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DES GOUTS ET DES COILEURS IL NE FAUT PAS DISCUTER

L'Album

j W jaji^i^CyUA- ^ cA' ■

Lucien Métivet intime

Au lieu el place où nous avons l'iiabiluilo de meliro le portrait-charge (lu iJessinateur par lui-même, Lucien Métivet a préféré apposer une élude d'ange fort réussie d'ailleurs.

A-l-il voulu, par là, nous faire savoir qu'il esl doué d'un délicieux caraclère; ipie son âme a le calme d'une nuil d'élé; qu'il esl le modèle des époux?

Pour ma part j'en suis [icrsuadé el n'hésile pas à écrire : « Lucien Mélivet est un ange ».

Bon bourgeois, il occupe bonrgeoisemcnl un coquet appartement du boulevard de Glichy et passe ses journées en un grand atelier à faire des dessins fort spirituels pour les journaux illustrés el de sérieux tableaux très remarqués annuellement au Salon.

Son casier judiciaire est vierge de condamnation, sa boutonnière vierge de distinctions honorifiques, enfin il est soldat territorial de Ti'' classe.

Au physique, par exemple, il ne ressemble pas du tout à son étude. Il est blond, porte les cheveux longs et toute sa barbe. C'est un ange à poils!

Ou and il était petit, tout petit, Lucien Métivet voulait être Pape: on lui fit comprendre qu'avant tout, pour être Pape, il faut être très vieux; alors il abandonna négligemment la Tiare et tiéclara qu'il serait cocher de fiacre!... pour aller toujours en voiture!

Inutile d'ajouter qu'en grandissant ses idées changèrent et qu'il comprit qu'entre la situation de Pape et celle de cocher de fiacre il y avait place pour une foule d'autres situations.

Il hésitait entre les Belles-Lettres et la Peinture. Au lieu de tirer à pile ou face, ce qui eût été d'une frivolité excessive, il préfora se présenter, le même jour, à la deuxième partie de son baccalauréat et aux épreuves d'admission do l'École des Beaux-Arts.

Il fut reçu aux deux et son hésitation ne fit que croître.

Lors il fredonna longtemps le refrain d'opérette : « Mettez-les dans la balance... »

La Peinture jM'sa plus lourd dans son esprit que les Belles-Lettres, car,

après avoir dessiné la bosse à l'atelier Julian, il entra chez Germon. Alea jacla est!... le voilà peintre.

L'atelier Cormon était alors en pleine forme, si je puis m'exprimer ainsi. Anquelin y brossait déjà des éludes superbes, et, dans un autre genre, Toulouse-Lautrec y faisait montre d'un grand talent très particulier.

Lucien Métivet travailla fort sérieusement, désirant, avant de se lancer, connaître à fond son mclier.

Enfin, en 1889, il débutait au Salon avec un tableau de cinq mètres de haut et au Journal Ammanl avec des dessins de cinq centimètres.

La peinture et le dessin humoristique tout à la fois? Eh, mon Dieu, oui! Le peintre faisait grand et sérieux, quand le littérateur lui dit : <■ Pourquoi, afin de te délasser, ne pas croquer de jolis minois, ne pas illustrer de spirituelles ballades et prouver aussi que lu as des Lettres

Le peintre écouta le littérateur et ils se mirent à collaborer pour la plus grande joie du public.

Le peintre a envoyé aux Salons, entre autres tableaux, La gloire triste, une Thcroigne de Méricourt. L'an dernier, Retour de Cythére, toile des plus curieuses et qui fut, par cela même, très discutée.

Avec son intime le littérateur, il collabore abondamment aux journa\ix illustrés les plus importants. Ses dessins sont d'une charmante fantaisie et les légendes en sont toujours des p'us spirituelles.

("est un chercheur qui trouve souvent des scènes abracadabrantes que l'on ne peut regarder sans rire et qui dilateraient la r.nte même de ceux qui n'on ont pas, dirait Coquelin cadet.

Vous souvenez-vous de ces fresques qui ornaient, à l'Exposition, la Maison du Rire?

Un sien ami, peintre de nature morte, appelait cela îles • pelilcs choses drôles ». Nous nous permettrons de ne pas éire de cet avis. Ce défilé de tous les habitants de l'univers était tout simplement

épique. 11 n'y manquait que des couplets de Meilhac et HalevY et de la musique d'Offenbach!

Que pimpante en était la tonalité, car Lucien Métivet possède une orchestration de couleurs étonnante!

Ces fresques prouvent également que ce dessinateur est un décorateur de premier ordre.

Lorsque Métivet a fini de peindre et a terminé ses dessms humoristiques... il fait comme le bon Dieu, il se repose?... Comme vous le connaissez mal. 11 illustre des œuvres d'auteurs célèbres. Son bagage est considérable, des kilos de papier! Une cinquantaine de volumes, au moins, signés Victor Hugo {Napoléon le Petit, pour l'édition nationale), Catulle Mendès, Maurice Leblanc, Donnay.

11 a parsemé de dessins des coules d'Arsène Alexandre, de Maurice Chassang et même illustré Les Cinq soin; de Lavarède.

Mettons encore à l'actif de ce prodigue La Belle au bois dormant, pièce d'ombres représentée avec grand succès aux Mathurins et pour laquelle Jane Vieu a écrit une musique délicieuse.

Quand le peintre et le dessinateur sont fatigués, ce qui arrive moins souvent que le terme, le littérateur entre alors en scène et écrit des légendes en vers parce que, nous dit-d — . Ça lui est plus commode pour faire des calembours! •

Paris sur la route, une amusante revue en collaboration avec Georges Docquois, représentée jadis à La Roulotte.

Enfin Mme Mily-Meyer, MM. Soulacroix et Frère promènent en ce moment, dans les villes d'eaux, le 6' acte de Carmen, fantaisie en vers sur la musique de Bizet, dont nous avons le plaisir de donner un fragment dans cet Album des

el LuiMOU Mi'livol, aiiqui.'! l'iit, coiilU- roxéculioii dos cosliimcs, fil des chefs-d'œuvro.

On lui doit encore les costumes des Jm/emc romnu'-rc? ih' Pan-: et ceux du Docirnir Blanc.

Pourquoi ='e«l-il arrêté en si hon chemin ? Nous r('^er\ erait-il une surprise ? Il est l liomme à nous donner, un Kean jour, une lëenie dont il brosserait li'S lireors, ilessinerail les coslumes cl composerait le livret :

Mais continuons /i feuilleter son « Album «. sa Pmje irninoiii- no vaul- (dle pas qu'on s'y arrcMe longiiemenl. Celte l'res(pn- d'Amants célèbres n'est-elle pas d'un boni comique commençant à DniiliniA cl Clilnr pour finir à /»*'V/o /

Le Sonnet n'a-ldl pas la valeur d'un long' poème, la saveur d une bonne fantaisie signée Alphonse Allais '!

Citons encore sa Dame modern-xtijle. page remplie de détails vi'ain.ent drôles et Le Coup de l'élrler, très bouffe.

C'est en villégiature (pie Lucien Mélivet a composé avec beaucoup de soin son Album.

Or, détail plaisant, savez-vous fpielle \illégiature a choisie ce tlessinateur tranipiille. cet homme calme, ce bourgeois paisible '! .... Ari[uesla-Bataille !

Lucien Puecu.

CROQUIS

plus curieux, car il réunit en un numéro tous les genres, sans exception, de Lucien Métivet.

Ce sont d'abord des études très poussées et faites en vues ^de tableaux qui prouvent le « métier • du dessinateur, d'exquises têtes de femmes qui lui donnent la permission de caricaturer le sexe pour lequel Adam a avalé une pomme, ce >■ (|ui est le fait d'une poire dirait encore Coquelin cadet ; deux pages d'album où des nus se mêlent à des croquis ultrafantaisistes.

Le peintre se montre avec une ravissante escpiisse, jolie de tons : Au plus vaillant la plus belle.

11 nous a dévoilé son savoir, maintenant il nous amuse en travestissant les journaux de fa(;on spirituelle, en leur prêtant des costumes de revue de fin d'année.

Tout en regardant ces dessins, nous pensions que Méti\'et ferait un merveilleux dessinateur pour opérettes et féeries, cl voilà qu'il nous revient à l'esprit que son talent s'est déjà affirmé au théâtre.

\"ous sou\ienl-il iVholine de Catulle Mondés donnée à la lîonaissancc '! Morlet Iricmphait dans l'opérette où débulait la migiionno Aussonrd à sa sortie du Conservatoire.

Victor Sylvestre, alors directeur, fil dos folies pour Isnline

OUELQUES JOURiNAUX PABISiCNS

Sur le lac de Garance

Doji^b le- ito^ aasi^x^cA^Jli!- a^bii cLoi^ cjlx.'oc^ v\nxit^^t,, Eilr^jLA.f' j,u^-^iA^ci>^' .e^t'^TM clWTcxW- ^^1<xj^:

Pag»

Études et Croquis

PAGE d'album

Au Temps présent

LA DAME MOUEiïN-STVLK

Demi-riondaine

A (luoi V(>]s-hi ça... j'ai rir lioimi"!

J.=L. Forain intime

Lnrsi|iir Fiirsy jiai'aîl siii' 1rs Lr(''l('aii\ dr Taliai'iii. il a soin do faire loujours suivre l'aniioiicc ilo son . acliialil('' de ers mois : « l'Iianson Rosse ».

Il nous somlilc qiio l'orain ]ionrrail à plus l'oi lo raison nioliro comiiir sous-lili'c à sps • Doux Pays » : Di'^kIus /.'«.«r'-s-.

Il est eu oll'i't la rosserie même, soil (ju'il s'allaque aux puissanis ihi jour, minisires, dépulés, mac;islrats, banquiers juifs: soil qu'il nielle en scène les vieux marcliours falii^ués, en conversation criminelle avec les filles osseuses de Madame Cardinal.

Evidemment, si dans cent et quelques années l'œuvri' de Forain exisle encore, ce que nous croyons, on la regardera non sans quelque élonucnient et cependant il fail « vrai » et le monde ([u'il déiieinl existe... malhcureusemeni .

Forain est non seulemcnl un t^rand dessinateui-. mais encore un grauil philosoplie. C'est pourquoi il occupe la première |dace parmi nos cai icaturistes qui disent eux-mêmes, quand ils en parlent ; « Oli. celui-là. c'est le Maîlre ! »

Son CI Temps » il l'a cludié et même dissé((nc de cruelle façon et, pour s'en rendre compte, facile l'sl de le suivre dans les milieux (pi'il a dépeinis en commençant par les bourgeois (]ui ont toujours servi j)lus ou moins de lêle de Turc aux dessinateurs, lùi voulez-vous des exemjiles?

Il y a de la brouille dans le ménagi'. Madame, qui a dépassé la cinquantaine, agonise de sottises Monsieur cloué par la fâcheuse goutte, dans son fauteuil, et lui lance à la face comme suprême injure : « Esprre 'Ir cnrtt ! va ! t

,\lors lui, de répondre 1 ranquillemenl : « i )li ! plus malnlcnanl ! » Un brave bourgeois à son lils qui a été blessé en duel : « ,1e l'inirnis compris pour une femme mariée, mais le battre pour une fille ! Je suis de l'avis de lu luêre, c'est lumteu.r! »

Mais où Forain est inimitable, c'est ijnaud il met en .scène les filles de

nnoouis de dAiNseuse

Madame Cardinal, maigres, cfllanquoes, l'air vicieux. Hlle deux qui suivcnl de l'œil, dans les coulisses, un monsieur ci cl l'une de chuchoter à l'oreille de l'autre: « ... Rothscliilil ! !... »

Tout un rêve, cette légende-là !

Elle vient pour faire la chambre la brave maman, et doucement gronde Monsieur le comte qui s'est attardé auprès de la petite.

« A/i ! Monsieur le coniU', jusqu'à quelle lieure are>vous gâté noire NiniY La, voili'i qui raie encore sonl'oiiserraloire! ))

Les légendes de Forain l'ont tellement corps avec ses dessins, racon- \ lenl si bien son œuvre, qu'après les > avoir citées, tout ce que l'on pourrait dire de lui devient inutile.

Il importe cependant de remarquer qu'avec les petits, les humbles, il (|uitte sa blague, abandonne sa rosserie habituelle.

Voyez plutôt ce ménage d'ouvriers.

Le père est rentré du travail. Après avoir allumé sa pipe, il prend son enl'ant sur ses genoux et le caresse, le fait sauter avec mille précautions.

Et la maman, qui prépare la soupe, l'œil altenilri, ne peut s'empêcher de dire à son homme :

« i'oininc lu s'rnis clinuelte, si l i ne voulais plui boire ! » '

J'ai souvent entendu dire à maintes personnes regardant d(v-i dessins de Forain : c Coram;' l'on voil que

; sont habil

c'est l'ait avec facilité! ». Rien n'est moins vrai. fV qui distingué ce dessinateur de nombre de ses confrères, c'est qu'i n'est jamais content de lui-même.

Entreprcnd-t-il un dessin?... il commence d'abord une esquisse, puis longuement la regarde. Il est rare qu'elle lui plaise. Immédiatement une autre est recommencée, puis une troisième et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ail obtenu ce qu'il veut.

Son dessin terminé... il lui arrive même quelquefois de le refaire!

Tout en travaillant lui vient la légende ; mais, le plus souvent, ce n'est qu'après, qu'il la trouve, quand tout est fini.

Il examine longtemps son dessin, le regarde et le lait parlei'!

Parfois, abanilonnant son crayon et sa feuille, il se mel à un lableau auquel il consacre une bimne heure, puis revient à 1 heure eommencée.

Il m'a été donné de voir souvent Forain en son atelier, dans ses derniers temps; eh bien! j'avouerai que je l'ai toujours trouvé le pinceau à la main, rarement penché sur un dessin.

Il excelle à mettre sur toile nos avocats ou nos danseuses.

On pourrait dire de lui ce qu'on a dit de Carrière, qu'il peint avec du bitume... et en obtient des cfTets vérilablemenl curieux.

Pour se reposer, Forain sculpte.

Il a terminé dernièrement une lîépulilique à laquelle le type juif, comme en ses dessins, d'ailleurs.

Regardant cette statue, un jour quelqu'un lui demanda pour ipielle raison il avait donné ce type juif à sa Marianne.

Alors Forain, le regardant avec ses petils yeux pétillants de malice, de répondre ■ . Mais... c'esl pour cpi'elle soil plus ressem blanle ! »

Et si vous aviez vu ce pli de bouche quand il a dit cela!.., Ouelle rosserie dans ce pli de bouche !

Forain habitait, jadis, rue du Faubourg-St-IIonoré. un petit atelier en face de celui du sculpteur Denys Puech.

donné

Quand Monsieur aura besoin d'un faux.

j'ai servi chez les Humbert!

mtlltù. ...... ..iXàtt

mélîcr et le trouve passionnant. Ouand il ne dessine pas, il court les roules en automobile. C'est chez lui ])Ins (pi'un plaisir.

In cullec-lion de « L'AImesure (pi'i'lle avanee, ire (pii arri\e. Le numéro ■I nous pouvons ajouter, t des iuien>; venus el des plus

rnn 1 1

ÉTUDE n'AVCCATS

Il avait bien enlendn vagnénield pal-ler de la Forlntie l'avait jamais reene à sa lalile et, (piand par son (alenl donné de se Irouver en laee d'elle, il devint tie suil(^ inlinic.

Aujouril'hui, il est propriétaire d'un superbe bôlel rue à deux pas de l'avenue dn lîois.

Après quelques marches, ou péiu''tre dans un grand hall qui monte jusqu'au l'aîle de l'bohd et a belle allni-e.

Au rez-de-elianssée se Irouve l'aleliei- de Madame l'oraiu, nu peinire doni les loiles nous pr(aivent ipu' son mari n'a jias le nuuiopole du lalent.

Par un escalier tout blanc et tournant ([ui suit les murs du bail, on arrive à l'atelier dn maître, immense mais ne ressemblant en rien l'atelier dn « monsieur arrivé ».

C'est im fouillis extraordinaire.

Par lerre, de tous côtés, des toiles commencées, des feuilles de papier, des cartons.

Quelques chaises el fauteuils, mais, comme ils sont toujours occupés par des boîtes de peinture ou d'autres objets, on ne peut jamais s'asseoir.

Forain, d'ailleurs, peint toujours debout, du matin au soir, car c'est an grand travailleur qui adore son

mais ne il lui l'ut son ami

Spoutnu

On ne poni-ra pas I ) n n I " ( I i 1 1 1 1 1 1 1 1 e d i 1 1 1 cMi' <-'esl jnslenu'ul le de Forain en es! la preuv sans cininle, qn il arlis(i(pu's.

.Jamais, eu el'IVl, il n'a élé mis sons les yeux dn public la t;auime aussi couiplélc dn laleni du uuiilre.

l.e l'eiiil rr y est représeulé par di ux lalileanx de lonir beanlé. Le bourgeois qui joue les « Ti nlih'h et désire sa bonne est criant de vérilé et cpiani aux avoi-als, ils sont enlevés en pleine pâle.

La plus large place a élé prise, connue il convenait, par le dessinalenr que ruins avons \oulu faire connaî- Irc plus iidinuunent à nos lecteurs, en leur monlranl C(uuineiil l'orain pi'occdc dans son li'avail.

Ces croipiis sont cles plus inlércssants à examiner el donuenl à son ■ Album • ce cachel de nouveauté que nous nous elVorcous de rechercber.

Puéril serail de faire l'éloge des dessins et toutes les légemles sont à eilcr.

N'esl-elle pas pins (pic iholi' cette demi-mondaine disant à son ami ilu j(un- : « .1 quoi vuix-ln ru.... que j'ai iHr bonne ? »

Et la dame au chien insinuant nu monsieur qui n'est peut-être pas de son avis : « l'ou.s ne trouvez pas que c'est meilleur de cause)' '■' »

Enfin, une fois de jilus. Forain nous prouve ([u'il a de l'esprit à revendre el que le dessinalenr cpii lui lera « la pige» n est pas encore no.

LUCMIN PUECU.

CROQUIS

La Cinquantaine

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