les pignons se montrent souvent en façade, mais ce n'est pas la règle. On voit rue de Malines, à Louvain, une fort belle maison à façade du XVI* siècle, toute en pierre, sous corniche, remarquable par ses trois étages de croisées disposées par couples, de manière à bien faire sentir la distribution intérieure; les décharges sont noyées et surbaissées ( 2 ).

Le pignon brabançon est à gradins, et quand il est ample, un cordon larmier le recoupe à la base et à mi-hauteur, ressautant souvent sous une fenêtre de milieu pour en éviter la baie.

Mais le caractère le plus saillant consiste en des renforts en forme de pinacles, qui se dressent à la base, au sommet et à mi-hauteur des rampants.

Ce type est nettement accusé dans l'exemple dont le schéma

(1) V. Va.\ Ysbsdyok, Documents clasêés, art. lucarnes, pi. 1. {2) V. Colinbt et Lora.pt, H estes de notre art national, pi. 51.

est ci-contre : c'est un pignon de l'ancien couvent des Cisterciens à Malines, que nous extrayons de Sanderus (Brabantia).

Il est traversé par deux cordons horizontaux; le premier

Schéma du pignon brabançon.

gradin est précédé d'un montant, dont le sépare un créneau, et qui l'affleure ou le dépasse; il constitue un petit pinacle chargeant l'oreille du pignon. Une reprise pareille se voit audessus du second cordon. Il y a là comme une combinaison du motif des gradins avec le motifs de créneaux.

Le même arrangement, à l'exclusion des cordons, se retrouve au pignon principal de l'hôtel de ville de Malines' 1 ). *

On a détruit des centaines de ces pignons à silhouette dentelée. On en retrouve des rangées entières dans de vieux recueils de gravures tels que le Tooneel van Brabant. Citons par exemple

(1) V. le projet de restauration de M r le chanoine Van Caster, dans le Bulletin du Cercle archéologique de Malines, t. XYI.

un pignon du prieuré des Cisterciens 4e Muysse, entre Malines et Vilvorde, qui s'accidente de huit pinacles terminés en turritelles à spirales. C'est à ces montant-pinacles souvent couronnés d'épis en ferronnerie, que les vieilles vues des constructions malinoises doivent la silhouette hérissée d'amortissements élancés et de terminaisons fleuries, si caractéristique et si accusée dans le recueil de de Noter ; les mêmes montants servent souvent de supports à des figurines en bronze ; trois montants semblables, qui surmontaient en rangée la porte de V Arsenal de Malines, rue d'Adeghem, portaient des lions tenant des écus. Il en était exactement de même à l'hôtel de Chièvres, ce qui justifie le couronnement proposé par M r le chan. Van Caster pour la restauration du pignon de l'hôtel de ville de Malines. De nombreux épis surmontaient les dentelures des deux pignons magnifiques de la Cour impériale 1545, (V. de Noter); une statuette terminale, et des clochetons à crochets ornent ceux de la maison Concordia, (fin du XV e siècle) et maints autres; dès le XVI 6 siècle les aquarelles de de Noter nous montrent des globes posés en grand nombre sur la couverture de ces montants et des créneaux.

Rapprochons de ces derniers le remarquable pignon attribué à Keldermans, de la maison dite « Het Lammetje » à Veere en Zélande ( 2 ).

JB

Pinacles posés sur angle.

— Le pinacle des pignons brabançons s'accentue dans les motifs terminaux, où il joue le rôle d'épi.

Les pignons et les lucarnes de Malines, d'Anvers, etc. se couronnent d'un pinacle posé sur angle, de manière à déborder le nu de la façade; la saillie est soutenue par une

(2) V. Van Ysendyck, ouvt. cité, litt. M, pi. 27.

prolonge vers le bas, très caractéristique, arrêtée sur une console. On en voit un joli spécimen rue de l'Eglise à Lierre (*).'

Si nous considérons maintenant le pignon latéral de l'hôtel de ville de Malines ( 2 ), nous trouvons de pareils pinacles posés aux flancs de quelques gradins, savoir au-dessus de l'oreille du pignon et au-dessus du cordon marquant une reprise à mi-hauteur du comble. Ainsi, avec deux gradins ordinaires, droits, alterne un gradin à flancs fuyants, sur prolonge encorbellée.

C'est ce que l'on voit au palais de Marguerite d'Autriche (cour intérieure du palais de Justice), à Y Hôtel de la Grue, Grand'place, à une autre maison du quai de la Dyle à Malines, à la maison Concordia (cimetière de St-Rombaut), maison gothique flanquée d'une belle loggia etc. ( 3 )

La même ordonnance typique distingue le joli pignon de V Hôtel de Barcelone, rue de Diest à Louvain, celui de la rue Beriot, cslui du Pressoir, et la jolie façade dn Mariait du XV" siècle, Grand' place à Louvain (reproduite dans l'ouvrage de M' Lenertz, pi. 5).

On le retrouve à maint pignon anversois, dont l'un, notamment, daté 1580. D'autres exemples abondent dans les anciens dessins.

Maison " Dea Horion „

(1) Dùatmentt d'art monumental de M. Lenbrtz, pi, 6. (ï) Ibid.

(3) Ibid., pi. 24.

(4) Restauration de M' Th. Van Dormsel, d'après le Bull, det mêlien d'art.

Citons encore la Schotsche huis à Veere, la maison des Géants à Tamise, le manoir seigneurial de Braine-le-Chàteau.

Les fenêtres-lucarnes à gradins avec un pinacle greffé dans l'axe du pignon sont une particularité typique des maisons brabançonnes urbaines et rurales. Ce dispositif se maintint jusqu'au XVII* siècle. -Nous en donnons comme exemple, d'après lo croquis de M r Heins, la jolie lucarne d'une maison voisine de l'église de Zwijndrecht près d'Anvers.

Nous devons citer ici une très heureuse interprétation du style flamand brabançon dont nous venons d'exposer les caractères, dans le château élevé par M r J, de Waele à Waesmunster. Le même style a été appliqué d'une manière intéressante, avec les lucarnes précitées, par M' E. Diltiens, à l'Hospice des vieillards de la rue Lotaire à Anvers. Os reprises de traditions régionales doivent être citées avec éloges.

Pinacles tourillons. — Les pinacles brabançons se montrent plus étoffés et plus riches en certains pignons, comme celui de la maison du pape Adrien à Utrecht.

Le pinacle octogonal en briques apparaît à Louvain, à la maison * den Morian », Grand'place, où ils portait des statues dorées t 1 ).

Ces pinacles prennent la forme de tourillons octogones à la Gemeenlands-huys de Delft et dans maints pignons disparus, de Noter (*). Cette variante porte en germe les

(I) Voir A. Vas Houcrb, Bulletin dei méfier» d'art, année 1904, p. 130, (Z) Vah Ysendyck, Document* eXatttt, litl. N., pi. 4.

HAtel de Btuoelone a Lcravain.

superbes pinacles à clochetons de l'hôtel <Jo ville de Middelbourg, de Bruxelles, de Louvain et d'Audenarde.

Nous le retrouverons à la Maison des Bateliers à Gand.

Décharges trilobées. — Il faut remarquer la sveltesse de certaines façades en pierre blanche, construites avec l'excellent grès lédien, percées au rez-de-chaussée de larges et hautes croisées aux meneaux minces, aux trumeaux extrêmement réduits, recevant la retombe des décharges qui portent le surplomb de l'étage; telle est la maison Morian, Grand'Place à Louvain, déjà citée W. Aux minces trumeaux sont greffées des colonnettes dont le chapiteau supporte élégamment la retombée d'arcades surbaissées; un dispositif presqu'identique caractérise une maison gothique de la rue des Boutiques, à MalinesC 2 ).

La façade malinoise de la fin de l'époque gothique brille par un trait d'élégance fantaisiste, savoir de riches décharges finement moulurées, qui amortissent le surplomb des étages et soulagent le linteau des baies. Le recueil de de Noter nous montre ces décharges à l'ancienne brasserie Saint-Georges, rue des Pierres, à la maison de Sacré-Cœur, rue du Poivre, etc.

A la maison de La Grue, Grand'Place, ces décharges portaient sur de gracieuses colonnettes à pendentifs en partie détruits( 3 ) ; il faut noter ici, que les arcades au-dessus du rez-de-chaussée sont seules anciennes; l'étage est totalement défiguré.

Celles de la maison voisine à l'enseigne du Pavillon belge, attribuée à Rombaut Keldermans, sont trilobées et rehaussées de résilles aveugles. On considère aussi comme l'œuvre d'un des Keldermans la très riche façade dite <* goete Lepeleere » , quai au Sel C 4 ), remarquable par trois étages de décharges tribolées, surmontées de résilles aveugles flamboyantes, et l'on attribue à Rombaut, le maître illustre, la maison du Paradis, quai aux Avoines, ainsi nommée à cause de ses curieux bas-reliefs ; elle se dresse justement à côté de la maison en bois dite des Diables (DuivelsgeveiyW , dont nous parlons plus haut. Ici les décharges

(1) V. Lenertz, ouv. cit.

(2) Ibid. pi 46.

l3) V. Van Ysendyck, Documents classés, litt. H, pi. 19, et l'album de de Noter

(4) Ibid., litt. H, pi. 12.

(5) Ibid., litt. P, pi. 14.

Le Pavillon belge | La Grue Goete Lepeleere

Million» Qrand'Place. 9 9 Maison Quai au sel. MALINES.

sont en anse de panier et le larmier se dédouble pour former cet ornement cher aux maîtres malinois du temps, à savoir une moulure dessinant un polygone curviligne à trois sommets fieuromiés. qu'on retrouve de tous côtés sur les monuments civils et religieux. A l'autre côté du Duiveîsgevel est un autre pignon du style traditionnel local, plus récent, au pignon déjà garni d'enroulements. * * *

Rampants courbes. — La Renaissance lutte curieusement avec les traditions médiévales dans les pignons brabançons ; elle a fort à faire, pour attaquer ces frontispices aigus et dentelés, et y introduire des moulures de frontons. Elle commence par intercaler entre les pinacles traditionnels des couronnements cintrés et des rampants en quart de rond se raccordant avec les cordons larmiers, comme on le voit aux curieuses lucarnes et au joli pignon de la maison - Het Hemelrijk »l l ) t rue Notre-Dame à Malines, construite en briques et en pierres à l'aube de la Renaissance, édifice unique en son genre à Malines, et très curieux au point de vue de l'histoire des pignons brabançons. Puis ces rampants en arc de cercle s'infléchiront en tracés festonnes comme à la façade de l'église des Frères Prêcheurs d'Anvers, élevée en 1530 par Dominique de Waghemaker et à la loggia de l'Hôtel de Ville d'Alost»

ou en lignes, sinueuses comme à la maison des Bateliers de Gand, qui est le cîief d'œuvre du genre et qui suivit d'une année l'œuvre des Dominicains d'Anvers.

"Maison het Hemelrijk &

(1) Voir le BuJi. det métier* d'art, 1905, p. 262, et l'album de de Noter.

On peut suivre toute l'évolution du pignon brabançon dans la superbe restitution qu'offrait l'inoubliable Vieil Anvers, créé en 1894 par le talent de M r F. Van Kuyck, et commémoré dans un fort beau recueil d'eaux-fortes! 1 ». Nous y voyons l'austère dentelure du pignon à gradins, avec des cordons décrochés sous le seuil des fenêtres -portes du grenier, à la maison des Trois Rois. Les gradins se hérissent de pinacles à celles de Y Eventail et de Y Empereur romain, et à la maison à gauche du Schepenhuis. Enfin les rampants s'incurvent capricieusement à la maison Sainte- Elisabeth de Hongrie; un type plus sévère et fort beau était la façade voisine de la chapelle, qui figure dans la rue du Marché, p. 40 de l'album du « Vieil Anvers »( 2 ).

L'ordonnance typique de la maison malinoise que nous venons de décrire s'est répandue au loin avec l'influence des Keldermana et des Waghemaker. On la retrouve dans bien des maisons hollandaises, parmi lesquels nous nous bornerons à citer, après la maison du pape Adrien, déjà nommée, le Gemeenlandshuys dei Délit; Le même type se répand vers le Midi jusqu'au pays wallon, témoins deux maisons de la Grand 'Place, à Mons. .

Les façades anversoises des maisons ordinaires offraient des clairevoies à fleur de mur, à l'instar de celles de Gand. On en voit de fort belles séries rue des Rôtisseurs et rue au Fromage; on en rencontrait d'autres jadis rue de laPrison, près du pont aux Anguilles ( 3 ).

Celles que n'a pas influencé la Renaissance sont bien rares; si l'on veut s'en faire une idée, il faut se rappeler ici encore les belles restitutions du style fleuri des maîtres brabançons, conçues par M r Van Kuyck au Vieil-Anvers et heureusement reproduites

(1) L'architecture du Vieil Anvers, Bruxelles, Lejeune-Claesens.

(2) Elle était du style de la maison d'Aix-la-Chapelle, courte rue Neuve.

(3) V. Bruylant, La Belgique illustrée t. 5, p. 441-445.

dans l'album cité plus haut; signalons tout particulièrement la maison des Échevins (*). La maison Plantin est un hôtel trop considérable pour rentrer dans notre modeste programme; néanmoins son architecture est, dans tous ses détails, bien conforme au style domestique régional.

Rappelons ici le précieux ornement que font, aux vieilles maisons des coins de rue d'Anvers, les gracieuses niches à tabernacle où la dévotion populaire entretient fidèlement des luminaires en l'honneur de la Vierge.

Bruxelles.

La physionomie du vieux Bruxelles et son architecture domestique se révèlent dans la vue prise en 1732 du quai au Sel, qui est conservée dans la collection d'Aremberg ( 2 ) ; on y retrouva les traits ordinaires de l'architecture privée brabançonne, telte que nous l'avons définie.

De cette vieille architecture il reste bien peu de spécimens; \e plus complet est l'humble et pittoresque logis de la rue Ravenstein, dont l'étage présente un énorme surplomb, porté par des consoles à ressauts multiples. Il côtoie l'opulent hôtel de Philippe de Clèves,dont il faut citer les deux élégantes loges fermées, en saillie sur la rue Terarken( 3 ). Ici éclate toute la hardiesse de nos

(1) Pour la maison patricienne ou échevinale, M r Van Cuyck s'est inspiré en partie de l'hôtel du XV e siècle, habitation du bourgmestre Arnold Van Liere — hôtel converti aujourd'hui en hôpital militaire et outrageusement badigeonné et délabré — où Charles-Quint descendit avec sa suite et dont Alber Durer disait : u La maison du bourgmestre d'Anvers est vaste et bien ordonnée, avec de grands et beaux salons à l'infini, une cour richement ornée et des jardins fort étendus. En somme, c'est une demeure tellement magnifique que je n'ai jamais rien vu de semblable en Allemagne. „

(2) V. Colinet et Loran, ouv. cité, pi. 9-10.

(3) Van Ysbndyck, Documenta classés, litt. L, pi. 17.

savants appareilleurs du XV* siècle. La forte saillie des décharges semble avoir été fréquente à Brabant; on la retrouve à une façade de là rue des Dominicains à Louvain.

On a malheureusement démoli, pour faire place au palais des Beaux- Arts, une maison de grand caractère, datant de la transition du style gothique à celui de la Renaissance W. Le cachet transitionnel reste empreint dans une jolie façade de la rue d'Or, n° 42 t 2 ).

Au XVII e siècle les maisons de la capitale gardaient plus ou moins les traits traditionnels, qu'on retrouve dans la maison formant le coin du quai aux Briques et du Marché aux Pois ( 3 ). La rue du Marché aux Herbes offre encore un ensemble charmant de pignons évoquant les temps passés.

Mais nous nous garderons d'anticiper ici sur l'histoire de l'évolution des pignons bruxellois, que M r Ch. Buis compte, pensons-nous, présenter au Congrès ( 4 ).

(1) Colinrt et Loran, ouv. cité, pi. 32.

(2) V. L'Emulation, année 1899, p. 9.

(3) Colinrt et Loran, pi. 31.

(4) A l'exemple de ce que les Allemands ont fait pour plusieurs de leurs villes, et les Gantois sur l'indication de feu Julius Vuylsteke, M r Buis a entrepris de faire dresser le cdrtulaire de la GrandTlace de Bauxelles.

Une sous-Commission, composée de MM. C. Buis, Des Marez, J. Cuvelier et G-.Smets a été constituée au sein de la Commission du u Vieux- Bruxelles „. Ces Messieurs se sont chargés d'organiser les travaux préparatoires à la confection des documents.

Malsons flamandes.

Gand.

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Gand, comme plusieurs autres villes, eut quatre sortes d'habitations : d'abord les steen, maisons patriciennes bâties en pierre de Tournai, souvent munies de. créneaux, de tourelles et autres

défenses militaires ; et les hoven, vastes demeures * princières contenues dans une enceinte. Nous ne ferons que les mentionner ici, car elles ont un caractère militaire ou somptueux, qui les exclut de notre programme.

Nous nous bornons à donner deux exemples de steen, Y Utenhovesteen cicontre et le steen de Gérard le Diable; nous renvoyons le lecteur à l'étude de M r A. Heins sur les donjons urbains.

Viennent ensuite les habitations bourgeoises. Ayant traité plus haut des maisons à façade en bois, il nous reste à nous occuper des demeures construites entièrement en maçonnerie.

Gand conserve quelques vestiges de maisons romanes, bâties en pierre de Tournai ; elles sont engagés dans des constructions modernes ayant leur façade Quai.au Blé, marché aux Grains (Borluutsteen) et rue Basse ; ce sont des pignons qui rappellent le vaste pignon de V Etape, quai au Blé, édifice que nous ne citons que pour mémoire, comme étant d'ordre corporatif plutôt que

privé ; il en est de même d'une autre construction archaïque, nommée le Spyker, marché au Foiu, récemment restaurée, ainsi que de la jolie et pittoresque construction dite Torehen (1451),

qui se dresse à l'angle du marché du Vendredi, et qui est un précieux spécimen de la construction privée, sinon domestique, du XV e siècle.

Les pignons romans étaient probablement terminés en gradins ; les gradins de Y Etape paraissent primitifs comme aussi ceux de la façade postérieure du Ryhovesteen, rue Basse, à GandO. Lus façades étaient construites en moellons irréguliers de Tournai {opus încertum) ; elles étaient traversées par de minces cordons entre lesquels s'ouvraient des fenêtres géminées {doornicxsche vensteren, comme on disait à Bruges), dont le jour était divisé par un meneau à colonnettes, et dont le linteau était surmonté d'une arcade de décharge^).

Des maisons du XIII e et du XIV" siècle, qui étaient sans doute

(1) V. Van Ysbndïck, Documents c'auiques et Intent. arcMol,

(2) Voir p. 61, la reproduction de la fenêtre ron:

construites en pierres de Tournai d'appareil régulier, il ne reste plus que des vestiges. Elles offraient une architecture dont peuvent donner une idée la maison gothique moderne de la rue du Bas-Polder, ainsi que certaines parties de nos sieen. Un grand nombre étaient établies au-dessus de vastes caves voûtées, d'un caractère vraiment monumental, qui ont sans doute servi d'ateliers, et dont on trouvera des spécimens dans ^Inventaire archéologique de Gand.

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Les maisons gantoises les plus typiques, au point de vue du style local, sont celles en pierre blanche et en briques, qui se montrent en abondance à partir du XV e siècle.

Parmi ces logis anciens il en est qui échappent à notre étude par leur caractère plutôt monumental. Nous ne pouvons pourtant passer sous silence le ravissant manoir situé à l'angle de la rue Haut-Port et de la rue du Refuge, le hof nommé YAchter- Sikkel, dont on admire rue Basse les deux sveltes pignons à gradins, et, vers le séminaire, le préau entouré d'une galerie à arcades surbaissées, dominée par deux tourelles rondes entre lesquelles s'avance une absidiole en encorbellement. Des croisées aux minces meneaux de pierre blanche percent les murs en briques, ainsi que des fenêtres-lucarnes à gradins, qui dépassent les goutterots. Ici percent les traits de l'architecture flamande et brabançonne, de même que dans les pignons du Zwarte et du Groote Moor, contigus à l'hôtel de Limburg, dont il s'agit ci-dessus.

Considérons enfin les types ordinaires et surtout les façades à pignons. Nous avons dit combien resta vivace l'influence de la charpenterie sur la construction en maçonnerie. Rien ne ressemble plus à l'architecture primitive en bois, que celle des maisons gantoises en pierres et briques du XV e au XVI e siècles. Par une sorte de transposition des formes d'un matériau à un autre, la charpente des façades s'est transformée en une sorte de menuiserie de pierre, là où la maison en bois a perduré longtemps comme à Gand et à Anvers. C'est ce dont on est

frappé à première vue en visitant la merveilleuse place Sainte* Pharallde à Gand, presque entièrement rendue à sa beauté primitive par une restauration d'ensemble, qui fait honneur à M' J.

de Waele ; le même caractère s'affirme dans des maisons voisines, quai au Blé, près du pont aux Pommes.

Les façades en bots offraient, en effet, dos zones horizontales

continues de clairevoies sans trumeaux, tout ajourées, n'ayant d'autres pleins que les montants de la charpente et les croisillons des châssis ; ces zones alternaient, de bas en haut, avec des parties aveugles constituant les allèges de chaque étage, et posées en surplomb sur l'étage inférieur.

Or les façades gantoises en pierre blanche reproduisent bien cette structure générale. Ainsi que d'aucuns l'ont récemment

découvert après que nous l'avions indiqué dès 1893 ( l ), il y

a eu filiation évidente du pan de bois aux murs de pierre.

Ces croisées de pierre blanche, alignées en séries, en rangées horizontales continues, à fleur de mur, sans profondeur, et séparées par des montants plutôt que par des trumeaux, constituent une vraie menuiserie de pierres. A l'instar des pans de bois, les étages surplombent sur le rez-de-chaussée ; la saillie est rachetée dans quelques façades du XV e siècle par un rang de petites arcatures, plus souvent par des arcades, qui servent en même temps de décharge au linteau des fenêtres et portent par des consoles sur les légers trumeaux du rez-de-chaussée. Le pignon est terminé en gradins et parfois les gradins se combinent .avec des pinacles brabançons. Beaucoup de pignons de ce genre se voyaient à Gand, qui ont disparu depuis peu. Il en est de typiques au marché aux Grains et aux environs. L'influence des maîtres de Malines et d'Anvers est manifeste à Gand dans l'art civil comme dans l'art religieux; une grande ressemblance existe entre les pignons anversois et gantois.

Cet art en quelque sorte mixte éclate dans un chef-d'œuvre de premier ordre, le pignon de la maison des Bateliers de Gand, où se réunissent tous les traits caractéristiques de l'art de deux provinces, mais dans une conception d'architecture hautement supérieure. Ce pignon présente la plus gracieuse des combinaisons variées par lesquelles les maîtres brabançons ont essayé de combiner les gradins, les rampants incurvés et les pinacles : tous ces -éléments se raccordent ici et s'assemblent à merveille pour former

(1) V. Les anciennes maisons en Belgique, dans la Reine de Tari chrétien. année 1893, pp. 288 et suivantes.

un ensemble d'une grande consistance et d'une grâce exquise. La façade forme une vaste clairevoie percée à jours, et traversée par des croisillons ; mais les linteaux font place, ici, à des amortissements cintrés d'un caractère plus monumental ; les deux principaux étages sont réunis avec une extrême habileté, en une ordonnance commune, par un système de fines colonnettes qui vont recevoir les arcades maîtresses, et une sculpture fine et délicate, fortement encadrée, ajoute à cette magistrale façade une préciosité presque plateresque; enfin tous les charmes de ce séduisant visage de pierres sont encore rehaussés par l'éclat doré de son teint, dû à l'incomparable couleur de la pierre de Balegem.

L'intérieur des maisons gantoises et brugeoises avait par principal ornement de gracieuses cheminées aux montants moulurés à profil de nervures, recourbées sous le linteau, en une saillie que décoraient souvem une tête d'homme et une tête de femme, parfois même les deux personnages entiers en amusante posture.

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Si nous en revenons aux plus modestes logis gantois, nous y retrouverons quelques-uns des traits précédents. A la différence des maisons wallonnes de la région de l'Est, les croisillons des fenêtres, très légers, coupent le jour en compartiments inégaux; la traverse est souvent placée aux deux tiers de la hauteur. Les baies des portes sont prises dans une travée de croisée; le linteau, posé sur acellons (petits corbeaux), fait suite aux traverses des fenêtres, et l'imposte correspond aux jours supérieurs de celles-ci.

Les combles flamands sont éclairés par des lucarnes en charpentes sut generis, à deux versants avec fronton saillant souvent trilobé. Mais les lucarnes sont rares pour les maisons. La soupente est éclairée à travers des fenêtres percées dans de petits pignons de maçonnerie qui dépassent le mur goutterot en interrompant l'égoût ; ils sont terminés en gradins et s'adossent à un petit comble qui pénètre dans le grand ; c'est ce que nous appelons les fenêtres-lucarnes. La plus" belle série de ces fenêtres se voit à la jolie maison formant le coin de la rue Haute et de la rue de la Caverne (XVI e siècle) .

Le dispositif de la clairevoie gantoise se conserve longtemps, malgré F envahissement des ordres classiques, alors que des' entablements s'interposent entre les étages, des pilastres entre les fenêtres, et que le pignon prend des allures tourmentées. On peut suivre aisément l'évolution.

Gand conserve quelques maisons du XVI* siècle, notamment celle au beau pignon « De Fonteine » place du Lion d'or (1539) et une autre, marché aux Grains, datée de 1575.

A la maison de la rue longue Monnaie {Oude gevels) qui se distingue par les médaillons à figures de rois qui décorent le tympan des décharges, les rampants du pignon sont incurvés, mais de simples cordons persistent entre les rangées des fenêtres; l'encorbellement du premier étage se fait par des consoles modillons. 1 ).

On voit au marché du Vendredi une jolie maison, restaurée il est vrai, qui garde mieux encore les formes traditionnelles, à côté d'une autre, aux formes tourmentées, qui porte le millésime 1675.

Les formes anciennes restent empreintes dans deux façades remarquables, voisines du pont du Laitage, datant de 1669, dont Tune est le symbole construit de l'hospitalité toute parlante en ses six bas-reliefs, qui figurent des œuvres de miséricorde (la 7 e , étant figurée par la maison elle-même, abritant les pèlerins), et celle de l'angle est ornée de sujets chrétiens et païens curieusement associés. A noter au Vieux-Bourg aussi la maison dite de Palfyn ou de la Sirène (XVI e siècle), ornée sous ses décharges de basreliefs curieux ( 2 ) et le Cerf-volant (1669 • ornée des figures de la Foi, l'Espérance et la Charité; d'une lunette émerge un joueur de flûte. Peut-on mettre dans l'architecture plus naïve poésie?

Les caractères primitifs s'atténuent dans le pignon du quai des Chaudronniers, daté de 1666. Parmi les façades disparues, M r A. Heins a relevé l'un des plus typiques, la Lange Munte, démolie en 1839 (3).

(1) Le rez-de-chaussée a été remanié au XVIII e siècle.

(2) V. Inventaire archéologique de Gand.

(3) A. Heins, Ancienne Flandre, pi. 17.

Au XVII" siècle on abandonne progressivement les croisées en séries, en pierre amenuisée ; les fenêtres s'espacent et sont séparées

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par des trumeaux comme à la maison du Paon, rue Haute, et dans l'imposant pignon à gradins de la maison des Mesureurs de Grains, quai aux Herbes, à cinq étages, véritable type de l'habi-

Maison des Mesureurs de grain.

Quai aux Herbes, é. Gand.

tation flamande du XVII 8 siècle (1673) Oî, dont la restauration est projetée, et au Petit château d'Emmaùs, si pittoresque et remarquable par ses imbrications en briques entaillées ( 8 ). La maison du quai des Chaudronniers représentant en bas-relief les Quatre Couronnes date de 1666.

Au XVIII* siècle il ne reste plus rien des formes traditionnelles, témoin la maison des Bateliers non Francs (?) ou celle des Mesureurs de Toile (1771)< 4 >.

Après les maisons à façade tout ajourée de clairevoies, on peut citer par opposition les humbles maisonnettes, dont on voit encore çà et là un spécimen (rue du Perroquet, quai St-Antoine, quai de la Grue, etc.), et qui formaient jadis la grande masse des logis gantois, surtout dans les faubourgs Us allongeaient à front de rue leur mur long et très bas, percés de deux croisées et d'une porte atteignant presque l'égoùt d'un grand toit couvert de tuiles plates. Les chambres ménagées dans la soupente étaient éclairées par la profonde pénétration de hautes fenêtres-lucarnes à pignon.

(1) V. V. ViNDBR Haeohen, Inventaire Archéol , :

(S) V. P. Bkrqmans, n« 262, ibid. n figure déjà sur

(3) V. ibid., u" 89.

(4) P. ClàRYS, ibid., n" 337.

e vue de Gaud de 1534

On voit à Gand, rue Haut-Port, plusieurs pignons dentelés à la manière brabançonne ; ce sont notamment la maison des Orfèvres (XV siècle), et rue Haut-Port, De Swarte Moor et De Oroote Moor, deux façades voisines presque identiques, en pierre blanche de Balegem, d'un grand caractère dans la fermeté du leur lignes hardies, et de leurs formes carrément découpées. Elles sont du commencement du XVI* siècle' 1 ) ou de la fin du XV.

Du reste, au XVI e siècle se manifeste à Gand l'influence des Keldermans et des Waghemaker, les architectes de l'aile gothique de l'hôtel de ville, lesquels pourraient bien avoir collaboré à l'érection des nefs des églises de St-Bavon et de St-Michel, proches parentes de leur contemporaines anversoises.

L'esprit brabançon se montre avec éclat dans le belle œuvre de Christophe Vanden Berghe, à savoir le pignoa triomphal (ainsi l'a appelé Taine) de la maison des « Francs Bateliers » , élevé en 1531. Ici apparaissent lesplus brillants spécimens de ces sveltes et jolis pinacles interrompant, comme aux Dominicains d'Anvers, œuvre de D. de Waghemaker, les lignes sinueuses des rampants infléchis, qui s'élancent en trois bonds, d'étage en étage, par des courbes gracieuses qui se raccordent aux larmiers horizontaux. Ce pignon couronne dignement la plus merveilleuse des façades, ornée d'une plantureuse sculpture taillée dans la pierre dorée de Balegem. Il serait injuste d'oublier ici M' E. Mortier, l'habile restaurateur de ce joyau.

(1) V. E. Laquet, Fiche archéologique, G s

Cette façade avait sa rivale comme richesse, mais apparemment d'un art bien inférieur, dans l'ancienne maison des Maçons, qui s'élevait rue Catalogne, et dont un dessin de Goetghebuer nous a gardé le souvenir.

Les maisons de Gand n'ont rien gardé de ces savoureuses sculptures en arabesques, qui décorent ailleurs les maisons de la première renaissance et dont M r Heins a reproduit un spécimenW; ces décorations tapissantes et fines semblent avoir été inconnues dans cette ville.

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Parmi les types spéciaux d'habitations anciennes, la Flandre en offre un particulièrement intéressant, à savoir celui des Béguinages. Rien de plus original et de plus pittoresque que ces agglomérations de logis indépendants, mais étroitement soudés ensemble, avec leurs rues bordées d'habitations proprettes à pignons de briques rouges, précédées d'un jardinet emmuraillô avec une niche de saint sur la porte. Cela respire le recueillement pieux sous la règle monastique, en même temps que la vie indépendante dans le for intérieur. On y sent l'aisance, le calme, une certaine liberté, en même temps que la dévotion et l'obéissance à une règle commune.

Or, c'est à Gand qu'on trouve le modèle des béguinages. Le Grand-Béguinage, déplorablement désaffecté depuis 1872, vide de béguines, a laissé à tout le quartier son allure savoureusement pittoresque; le Petit est conservé corps et âme, comme s'il n'avait point, depuis trois siècles, participé à la marche du temps.

Audenarde conserve à l'ombre de son splendide hôtel de ville quelques beaux restes de l'architecture privée du moyen-âge et de

(1) V. un meneau de fenêtre, Fiche archéologique, n° 302. Il est à remarquer toutefois que cet ouvrage provient probablement de Malines.

la Renaissance, notamment une longue bâtisse en pierre blanche r du XVI e siècle, voisine de la * tour Baudouin » , percée de grande» "croisées, celles de l'étage surplombant celles du rez-de-chaussée à l'aide de décharges sur colonnettes, et couronnées de fenêtreslucarnes à gradins au pied d'un vaste comble qu'arrêtent deux pignons terminés en pas de moineau; tout cela rappelle les façades gantoises d'inspiration brabançonne A côté de l'imposante façade en style Louis XIV de l'hôtel de la Châtellenie, occupé par le collège épiscopal, récemment restauré et agrandi, on en voit une autre plus ancienne, analogue à la précédente, malheureusement privée de ses croisées et plus avancée de style : la retombée des décharges sur les trumeaux du rez-de-chaussée se fait par desconsoles-modiilons .

On voit rue Puits aux Cigales (quel gracieux nom!), côte à côte, deux façades du XVI e siècle à pignons; l'une, d'allure gothique, l'autre mâtinée de Renaissance ; la première se termine en gradins, la seconde, par des rampants incurvés alternativement concaves et convexes ; la première soulage son surplomb sur des colonnettes, la seconde sur des modillons : une autre, analogue à la seconde, mais avec des rampants à deux étages de S (et fortement restaurée), se voit rue de la Liberté.

Bruges

L'auteur des Délices des Pays-Bas vante la beauté des maisons brugeoises, bâties autrement que celles des autres villes : « les toits n'avancent pas sur les rues, les murs les dépassent et font paraître les maisons comme autant de tours à créneaux » (*). Gramaye constate aussi la rareté relative à Bruges des façades

(1) Gramaye» Bruges, part. VII, ch XIV.

en bois, devant le magnifique développement de l'architecture en briques; il pensait, en écrivant, à ces somptueuses maisons hanséatiques, les hôtels des Orientaux, des Castillans, des Florentins, des Espagnols, qui dressaient leurs murs plats et crénelés comme des donjons. Il avait saisi Tune des caractéristiques des logis brugeois, le créneau, conséquence directe et presque fatale de l'exclusif emploi de la brique pour le gros œuvre.

Schéma des pignons à gradins.

A Bruges triomphe l'architecture en briques : elle y est plus belle que dans nul autre pays.

Il y a deux modes de construction rationnelle des pignons en briques : par rampants continus, à l'aide d'épis, ou en pas de moineau. Le second est le plus simple et non le moins joli. Il a prévalu de tout temps, depuis les Assyriens, qui crénelaient les murs de leurs palais. En Espagne, en Languedoc, dans l'Allemagne du Nord, comme en Brabant, et en Flandre surtout, on a donné la préférence aux créneaux et aux gradins (types 1 et 2 du schéma), sur les couronnements horizontaux des murs et sur les couvertures-rampants des pignons. En Allemagne ont prévalu les groupes étages de hauts pinacles rangés (type 4); en

Brabant (type 3), les pinacles courts alternent avec des gradins ; on

Maison roe Saint- Arnaud & Brngaa (i).

Flandre prévalent les simples créneaux et les simples gradins dits espagnols. A Bruges, on voit même des façades adossées

(1) Cliché extrait de L'art des façnàu à Bntgtt par le Chan. A. Ddclos dessin de l'architecte M r H. Hostk.

à l'about d'un comble à deux versants se terminer en créneaux (v. maisons rue St-Amand et Café de la Civière d'Or); mais

généralement les merlons et créneaux sont réversés par les murs goutterais.

Les façades en bois n'étaient toutefois pas inconnues ; elles ont existé à côté des façades en briques. Aussi les rampants continus couverts de tablettes en pierres se rencontrent-ils d'abord; ils se montrent jusque vers 1530, selon M r le chan. Duclos, l'auteur de l'Art des façades à Bruges (*). Il nous apprend que le plus ancien pignon à gradins se conserve rue de Cordoue (maison de Stuer, 1518). Mais les documents graphiques attestent, que les gradins remontaient jusque vers 1430. Ils sont généralement établis à raison de deux retraits environ par travée de fenêtre, et ils n'ont qu'une brique d'épaisseur.

Mais la maison brugeoise présente une particularité plus originale et plus importante que ses gradin, un dispositif qui en fait l'archétype de la construction en briques, et a fourni à l'art moderne une de ses plus fécondes applications traditionnelles, grâce à l'initiative du baron Béthune On ne l'a peut-être pas assez compris jusqu'ici.

Dans la Flandre occidentale tout entière s'est développée de bonne heure, comme dans le Nord de l'Allemagne, une architecture civile et religieuse en briques, rationnelle, économique et gracieuse, parfaitement appropriée à la technique de la terre cuite. Les constructions brugeoises de la première époque sont caractérisées par des travées de fenêtres superposées dans un retrait vertical du mur de face, de manière à laisser entr' elles des massifs, trumeaux montants, sortes de piles destinées à recevoir les charges des étages ; c'est tout l'opposé de l'ordonnance des pans de bois, qui procèdent par zones horizontales.

Il est de règle, au moyen-âge, que les baies soient ébrasées ; elles le sont ici de manière aisée, par le moyen de moulures ou plutôt de simples chanfreins donnés à la brique au moulage ; l'ébrasement est d'autant plus efficace, que les jours sont ouverts dans une paroi établie en retraite sur le nu général du mur,

(1) Grand in-4°, 60 pp. XVII pi et 40 photogr. Bruges, Vande Vyvere, 1902, prix 7 fr. — Etude fouillée, détaillée, d'une extrême précision. Tous les vestiges d'art domestique sont inventories et classés dans le précédent ouvrage (Y. Revue de Vart chrétien, an. 19 2).

retraite encadrée d'une seconde saillie chanfreinée ; celle-ci traverse les étages, et s'amortit tout en haut en une décharge

cintrée, qui couronne chaque travée verticale de baies.

Simple à l'origine, celle-ci se dédouble bientôt en deux arceaux aveugles s'appuyant sur une console au droit du meneau médian

(1) Cliché extrait de L'art des façadu à Bruges, par M' Duclos, dessin de ) "architecte M r H. Hostk.

de la fenêtre (*). Plus tard le tympan de l'arcade se garnit de fenestrages aveugles trilobés (* 2 ) et plus complexes, exécutés en briques taillées avec une habilité remarquable. Les maçons préparaient d'avance, durant le chômage de l'hiver, ces lobes rayonnants et flamboyants destinés à former la riche parure des façades. C'est Jean Van de Poêle, qui paraît avoir pratiqué le premier cette innovation, à l'Hôtel des Orientaux (1478). Ce genre de décor, traité par les maçons brugeois avec une véritable virtuosité, fleurit vers 1500 et disparaît vers 1520.

Le système de travées montantes de fenêtres comprises sous une seule décharge se voit notamment à un triple logis de la rue de Jérusalem, dont la façade réalise l'ensemble le plus complet à Bruges ( 3 ). On le trouve appliqué exceptionnellement à une façade privée, celle de l'ancienne maison du Tonlieu en 1470, à la maison « den grooten Mortier »,quai Spinola,et à celle nommée « de Munte » , rue Flamande. C'est ce système essentiellement rationnel, qui transforme les espaces entre les fenêtres en véritables piles appelées à supporter les charges internes, qui favorise par l'ébrasement l'entrée de la lumière, et qui marque vivement sur la façade les lignes maîtresses par les saillies ingénieuses et délicates de la brique. Aussi faut-il louer hautement M e Jean Béthune et son école de l'avoir remis en honneur dans la construction moderne.

Tel est le type primordial de la construction brugeoise. Les façades, dans leur ensemble, offrent trois dispositifs pincipeaux : le grand pignon trilobé imité du gable de bois ; les murs goutterots crénelés, à lucarnes maçonnées, avec pignon latéral ; la bâtisse carrée en forme de donjon. Ce fut le type des maisons de la Hanse, hôtel des Castillans, des Génois, des Florentins, etc.

(1) Maison des Maréchaux.

(2) Maison place VanEyck, maison rue des Halles, 8 (1570).

(3) V. Van Ysendyck, Documents classés, litt. M. pi. 3.

M nie on de» Cordonniers, rue des Pierres (']-

Au début du XV* siècle s'accentuent la prédominance des lignes verticales, la superposition des fenêtres dans des travées en retraite, entre deux chanfreins réunis par le cintre terminal.

(1) Cliché extrait de L'art dt* façade» à Brvgtt, par M r le Chan. A. Doclos, dessin de M r l'architecte H. Hoste.

Le système se dédouble vers 1500. Comme pour réaliser une idée d'unité, les maçons d'alors imaginèrent de réunir deux travées sous une arcade; appliquée à un pignon, celle-ci enveloppe la fenêtre unique du grenier, et le retrait chanfreiné dessine des deux côtés une contrecourbure. On peut voir ce dispositif caractéristique aux maisons de la rue Ste-Anne, de la Grand'Place, à la maison voisine de Tonlieu, etc. W. Le trumeau médian ne reçoit désormais plus rien et meurt dans le vide, ordinairement amorti par un triple gradin (V. maisons rue Flamande, rue St. Amand, Place Memling, marché au Fil, Café de la Civière, rue des Tonneliers, Grand'Place, etc.), exceptionnellement terminé en cœur (V. p. 89).

Ce système, inauguré en 1520 par Jean de la Marck( 2 ) au pignon du bureau de l'Etat civil, marque la décadence tout en accentuant le caractère hardi et élégant du style brugeois, qui tire de la brique le parti le plus imprévu. Cette ligne sinueuse se repète aux deux étages du pignon du Franc, qui date de 1532.

Aux exemples précédents il faut encore ajouter le pignon de la maison de St-Sébastien (1573), où la travée médiane se termine curieusement en demi cercles, et la maison de la rue de l'Eeckhout, bâtie vers 1580, où Ton remarque une certaine décadence.

Parfois le trumeau médian, au lieu de s'amortir, interrompt la sinuosité, comme on le voit à la maison des Cordonniers, rue des Pierres (1527), et à des pignons rue Pourbus, marché au Fil, rue des Tonneliers, etc.

Nous avons dit plus haut, que la construction brugeoise en briques n'a pas entièrement échappé à l'obsession de la charpenterie, et que le grand cintre trilobé, souvenir du gable en bois, se montre notamment à l'hôtel Gruuthuse.

(1) V. Van Ysbndyck, Documents classés, litt. M, pi. 2.

(2) Chan. Duclos, ouvr. cité.

Nous sommes ici en présence d'un cas de transposition d

Maison de la nie de l'Ane aveugle (').

formes, qu'il serait peut-être rigoureux de condamner, en ce sens qu'on peut y voir une forme décorative réalisée selon la caractéristique de la brique.

(1) V. VAN YSENDYCK, Documents classes, lîtt. M, pi. 88.

A partir du XVI* siècle la façade brugeoise subit une évolution. La superposition des étages se traduit par la division en zones horizontales, où les fenêtres se rangent à distance, comme on le voit notamment à la jolie maison de la ruo des Poissonniers, del'Aneaveugle [1570)0) (V. p. 95) et à celle encore toute gothique du coin de la rue St- Jacques

A yi v la Renaissance la division deviendra plus radicale par la présence de cordons larmiers courant entre les étages, comme à la maison des Trois Cygnes et à la maison de la rue du Fil( 8 '.

A présent les fenêstrages font place, sous la décharge, à des bas-reliefs en pierre ( 3 ), comme à la maison du coin au parvis de Saint-Sauveur. Bientôt interviendront des motifs plus classiques dans la façadu brugeoise, et, comme la gantoise et les autres, elle perdra graduellement son caractère autochtone.

M utoo des Trois (.'Jkoss à Hra^s.

(1) V. COLINBT elLQRAN. Rates de notre art nationale, pi. 79.

(2) Id rec. cité, p. 13.

(3; Ibid , pi 40.

Finalement les décharges seront surbaissée et noyées comme dans la façade de la rue aux Loups, si bien restaurée par feu De WulfW, dont l'exposition gantoise exhibe d'intéressants dessins, grâce à la gracieuse obligeance de M me V e De Wulf .

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Tpres, Furnes et Nieuport.

Le type brugeois a suscité des imitations isolées, même lointaines, notamment à Damme, à Roulers, à Saint-Omer et à Béthune, ainsi qu'à Tournai, dans la façade en pierre de taille de la rue de Paris ; il ne faut y voir, malgré la richesse de cette construction cossue, qu'une médiocre copie de formes peu propres aux matériaux mis en œuvres ( 2 ) (V. p. 56).

Une meilleure application du style brugeois se voit à une importante façade en briques de la pittoresque Grand'-Place de Furnes, marquée du millésime 1 624 ; elle offre quatre travées montantes, aux sveltes trumeaux, réunies dans un vaste pignon à gradins, sous une décharge sinueuse. Le Pavillon des Officiers présente aussi un exemple systématique de la grande travée verticale.

Vers le littoral, à Ypres, à Furnes, à Nieuport, à Poperinghe, domine le ton jaunâtre de la brique locale, et les rues en reçoivent une physionomie plus mélancolique, ce qui ne fait que mieux ressortir la finesse élégante des lignes et des détails amoureusement ouvrés.

Parmi les maisons d'Ypres, les unes, en briques roses, sont pimpantes et gaies; d'autres, en briques jaune-gris, rachètent leur tonalité plus terne par la nervosité de leurs nombreuses

(1) V. L'Emulation, année 1900.

(2) La ville de Bruges elle-même a quelques façades en pierres du style de la briques, notamment l'hôtel de Tonlieu, la maison de la rue d'Argent.

saillies et retraites, et surtout par le piquant du décor de leurs décharges.

Ce qui caractérise les façades en briques qui alignent leurs pignons mouvementés dans les rues pittoresques de cette ville, c'est la prédominance de la division par étages ; c'est ensuite le profil mouluré qui est donné aux briques à la place du simple chanfrein ; c'est encore le tracé des cintres surbaissés des décharges en anse de panier W. C'est surtout l'importance donnée aux fenêtres qui percent le triangle du pignon pour éclairer le comble, ainsi qu'on le voit à l'ancien Hôtel de GandC 2 ) (rue des Chiens) restauré et occupé par M r le D r Dierickx, à la façade gothique de la rue d'Elverdinghe n° 33, à la façade de la « Fondation Lamotte », à une maison rue de Lille n° 106; à l'Hôtel de Gand, les décharges sont encadrées de larmiers cintrés.

A la renaissance, la fenêtre du grenier embrasse presque tout le pignon. Elle perd ses croisillons, elle s'accoste de pilastres, de gaines, d'amortissements enroulés ; elle est surmontée régulièrement d'une décharge en plein cintre, dont le tympan est garni d'une coquille ; cette décharge est elle même surmontée d'un fronton courbé. La coquille est admirablement façonnée en relief, à l'aide de briques taillées avec une angélique patience.

Ces fenêtres appelées tabernacles, apparaissent non seulement dans les pignons, mais encore aux lucarnes maçonnées qui dépassent le mur goutterot, comme à la Conciergerie. Nous citerons, comme exemples des pignons à tabernacle, la maison des Corporations, marché au Foin, la maison des Bateliers, Marché au Bétail, une maison du marché au Bois, un petit pignon contigu au Musée, deux autres contigus à la Conciergerie et datant de 1633, etc., et celui du marché au Bois, la maison « Au Jardin public » (1675).

(1) Voir maison dite Au Jardin publie, maisons du vieux marché au Bois n° 30, n° 47. maisons voisines de l'Hospice Belle rue de Lille, maison rue de Boesinghe n° 2. Voir Van Yzbndyck, ouvr. cité, pi. 39.

(?) V. Van Tsbndtck, Documents classés, litt. M, pi. 41.

La plus riche des façades d'Ypres est sans contredit celle de la

maison Biebuyck (1544) marché au Bétail, mais c'est un type étranger à Ypres et d'influence brugeoise.

Une aulre maison du quai au Bétail offre une allure originale avec ses baies ajourées et aveugles, d'un style flamboyant qui rappelle la partie supérieure du double pignon de la Boucherie. On en voit deux rue de Lille, près de l'Hospice Belle, qui sont en briques de deux couleurs joliment imbriquées W.

Marché au Bétail on remarque le groupe de trois anciennes

(1) V»n Ysendvcr, ouvr. cité, pi. 7.

maisons de corporations vraiment typique; Tune est gothique ayec des trilobés et des flammes sous les décharges; une autre, marquée du cachet de la Renaissance, avec un entablement à la base du pignon; une troisième, portant l'emblème des Bateliers.

L'hôtel dont M. Merghelinck a fait un très riche musée d'art, est un très intéressant type local du style LouisXVW.

La Grand'Place de Furnes (2 ) offre une série de pignons délicatement ouvrés, à décharges moulurées, à fenêtres à tabernacle ; la plus jolie façade au genre est celle de la droguerie du Cerf, marquée par ses ancrages au millésime 1706. L'hôtel de ville lui-même a de jolies fenêtres de l'espèce, ainsi quo des maisons voisines du Palais de Justice et l'hôtel de la Noble Rose.

La contrée est très riche en clefs d'ancres très ouvragés.

A Nieuport l'hôtel de YEspérance présente deux grands pignons à gradins, avec des fenêtres aux tympans ornés de jolis reliefs en briques. Au n° 85 de la rue Longue se trouvent deux pignons typiques, portant les millésimes 1623-1629, Dans tous ces pignons s'étale la savoureuse fenêtre à tabernacle avec l'écaillé.

La maison dite d'Albert et d'Isabelle ou Dunnenhuis a une fenêtre lucarne à ailerons, indicatrice de la renaissance, en même temps que des vestiges du XV e siècle.

Il nous reste à insister sur l'art exquis, qu'ont déployé les maçons flamands dans l'emploi décoratif de la brique. Lés fenêtres à tabernacles d'Ypres et de Furnes, dont nous venons de parler, sont dès merveilles à cet égard, de même que les fenestrages aveugles si variés qui garnissent le tympan des décharges à Bruges, à Ypres et à Furnes. Le double pignon de l'Hôtel de Gand à Ypres,

(1) Il fut bâti environ 1775 par l'architecte HUois Th.-Pr. Gombert, et décoré par différents artistes lillois, notamment par le sculpteur A.-J* Deledicque.

(2) Van Ysendyck, ouvr. cité. Lucarnes, pi. 2*

Maisons des Hospices.

Dnnnenhois k Sieapot-

offre des gradins en briques profilés en consoles avec la même pureté que des pierres taillées, et ils sont terminés par des pinacles spiriformes tournés avec une habilité rare.

Les Flamands ont fait aussi quantité de souches de cheminées rondes, garnies de cannelures en hélice; on en voit à Bruges et Ton en conserve un spécimen au Musée lapidaire de Gand, provenant de l'ancienne maison Vydt, rue des Régnesses. Des chefs-d'œuvres dans ce genre, sont les gracieux pinacles qui garnissent le triple pignon qui se dresse le long du canal du Franc à Bruges, et ils sont encore surpassés en délicate élégance par une bretèche, datant de 1514, qu'on voit rue Flamande en saillie sur le canal C 1 ).

Les fenestrages en briques du pignon de la rue de Namur à Louvain sont également remarquables et dignes des Flandres( 2 )..

Courtrai.

M. le baron Jos. Béthune, avec MM. de Geyne et Goethals, a noté pas moins de 170 constructions courtraisiens anciennes. Si Ton compare les anciennes façades aux pignons de Bruges et de Gand, on y trouve peu de similitudes, certaines analogies seulement avec celles d' Ypres. Rapprochées de celles de Lille^ de Tournai, elles offrent une différence plus sensible. Ainsi donc chaque ville a bien son cachet du terroir, et c'est ce qui rend l'étude de ces modestes constructions plus intéressante.

Malheureusement les plus anciennes ne remontent qu'à la fin du XVI e siècles. Il faut noter surtout l'annexe de la brasserie Tack, bien conservée avec ses croisillons et les barreaux de ses fenêtres couronnées par un linteau, abritées sous des décharges qui sont en cintre brisé au rez-de-chaussée, en anse de panier à l'étage. Les suivantes montrent un passage progressif au style

(1) V. Van Ysendyck, Documents classés, litt. L, pi. 12.

(2) ld., ibid., litt. M, pi. 20.

de la renaissance; elles sont à pignon en briques, en pas de moineau, avec larges et profondes fenêtres à cintre et en arc déprimé, surmonté d'une moulure larmier; l'encadrement dst bordé d'une légère chaîne en pierre.

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Renaissance.

Ce n'est que vers la fin du XVI e siècle, que les pignons à gradins se transforment en frontons, plus souvent, cintrés que triangulaires, et que Ton supprime les meneaux de pierre qui divisaient les fenêtres en croix.

Une chose intéressante à observer, c'est l'habileté avec laquelle les architectes de la renaissance ont greûé les ordonnances classiques : colonnes, entablements, modillons et cartouches, sur la structure médiévale des façades belges. Il y a ici une transition douce et une évolution continue qui rapelle celle des palais vénitiens. De même que l'ossature légère des pans de bois avait été transformée, avec le minimum de changement, en une hardie construction en pierre à piles et arcades appareillées, de même ils changèrent très adroitement celle-ci en une maçonnerie d'assemblage de montants et de platebandes, sans altérer la distribution des jours ni la proportion générale. Il y a là une continuité bien remarquable à travers trois genres de structures appliqués au même canevas. On peut étudier ces trois stades à Malines mieux qu'ailleurs, en comparant, par exemple, trois façades bien conservées : celle des Dutvels (V. plus haut, p. 67), quai aux Avoines, le chef-d'œuvre de nos constructions en bois, celle du Pavillon belge (V. ibid.), Grand'Place, attribuée au grand maître Rombaut Keldermans, et celle des Bateliers, dite du Saumon, quai au Sel, l'un des monuments de la première Renaissance, ce merveilleux morceau attribué à Jean Borremans de Bruxelles.

La première façade 0) offre une ossature d'ui prême, découpée en bandes horizontales qui sont alternativement des clairevoifs vitrées et des allèges garnies de bardeaux ; les étages offrent des saillies soutenues par des goussets; le pignon s'abrite sous un gable saillant

Dans la seconde M les montants sont des piliers légers en pierre blanche, appareillés, mais d'une légèreté hardie ; les croisillons en bois font place à une menuiserie de pierre presque identique ; les encorbellements, réels ou simulés, sont portés sur des arcades de décharges ; le pignon est appareillé et dentelé. La distribution des fenêtres est identique ; à peine la membrure est-elle alourdie.

Dans la troisième enfin ( a )

rien n'est changé encore à

l'ordonnance des baies,

mais la Renaissance a in-

Maison des Bateliers dite du saumon. sinué des entablements dans

toutes les zones pleines

qu'occupaient les décharges ; encore celles-ci sont-elles maintenues

en partie, mais déformées. Les piliers- trumeaux sont remplacés

par des colonnes engagées, et les surplombs sont rachetés par

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(1) V, V»n Ysbndyck., œuvre cité, litt. M, pi. 14.

(2) tbid., litt. M, pi. 19.

(3) Ibid., litt. M, pi. 60.

de la grande Arbalète ik Anvers,

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