XII PRÉFACE
Tart et de la conjecture. Renan, qui s'est montré, hii aussi, dans son œuvre historique, un créate>ar^ un peintre d'une merveille puissanoe, me paraît surtout graad pour a^voir, avec une péné(ra*ion et wne sincérité sans égales, déterminé les Traie earaolères et les vraies conditions de la critique histoiifoe. Il a circcmscrit le domaine où la critique historique ^ l'observation scientifique peuvent opérer à coup sûr, d'après des règles poritives ; mais il a osé dire qu'en dehors de ce domaine, il entre dans la critique elle-même une part de subjectivisme, un élément de tact, de divination et d'art. Ses adversaires ne manquent pas de l'accuser d'introduire la fantaisie et l'arbitraire dans l'histoire; ils ne vmeat pas dans ses hjpothèses ce qui s'y trouve en effet, le scrupule d'un esprit sensible à toutes les nuances de la vérité, qui saisit avec une extraordinaire délicatesse tout ce qu'il y a d'incertain, non seulement âans les documents 4e la tradition historique, mak «ufisi dans la critique qu'on leur applique, et qui accorde plus de certitude aux caractères gén^AQx d'une époque qu'aux faits particuliers. Ceux-ci tn'ont qu'une valeur symbolique pour ainsi dire, en ce qu'ils caractérisent un état social ou un état d'âme. Personne n'a apporté autant de tact et de sagacité que Renan dans cette divination critique du symbolisme ée l'histoire, et nous croyons que «es
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livres marqueront une date capitale dans révolotioii de la critique historique. Personne n'a jamais eu ai» même degré que lui, le sens de l'histoire. I! a rompu en visière avec ce pédantismede la critique qui prfet^id trancher les questions les plus complexes avec des (données incomplètes, au nom de règles absolues dont rexpérienee à maintes fois démontré la fragilité, tes hommes^ ont un si grand besoin de oer* titude qu'ib ne sont pa» éloignés de traiter comme un malfaiteur celui qui leur interdit à la fois d'affirmer et de nier, et qui recommande le doute comme un devoiri. Renan n'a pas crainte de dire et de montrer qu'il y avait des degrés infinis de vraisem^lsmce, mais que le domaine de la c^ti* tude était extrêmement restreint; et que toute^les choses que nous- souhaiterions le plus de savoir sont en dehors de ce domaine. Il n'a pas- craint, après avoir ainsi tout remis en question, de tenter de reconstituer l'histoire diE passé telle qu'il pouvait se l'imaginer, parce que l'homme a besoin d^imaginer, comme il a besoin de croire, et parce que ce qu'il imagine comme ce qu'il croit contient um> vérité provisoire et partidie. On a dit de Mérimée qu'il fut dupe de la prétention' de urètre jamais dupe. On peut dire de Renan qu'il n'a jamais été dupe parce qu'il a consenti à être dupe volontairement. Et c'est ainsi qu'il a pu être tout à la fois un artiste incom