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elle dérive ici de l'étude môme de ces/ails, l'éclosion et le développement de la peinture de paysage ne s étant pas produits simultanément, mais bien tour à tour, dans les diverses écoles, suivant les modifications qu'en se déplaçant ce genre a subies, suivant aussi l'aptitude des races ou le génie des maîtres dont la supériorité s'y est manifestée.
C'est aux temps modernes que commence notre étude. L'imitation de la nature n'ayant joué dans l'antiquité qu'un rôle très effacé, celle-ci ne compte pas, à vrai dire, de maîtres du paysage. En Grèce, l'anthropomorphisme de la religion se retrouve dans la littérature comme dans l'art, et c'est à peine si parmi les œuvres de la statuaire de la grande époque on pourrait relever çà et là un fragment de rocher, un troue d'arbre autour duquel s'enlace un lierre ou un cep de vigne. Bien que le paysage occupe parfois une place assez importante dans les peintures des villas romaines ou campa nieunes, il y reste toujours purement décoratif, et les éléments pittoresques qui s'y trouvent réunis semblent associés comme au hasard. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que ce ne sont là que des travau.x secondaires et anonymes dont l'exécution facile dénote une certaine habileté, mais n'a rien à voir avec celte interprétation intime de la nature dans laquelle tous les détails profitent i l'aspect d'une œuvre cl en fiirlifienl l'impression.
Nous ne parlerons pas davantage, au surplus, de la J'açon Joui la peinture de paysage a été comprise et pratiquée dans f Extrême-Orient. Si dans les albums japonais, particulièrement dans ceux d'IIokousaï, les motifs les plus variés sont rendus avec une vive et piquante concisian. il faut convenir que. sauf les di(férences d'une dextérité plus ou moins grande, ces ébauches assez sommaires, tracées avec une légèreté spirituelle, mais dépourvues de modelé, dérivent de formules pareilles. Pour charmantes qu'elles soient, elles ne montrent jamais ce caractère d'originalité per.<!onnelle. ni cette riche diversité de sentiment que nous admirons chez nos maîtres de l'Occident. C'est donc à ceux-ci que nous nous bornerons.
On ne s'étonnera pas que parmi eux nous ayons fait une assez lar^e part à des peintres qui n'ont pas été exclusivement paysagistes et que, à côté de Claude, de Ruisdael, de Constable, de Corot, de Rousseau et de
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Daubigny, plusieurs grands artistes qui ont pratiqué tous les genres^ comme les Van Eyck, le Titien, Durer, Poussin, Ruhens, Rembrandt et Velazquez, aient trouve dans ce volume la place qui leur était due, à raison du talent avec lequel ils ont interprété la nature et exprimé ses beautés. Afin de les mieux comprendre, c'est à la fois dans leurs œuvres et dans les pays où ils ont vécu que j'ai étudié tous ces artistes, cherchant à relever quels traits vraiment significatifs ils en ont rendus et la sincérité plus ou moins grande qu'ils ont mise dans leurs traductions. On ne goûte pleinement Claude et Poussin qu'après avoir vu l'Italie, et si différents qu'ils soient l'un de l'autre, on peut s'y convaincre que c'est bien la même nature qui les a inspirés tous deux. De même, à chaque pas, en Plollande, on découvre les humbles motifs dont van Goyen, Ruisdael, Paul Potter et Adrien van de Velde nous ont donné de si fidèles et si poétiques images. En revivant avec eux, dans les contrées oii, s'est formé leur talent, il m'est arrivé plus d'une fois de retrouver leurs stations familières et la place même où ils s'étaient assis.
Pour ce qui concerne l'époque moderne, c'est un privilège peu enviable de mon âge que d'avoir approché la plupart des paysagistes qui ont illustré notre école au XIX' siècle. Quelques-uns des détails que Je donne sur eux, sur leur carrière, sur l'idée qu'ils se faisaient de leur art, c'est de leur bouche que je les tiens, ou c'est en questionnant leurs amis et leurs proches que j'ai pu les recueillir. Il m'a paru cependant que, pour apprécier avec quelque impartialité les artistes de notre temps, un certain recul était nécessaire, et la prudence autant qu'un légitime souci de l'équité me commandaient de ne parler ici que des morts.
(Juant aux illuslralions de ce livre, j'ai de mon mieux cherché à leur donner toute la variété que comportait mon sujet. A côté des chefsd'œuvre qu'a consacrés l'admiration et que par conséquent je ne pouvais omettre, je me suis efforcé de réunir dans ce volume des reproductions d'œuvres remarquables, mais moins connues, particulièrement de celles qui ont quitté l'Europe pour passer en Amérique. J'y ai joint quelques fac-similés de dessins originaux faits par les maîtres, soit d'après nature, soit en vue de la préparation de leurs tableaux, et aussi des copies photographiques de gravures et de lithographies faites par eux, ou d'après
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eux par d'autres artistes, ("est pour mai un devoir de remercier à cette occasion tous ceux qui par leurs libérales communications ont facilité ma tâche, notamment MM. Scheltema et Holkema d Amsterdam: M. Ilanfstaengl de Munich: MM. les directeurs des Grapliisclien Kûnste de Vienne; en Amérique, .M.M. John La Far^e et I\ Jaccaci; à Londres. Sir Poynter, directeur de la National Gallery: à Berlin. M}L les conseillers W. Bode, directeur général des mu.'iées, et /•'. l.ippmanu. le regretté conservateur du cabinet des estampes; à La Haye, M. le D' A. Bredius, conservateur du mu.Hée royal de peinture; à Paris, Mmes L. Belly, ('. Bernier et J.-C. Cazin, MM. Henri de Curzon, Maurice et Rodolphe Kann, Montaignac et Warneck. Une fois de plus je suis heureux d'exprimer toute ma gratitude à MM. J. P. Heseltine et L. Bonnal, qui avec la plus amicale prévenance m'ont permis de puiser très largement dans leurs magnifiques collections de dessins.
Est-il besoin d'ajouter que, dans mes appréciations d' œuvres d'artistes contemporains, je me suis appliqué aune entière sincérité. Une longue pratique des musées et des principales colleclions, publiques ou privées, de l'Europe, et par suite des comparaisons fréquentes d'œuvres très dissemblables n'ont fait que développer en moi le besoin inné de concilier entre elles les admirations les plus diverses el de reconnaître le talent partout où il se trouve.
RUISDAEI.. — KTUDE D APRÈS NATL'RK.
LE TITIEN. — PAYSAGE AVEC TOUR. (Collection de M. Léon lïonnal.)