‹ Les maîtres de la caricatureChapitre 8 sur 22 · C-VRAN D ACJ · texte numérisé non relu

C-VRAN D ACJ

Cai-an d'Acho! Je ne sais pourquoi je ne me contente pas d'écrire ce

nom seul sans y rien ajouter.

One pnis-je en efl'et vous apprendre? Qu'il est le premier caricaturiste de nos jouis?.... Mais vous le savez aussi bien que moi.

Ce qui paraît plus fantastique, c'est qu'il continue à avoir toujours la même verve et qu'il trouve encore, deux fois par semaine, deux pages clounanles de fanliiisie à donner aux lecteurs du Journal et du Fiyaro. (l'est l'arl ualitr faite homme.

Le moimlrc petit incident lui fournit l'occasion d'une série de dessins non ^ ^ seulement spirituels mais empreints d'une douce philosophie.

^W'^ «Himig. I collection de ses pages hebdomadaires vaudra le meilleur recueil de

''"^ ^^S^^jF' chroniques du plus Parisien de nos chroniqueurs.

' Il est lion (le rappeler que Caran d'Ache a été le créateur, en France, de

ces t Histoires sans paroles • cpii sont pour une grande part du succès du juuruid allemand l'iirijr'iuh' Hliilli'r.

Toidi's d'ailleurs ^-out reproduiles par la jilupart des journaux éli'angers, pillant sans \"ergogm' uoli-e earii.-alui'islf qui liuir.a peul-èire par se fâcher. Lîeaucoup de ses histoires resteront coumie modèle du genr(\ Je me souviens d'une, entre autres, qui eut en son temps un énorme succès, r desrend de cheval à la porte de l'Ecole ndiitaire et laisse son coursier aux mains d'un grave assied, attendant, sans impatience, le retour de son supérieur. Au loin, ''on aperçoit deux gamins qui s'avancent, traînant derrière eux un petit cheval de bois. Le temps se passe. Le grave sapeur tenant toujours, un peu lAches, les rênes du cheval, finit par s'endormir. Les gamins se sont rapprochés et l'idée d'une mauvaise plaisanterie leur vient de suite à l'esprit. Ils coupent les rênes et, tandis que, se sentant libre, le coursier se sauve en gambadant, ils le remplacent par leur petit cheval de bois.

Le tour joué, ils s'éclipsent pour jouir... de loin... de l'effet qui ne se fait pas attendre.

L'officier sort de l'École militaire au moment où le sapeur, réveillé, se lève, faisant le salul mintairs

d'une main et de l'autre tendant les rênes. Ahurissement de l'officier qui regarde sans comprendre; tête du sapeur qui so croit le jouet d'un cauchemar; joie des gamins qui se tire-bouclionnent!

Il est impossible de ne point s'esclaffer devant cette page, véritable chef-d'œuvre de drôlerie.

Et que de trouvailles dans le dessin! Car c'est là qu'est la supériorité de Caran d'Ache.

Il ne se contente pas d'une amusante anecdote, il met encore de l'esprit dans les moindres gestes de ses personnages; aussi peuton les regarder pendant une heure, certain de découvrir à chaque instant des détails des plus comiques.

Il ne laisse rien au hasard et, dans ses plus grandes bouffonneries, son dessin reste impeccable, car avant d'être caricaturiste il est dessinateur.

Si vous vouliez vous donnée la peine de feuilleter la collection de l'ancienne Caricature éditée par l'éditeur Decaux, vous y trouveriez d'étonnants défdés militaires qui vous feraient même regretter que Coran d'Ache n'ait pas continué dans cette voie, car il partagerait certainement aujourd'hui le succès d'Edouard Détaille.

Vous souvenez-vous de son Épopée qui fit jadis courir tout Paris au pelil théâtre du Chat noir!

Elle révéla le grand artiste qu'est Caran d'Ache et commença la réputation de son talent si personnel et si français, bien qu'il soit né en Russie.

Depuis lors, et toujours avec grand succès, il a collaboré à ton.» les journaux artistiques.

Son nom est si connu, que pas un camelot vendant une petite feuille quelconque sur les grands boulevards n'oubliera de crier à plein gosier : « Demandez le • Machin » illustré par Caran d'Ache ! »

Inutile d'ajouter que la dite feuille ne contient et ne contiendra jamais le moindre croquis du grand caricaturiste, mais il est toujours des gogos qui s'y laissent prendre et les camelots le savent bien.

CUIRASSIER {CfO'jui^ d'ulhuin).

En composant V Album de Caran d'Ache, nous avons pensé qu'il serait très intéressant, très curieux pour nos lecteurs de posséder en un seul numéro tous les genres du maître.

Il excelle dans le portrait-charge, et celui de Guillatime II, qui orne la couverture, égale les meilleurs d'André Gill. C'est le plus bel éloge que nous puissions en faire.

La Batterie des Itomnes sans peur et surtout sa Charge, d'un mouvement endiablé, rappellent ses pages militaires dont je vous parlais tout à l'heure.

/; la trouva bien faite et le lui dit, ma foi, est un spirituel pastiche des gravures d'autan et sa Marquise d'un joli « Passé «.

Nous avons la note ultra-moderne avec Le Peintre à la mode et Le Duel parlementaire peut compter parmi les histoires les plus amusantes qui soient sorties de sa plume.

Courant à travers tout cela, dos croquis qui ne sont pas un des moindres attraits de son Atbmn.'Vn véritable bijou que sa Bataille de dames; quant à son Don Quichotte, il est d'autant plus curieux qu'il nous montre à quelles rcoherches ce livre Caran d'Ache avant de planter définitivement son bonhomme.

Il est peu d'artistes, même parmi les pins grands, possédant tant de notes différentes.

C'est ce que nous avons voulu démontrer.

Comme homme?... Il est encore plus fantaisiste dans la vie privée qu'en ses dessins. Et d'abord, il est introuvable, n'csl jamais chez lui, ou du moins le fait dire par son domestique très bien slylé.

Il faut employer des ruses d'Apache pour pénétrer jusqu'à lui; mais, quand on y arrive, il se montre de la plus grande amabilité, paraît même timide, avec un petit air cependant de ne pas prendre au sérieux ce que vous lui dites et ce qu'il vous dit.

On m'a conté qu'il n'ouvre jamais les lollres qu'il reçoit, parce qu'en les ouvrant il serait peut-être obligé d'y répondre!

Ainsi, vous pouvez lui écrire; si vous recevez de ses nouvelles... je vous offre une demi-douzaine de macarons. Soyons généreux .. une douzaine !

GUILLAUME r'

On le dit mondain, faisant partie du Tout-Paris des Premières. C'est une légende. H ne va, au contraire, que très rarement au Théâtre et je suis certain qu'il n'a pas mis les pieds depuis six ans au moins à la Comédie-Française.

Signe particulier : Caran d'Ache n'est pas décoré t...

Il commence à travailler quand les noctambules, eux-mêmes, songent à aller se coucher, c'est-à-dire vers deux heures du matin.

Il revêt, pour la circonstance, un costume spécial se composant d'un pantalon quelconque— l'été, un simple caleçon — d'un gilet de flanelle ou de soie et d'un tablier blanc de valet de chambre.

Un malin qu'il dessinait, il entend sonner à sa porte. Il se souvient alors qu'un visiteur lui a élé annoncé et une idée baroque lui traverse l'esprit.

Il commande à son domestique de se retirer et lui-même va ouvrir au monsieur qui, d'après sa tenue, le prend pour un larbin et lui demande si M. Caran d'Ache est visil)Io.

— Donnez-vous donc la peine d'entrer, lui dit notre dessinateur.

Une fois dans le salon : — Veuillez faire passer ma carte à M. Caran d'Ache, je vous prie. Lors, celui-ci s'incline et froidement : — C'est moi-même, monsieur, vous désirez ? ...

Nous avons dit que Caran d'Ache était Russe. Il est en effet né en Russie, mais de parenis Finançais. Caran d'Ache est un pseudonyme qui signifie « Crayon ».

Son nom véritable est Poiré, signature qu'il employa dans le « PsU », quelqu'un rayant Irailé d'étranger. Or, cet élrangcr quittait Moscou à vingt ans pour venir à Paris faire son service militaire au Ml)'' de ligne.

Six mois après il était détaché avec le grade de caporal au ministère de la guerre. Ses cinq ans terminés, il rcgreltail de ne pouvoir rengager ! »

COMPLIMENTS DE CONDOLÉANCES {CrOqUts).

■ Très peinci, cliei- ami... du courage!

Comment Caran d'Ache a appris à dessiner des pioupious?

En découpant des images militaires ! Tout jeune, il avait cette rage.

Voulez-vous que je vous conte encore qu'habitant la campagne avec le dessinateur Lunel, ils s'amusaient tous deux h monter à cheval habillés en Cosaques au grand effarement des populations?... Qu'on le rencontre très souvent le matin à bicyclette au Bois de Boulogne en des costumes très élégants mais très excentriques?

Si Caran d'Ache voulait abandonner le dessin, il gagnerait un argent fou en jouantla pantomime :

Son geste, nous disait un comédien, est d'une exaclilude extraordinaire. Je l'ai vu jongler, n'ayant rien dans les mains ; monter à une corde... la corde absente, bien entendu. L'illusion est fantastique, c'est prodigieux ! »

Caran d'Ache est dessinateur, mime mais, par-dessus tout, c'est le plus grand j'm'enfîchiste qui soit sur terre.

Lucien Puech.

Je vous le donne en mille à deviner..

SOLDAT DE LEMPmE (Cro(;»is d'aWum).

Le Peintre à la mode

Oiiaïul les iiiaili'i:s ne sont pas là.

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