Le Peuple f page
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devait plus tard, dans ses livres, rendre la vie aux cendres du passé et donner une âme et un cœur à la nature entière, s'éveillait en lui le premier. « Jamais, dit-il, je n'ai tant voyagé d'imagination que pendant que j'étais immobile à cette casse... Très solitaire et très libre, j'étais tout imaginatif. » Il ne pouvait suivre d'instruction régulière; le matin, avant le travail, il recevait quelques' leçons de lecture d'un vieux libraire, ancien maître d'école, « homme de mœurs antiques, ardent révolutionnaire ».
Il apprit de lui, sans doute, à admirer et presque à adorer la Révolution, qui depuis fut toujours à ses yeux la plus grande manifestation de la France dans Thistoire et comme la révélation de la justice. Deux ou trois livres faisaient sa seule lecture. L'un d'eux produisit en lui une impression extraordinaire, éveilla le sentiment religieux, la foi en Dieu et en l'immortalité qui, à travers toutes les variations de sa pensée, devait se manifester dans toutes ses œuvres et persister jusqu'à son dernier soupir. C'était VTmitation de Jésus-Christ :
« Je n'avais encore aucune idée religieuse... Et voilà qu(î dans ces pages j'aperçois tout à coup, au bout de ce triste monde, la délivrance
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de la noort, l'autre vie et l'espérance. La religion reçue ainsi, sans intermédiaire humain, fut très forte en moi. Comment dire l'état de rêve où me jetèrent ces premières paroles de V Imitation? Je nu lisais pas, j'entendais... comme si cette voix douce et paternelle se fût adressée à moi-môme. Je vois encore la grande chambre froide et démeublée; elle me parut vraiment éclairée d'une lueur mystérieuse...
Je ne pus aller bien loin dans ce livre, ne comprenant pas le Christ, mais je sentis Dieu. »
En même temps s'éveillait en lui l'amour de l'histoire et le sentiment de sa vocation future.
« Ma plus forte impression, continue-t-il, après celle-là, c'est le musée des monuments français... C'est là, nulle autre part, que j'ai reçu d'abord la vive impression de l'histoire Je remplissais ces tombeaux de mon imagination, je sentais ces morts à travers les marbres, et ce n'était pas sans quelque terreur que j'entrais sous les voûtes basses où dormaient Dagohert, Chilpéric et Frédégonde *. »