RUE G A R A N C I È R E M DCCC LXXX
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AU LECTEUR
ous offrons au public un ouvrage dont le titre seul indique le caractère, et montre Tesprit qui nous a dirigé dans notre tra\ail. Nous avons voulu, avant tout, faire une œuvre utile qui devînt le complément nécessaire de tous les traités sur l'art de l'ornementation, et faciliter, autant que possible, les études ou les recherches des artistes et des personnes qui s'occupent de cet art.
Dans un ouvrage publié précédemment ( i *, nous avons étudié l'ornementation en France depuis le commencement de la monarchie jusqu'à nos jours, en nous appuyant particulièrement sur les monuments et en ne mentionnant que les principaux maîtres graveurs de chaque époque. Aujourd'hui, au contraire, prenant pour point de départ l'impression de la gravure, nous étudierons spécialement les maîtres ornemanistes en Europe : les faire connaître, aussi complètement que possible, par la réunion de tous les documents authentiques, tel a été notre but.
(i) Lu Connaissance des stj-les de l'ornementation. Paris, D. GLiilniard. rue di; Lancrv, In-4".
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L'adoption d'une méthode présentant la classification raisonnée des différents styles et rendant les recherches faciles, a été notre principale préoccupation. La tâche la plus importante qui incombe à l'auteur d'un répertoire est, en effet, de tracer un cadre où les documents viennent se classer sans confusion. Il ne lui suffit point de compiler, il faut coordonner, rassembler, donner le fil conducteur, j^ràce auquel le lecteur se reconnaît promptement et trouve sans etlbrts les renseignements dont il a besoin. Nous ne pouvions mieux faire, pour arriver à ce résultat, que d'adopter la division par écoles : École française. École italienne. École allemande, École des Pays-Bas (flamande et hollandaise), en ajoutant quelques maîtres anglais. Dans chacune d'elles, les maîtres sont rangés par ordre chronologique, ce qui, à notre avis, est la marche la plus rationnelle; car, tout en donnant le résultat de nos recherches, nous traçons en même temps l'histoire de l'ornementation générale des quatre écoles, et nous initions nos lecteurs aux progrès et à la décadence de cet art. En outre, un tableau général des' motifs d'ornement à la fin de chaque époque renvoie le lecteur aux différents maîtres qui les ont composés ou gravés. Une autre table alphabétique donne la liste de ces derniers. Enfin une table générale, placée à la fin du volume, réunit les noms des maîtres, le siècle dans lequel ils ont travaillé, le style et l'école auxquels se rattachent leurs producfions.
Nous avons puisé toutes ces indications aux meilleures sources : bibliothèques publiques, collections d'amateurs, catalogues, etc. D'autre part, les pièces qui appartiennent aux Bibliothèques Nationale, de l'Arsenal et de Bruxelles sont l'objet de notes spéciales; de sorte que notre travail renferme, pour ainsi dire, les catalogues des pièces d'ornement que possèdent ces trois cabinets d'estampes.
Nous avons, autant que possible, rassemblé tout ce qui a été produit dans un genre si varié, et nous nous estimerons heureux si nous avons réussi à combler en partie la lacune qui existait sur ce point, à
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ouA'rir un champ plus vaste à l'étude d'un art dont il est si intéressant de suivre les transformations ^ et qui s'allie si étroitement à l'architecture et à l'industrie de tous les peupfes.
Les cent quatre-vingts planches qui accompagnent notre texte, les vingt titres j les dix -huit tètes de page et les lettres qui l'ornent,, sont des fac-similé choisis parmi les meilleures compositions des principaux maîtres dont nous indiquons les œuvres. Pour arriver à la plus grande exactitude possible de reproduction, nous avons adopté le procédé de la gravure chimique ou photogravure, qui, sans le secours d'aucun artiste, sans retouches ni additions, fait revivre l'œuvre des maîtres avec la plus parfaite vérité. Si quelques-unes de nos planches sont un peu incertaines, il ne faut pas s'en prendre au procédé, mais bien a la faiblesse des épreuves qui ont servi de base à la reproduction. La plupart de ces pièces, surtout celles du commencement du seizième siècle, sont mal imprimées ou altérées par un long usage. Néanmoins, nous devons nous estimer relativement heureux d'obtenir ainsi à nouveau des chefs-d'œuvre qui deviennent chaque jour plus rares. — Le choix de nos planches a été fait avec le plus grand soin; nous avons autant que possible, et cela dans chaque école et dans chaque style, choisi les types les plus purs, ceux qui peuvent caractériser avec le plus de vérité la physionomie de chacun d'eux. Ce ne sont pas seulement des images que nous donnons, mais aussi des jalons, pour ainsi dire^ permettant aux personnes qui consulteront notre travail de se guider, de suivre avec fruit la marche et les phases diverses qu'a traversées l'ornementation depuis la tin du quinzième siècle jusqu'à celle du di.x-huitième.
Avant de clore notre livre, nous exprimons ici notre reconnaissance aux personnes qui ont bien voulu faciliter notre tâche en nous ouvrant les trésors de leurs collections particulières : MAL Foule, Bérard, Lesoufaché, Poterlet, Cruchet, Cremer et Mazaroz ont droit surtout à nos témoignages de gratitude. Nous n'oublions pas non plus le
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regrette M. Carré, dont les connaissances approfondies et la nombreuse collection, malheureusement dispersée après sa mort, nous ont été du plus grand secours. Dans les dépôts publics, nous avons rencontré également le plus gracieux empressement. Nous devons tous nos remercîments à M. H. Hymans, conservateur du Cabinet des estampes à la Bibliothèque royale de Bruxelles; durant notre séjour de huit mois dans cette ville, il a eu l'extrême obligeance de mettre à notre entière disposition tous les documents et les cartons qui nous ont permis de jeter les bases de notre travail. Nous remercions également MM. Duplessis , Raffet, Kolof, V. Coquel, de la Bibliothèque nationale de Paris, et M. Faucheux, de la Bibliothèque de l'Arsenal, dont les bons otîiccs ont été pour nous très-précieux.
D. GUILMARD.
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E goût de rornement est dans la nature humaine; c'est un instinct, on pourrait presque dire un besoin, qui se manifeste chez l'homme avant même qu'il connaisse les premiers bienfaits de la civilisation. Dans tous les paj's, aux époques primitives, les peuples à l'état de barbarie ont ajouté à leurs ustensiles les plus grossiers des ornements, tantôt dessinés, tantôt peints, ou bien encore sculptés, qui n'ajoutaient rien à l'utilité des objets, et n'avaient d'autre but que d'offrir aux yeux un aspect agréable, La céramique, le plus ancien sans doute de tous les arts, se prêta, dès les premiers temps, aux manifestations naïves du sentiment naturel qui porte l'homme à embellir tout ce qui l'entoure; aussi a-t-on pu dire avec raison que le premier artiste fut un potier de terre. Les premiers vases qui furent pétris par ses mains ne purent être que grossièrement ornés; mais plus tard, pendant une longue suite de siècles, les ornemanistes de tous les pays ont successivement enrichi les vases, depuis ceux que le génie de l'antiquité a couverts de si nobles compositions, jusqu'aux chefs-d'œuvre d'élégance et de goût qui nous ont été légués par la Renaissance et par les siècles suivants.
C'est vraisemblablement au règne végétal que furent empruntés , dès l'origine, les éléments les plus rudimentaires de l'ornementation : l'Egypte nous le montre en employant la feuille de lotus dans ses plus anciens monuments, et nous vo3'ons ensuite les artistes de la Grèce tirer de la feuille d'acanthe un parti ingénieux. L'architecture, le premier des arts du dessin, et qui les renferme tous, se prêta naturellement aux développements de l'or-
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nementarion, qui commença à être soumise à quelques règles. Les Grecs supérieurs aux autres peuples par la noblesse de l'inspiration et par la pureté du goût, utilisèrent bientôt, pour embellir leurs édilices, les ressources que leur olfrait la nature : à l'emploi des feuillages, des fleurs et des fruits, disposés en palmettes, en festons, en guirlandes, en rosaces, en rinceaux, se joignit celui des ligures, entières ou tronquées, d'hommes et d'animaux; puis vinrent toutes sortes d'êtres imaginaires, comme les sphinx, les satyres, les centaures, les grilTons. Aux ornements tirés de la nature s'ajoutèrent ceux qui représentaient des objets fabriqués par la main de l'homme, soit qu'ils rappelassent ses instincts guerriers, comme les armes de toute sorte et les boucliers, soit qu'ils fussent la reproduction d'objets religieux, comme les autels, les trépieds, lespatères, les candélabres et les instruments qui servaient pour les sacrifices. Tous ces éléments, et bien d'autres encore, furent employés plus tard par les Romains, qui s'inspirèrent du génie des artistes grecs, mais sans égaler l'élévation et la pureté de leur style.
Lorsque, sous le règne de Constantin, le christianisme commença à s'élever sur les ruines du vieux monde païen, et que l'empire romain, transporté à Byzance, devint l'empire latin d'Orient, un nouveau style prit naissance, et emprunta ses principaux éléments à l'antiquité. Dès le sixième siècle, le style byzantin pénétrait en Italie : il inspirait d'abord les beaux monuments, les mosaïques grandioses que nous admirons encore à Ravenne ; deux siècles plus tard il était répandu dans toute la péninsule italienne. Saint-Marc de Venise est toujours debout pour nous montrer ses incomparables merveilles d'ornementation archi tectonique.
C'est au dixième siècle que le goût byzantin pénétra en France, en s'introduisant d'abord dans le Périgord, dans l'Angoumois et dans la Saintonge. Au siècle suivant, il était répandu dans l'Europe entière, et donnait naissance à un style nouveau, que l'on nomma en Italie lombard, en Angleterre saxon, et qu'on a appelé en France le style roman. Pendant cette période, les éléments décoratifs se composent fréquemment d'entrelacs, de rinceaux capricieusement enchevêtrés. La flore romane appliquée à l'ornementation est empruntée à celle des Romains, comme celle-ci n'était elle-même qu'une imitation de la flore des Grecs. A l'influence byzantine on voit aussi s'ajouter celle des arts de l'Orient.
L'apparition du style gothique, à la suite du roman, fut le signal d'un changement notable dans le caractère ornemental : au lieu des feuillages fantastiques si sou\'ent employés, on reproduisit, avec une rigoureuse
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exactitude, surtout dans les monuments, les végétaux qui se prêtaient le mieux à la décoration, en choisissant de préférence ceux que produisait le paj's. C'est avec une grande habileté que les artistes du moyen âge surent s'inspirer des plantes les plus modestes : les champs et les jardins leur fournirent le chardon, le trèfle, le liseron, la mauve, la chicorée, la vigne; ils empruntèrent aux forêts les feuilles du chêne, du hêtre, de l'églantier, du houx, de l'érable et d'autres ambres encore.
Le stj'le gothique primaire, le rayonnant et le flamboyant, nous montrent l'emploi le plus heureux et le plus varié de ces décorations végétales; il faut en ajouter quelques-unes d'un autre genre : celles inspirées par les bestiaires qui eurent une si grande vogue, surtout aux onzième et treizième siècles; elles représentaient des animaux fantastiques, tels que la guivre, le phénix, le basilic, le dragon, olTrant ordinairement un sens symbolique. Le lion, le pélican, le singe, le chien, le renard et d'autres animaux naturels furent également employés, surtout dans la décoration monumentale; on utilisa fréquemment ces ressources décoratives dans les chapiteaux, dans les frises, aux angles des contre-forts et dans d'autres parties des édifices.
Du septième au onzième siècle un art nouveau, auquel avait donné naissance une religion nouvelle, se constitue parallèlement à celui de l'Europe. C'est l'art musulman, qui se prête si bien à toutes les fantaisies de la décoration, et dont la loi religieuse, qui cependant ne fut pas toujours rigoureusement observée, bannit les représentations d'êtres vivants. En Asie, l'art musulman élève la mosquée d'Omar; en Espagne, peu de temps après l'invasion des Arabes, la merveilleuse mosquée de Cordoue, toujours debout après plus de dix siècles, et le palais enchanté d'Az-Zarah, dont les ruines mêmes ont depuis longtemps disparu; la Sicile conserve encore des traces remarquables de l'importance de cet art en Europe.
Au commencement, il existe une certaine analogie entre le style byzantin et celui des Arabes; mais ce dernier ne tarde pas à prendre une physionomie propre, une originalité bien accentuée; plus tard on le verra exercer une certaine influence sur le goût chrétien, surtout en Espagne. L'art moresque, plein des plus ingénieux rafhnements, semble au premier abord n'obéir qu'au caprice de l'imagination; mais il n'est irrégulier qu'en apparence, et il est soumis en réalité à des lois fixes, à des règles déterminées : l'Alhambra de Grenade nous le montre avec les labyrinthes de ses entrelacs formés de cordes ingénieusement tressées, ses rinceaux inextricables, .ses innombrables combinaisons géométriques. On verra plus tard, surtout à l'époque de la
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Renaissance, le style moresque exercer une inlluence marquée, et donner son nom à un genre particulier d'ornements.
L'histoire des premiers débuts de l'imprimerie se rattache par des liens étroits à celle des origines de la gravure. Ces deux inventions devaient naturellement contribuer d'une manière considérable au développement et à la dilTusion de l'art ornemental. Les premières gravures qui remplacèrent dans les livres pieux les miniatures des manuscrits ne nous montrent que les ouvrages grossiers de quelques tailleurs d'images. On en peut dire autant des plus anciennes estampes qui furent exécutées en Allemagne, dans les Pavs-Bas et en France; elles portent l'empreinte d'un style barbare, leurs ornements n'ont aucune délicatesse; elles ne sont en réalité que de grossiers produits de l'imagerie naissante.
C'est l'invention de la gravure qui sert de base et de point de départ à ce livre, où l'auteur se propose de faire connaître toutes les œuvres des maîtres ornemanistes, et de montrer aux yeux un choix des tj'pes les plus beaux et les plus caractéristiques produits par chaque école. Le premier ouvrage véritablement élevé que nous ayons à citer est le fameux nielle gravé en 1452 par l'orfèvre florentin Maso Finiguerra, la Paix du Couronnement de la Vierge. Un bon nombre d'autres artistes italiens de la seconde moitié du quinzième siècle ont aussi gravé de beaux nielles, mais le nom de très-peu d'entre eux est connu; Peregrini da Cesena est le plus fécond de tous; il faut encore nommer Francesco Raibolini, dit le Francia, Mattco di Giovanni Dei, Marc- Antoine Raimondi, et peut-être Antonio del Pollajuolo. Parmi les épreuves qui nous sont parvenues, il en est une certaine quantité qui représentent des ornements, chose toute naturelle, puisque leurs auteurs avaient pratiqué l'art de l'orfèvrerie.
C'est encore à l'art italien que nous devons ces belles gravures d'ornement qui, dans le dernier quart du quinzième siècle et au commencement du seizième, répandirent peu à peu dans les autres pays de l'Europe le goût si élégant de la renaissance. Les artistes du nord de l'Italie s'y distinguèrent tout particulièrement; il faut citer en première ligne Andréa Mantegna, dont les Triomphes de César et le Combat de tritons et de dieux marins ont servi si longtemps de thème à bien des industries décoratives. Après Mantegna vient son élève, le Vénitien Zoan Andréa, qui s'inspire de son style, et dont les importantes compositions ornementales ollrent tant de fantaisie et de variété. Il faudrait citer encore Nicoletto de Modènc, Girolamo Mocetto,
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Giovan Antonio da Brescia, et un certain nombre d'autres maitres qui ont gravé aussi de nombreux motifs d'ornement : frises, corniches, enroulements, ciiapiteaux, pilastres, guirlandes de fleurs et de fruits, vases, bordures de plats, gaines de poignards, modèles d'orfèvrerie, et bien d'autres sujets analogues.
Vers la même époque, l'Allemagne, qui avait déjà produit d'habiles xylographes, possédait aussi des graveurs en taille-douce, qui brillaient dans l'art de l'ornement ; après le Maître de 1466, à qui l'on doit des pièces d'orfèvrerie et des rinceaux d'un très-bon goût gothique, de grands peintres, comme Martin Schongauer et Albert Durer, ne dédaignèrent pas de s'appliquer au même genre. Leurs gravures eurent une très-grande vogue, aussi bien chez eux qu'au dehors, et des maitres italiens, usant de réciprocité, leur firent l'honneur de les copier. Plus tard d'autres maîtres, tels que Hans Holbein, Aldegrever, Mrgile Solis, Hans Brosamer, les Hopfer, les Beham, Jost Amman, Théodore de Bry, exécutèrent de très-belles compositions. Les Pa3's-Bas eurent aussi en même temps quelques graveurs ornemani.stes, comme Lucas de Leyde, les Floris, les Collaert, les de Vriese; de même qu'en Allemagne, la renaissance y fut tardive, et lorsque son épanouissement était déjà complet en Italie, les artistes allemands et néerlandais n'avaient pas encore abandonné le style gothique.
Dès la fin du quinzième siècle l'Italie pos.sédait d'habiles graveurs sur bois; l'ornement joue un rôle très-important dans les livres de cette époque; Y Hypnerotomachia , qui parut à ^"enise en 1491), est un des plus beaux spécimens de ce genre. Parmi les plus anciens livres français ornés de gravures, on peut citer la Mer des histoires, imprimée à Paris en 1488, et dont les ornements sont empruntés à l'architecture du temps. Les livres d'Heures, publiés en grand nombre par Antoine Vérard, Simon Vostre, Geoffroy Tory, Simon de Colline et tant d'autres imprimeurs parisiens, renferment d'excellents motifs d'ornementation, tantôt empruntés aux miniatures des manuscrits, tantôt inspirés par une influence étrangère. Les marques de ces imprimeurs, les fleurons, les lettres initiales dont ils ornaient leurs livres, fournissent d'excellents modèles décoratifs.
Pour l'ornement dans le style ogival, la France ne peut réclamer qu'un seul graveur au burin, Noël Garnier, artiste attardé, qui travaillait vers 1345 dans le goût tudesque; mais bientôt elle peut se glorifier de posséder des graveurs comme Jacques Androuet Du Cerceau, Etienne Delaune, Pierre Woeiriot et d'autres encore, chez lesquels brillent les qualités qui distinguent
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la Renaissance iVançaise : la simplicité, la clarté, unies à l'élëgance. Une nouvelle école se forme à F'ontainebleau, où François I" avait attiré des artistes de dillerents pa\-s, c]ui, sous la direction du Rosso et du Primatice, créèrent bientôt un style particulier. Parmi les graveurs de l'école de Fontainebleau, René Boy vin, d'Angei-s, doit nous intéresser plus particulièrement à cause de ses gracieuses compositions d'orfèvrerie.
Pendant la première moitié du seizième siècle, d'excellents graveurs, tels que Marc de Ravenne, Augustin Vénitien, ont produit de très-belles planches d'ornement. A la même époque, un genre particulier, celui des modèles de broderie, fut surtout en vogue à ^'enise, et donna naissance, pendant plus d'un siècle, à de nombreux recueils. Quelques artistes spéciaux y excellèrent, tels que Vinciolo, Cesare Vecellio, qui sont les plus connus, sans oublier Paganino, dont la renommée s'étendit jusqu'en Espagne. De beaux ouvrages du même genre parurent aussi en Allemagne. Les livres de broderie publiés en France se distinguent par une saveur particulière; leurs titres indiquent, du reste, qu'ils étaient destinés à plusieurs métiers : Patrons pour brodeurs, liugi'crcs, massons, verriers et autix's gens d'esperit ;
Patrons de diverses vtanières Invijnte- trcs-siibtilement , Du)-sans à brodeurs & lingHres...
Aux orphcvres & gentils tapissiers.
Au même genre appartiennent les recueils de moresques, qui propagèrent en France le style emprunté à l'Orient par les A'énitiens; tel est celui publié à Paris en 1546 par Gourniont, sous le titre de : Livre Je Moresques , trèsutile & nécessaire à tous orfèvres, tailleurs, graveurs, painctres, tapissiers, lingieres & fetnmes qui besongnent de lesguille.
Si la Renaissance s'était manifestée de bonne heure en Italie, la décadence y fut précoce, et y fit de rapides progrès : même avant la fin du seizième siècle, un goût lourd et épais y avait triomphé; il en fut bientôt de même en Allemagne, et la France, sous le règne de Louis XIII, eut aussi son tour comme les autres pays; cependant les modèles d'orfèvrerie de Gédéon l'Egaré et de quelques autres montrent encore la grâce et la légèreté de notre pays. Dès les premières années du règne de Louis XIV, le style décoratif français se distingue par un certain air de noblesse et de grandeur : on doit à Charmeton, à Jean Le Pautre, à Jean Berain, à Daniel Marot, à André-Charles Boulle d'excellentes compositions; ils surent éviter, dans la plupart de leurs ouvrages, les exagérations qui étaient à la mode dans d'autres pays, et dont
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les ornemanistss alhmands et italiens de cette épf-.que nous montrent de si fréquents exemples.
^'ers les premières années du dix-huitième siècle apparaît déjà le genre auquel on a donné le nom de la Régence; moins majestueux que celui du grand siècle, il ne manque pas d'une certaine grâce, et a le double mérite d'être entièrement français, et de se prêter parfaitement à la décoration intérieure des appartements. Sous le règne de Louis XV, les compositions pleines de fantaisie de Gillot et de Wattcau obtiennent une très -grande vogue; puis viennent Gilles-Marie Oppenord, Babel, Juste-Aurèle Meissonnier, et bientôt à leur suite d'autres ornemanistes de profession, tels que La joue, Pillement, Cuvilliés père; Meissonnier se distingue entre tous par le caractère exagéré et tourmenté de ses compositions, d'une frivolité charmante, et dont la ligne droite est bannie avec soin. Thomas Germain donne d'excellents modèles d'orfèvrerie. C'est alors que triomphe le genre qu'on a justement appelé i-ocail!e.
Peu à peu une réaction s'opère sous l'influence d'un retour à l'antiquité, et fait naitre un style auquel on a donné le nom de Louis XVI, bien qu'il ait précédé l'avènement de ce prince, comme le montrent les ouvrages de Neufforge et de La Fosse; c'est à ce dernier qu'un de ses contemporains, l'architecte Blondel, reprochait d'être " d'une pesanteur assommante ».
Les suites de gravures décoratives, déjà si nombreuses depuis le commencement du siècle, se multiplient encore : on voit paraître celles de Forty et de Prieur, deux ornemanistes qui étaient en même temps d'habiles ciseleurs; puis viennent les fantaisies fécondes et spirituelles des dessinateurs de vignettes, à la tête desquels se placent Gravclot, Moreau le jeune et Choffart. Les nombreux artistes qui s'adonnèrent à ce genre frivole et gracieux ornèrent les livres du temps d'innombrables gravures, qui fournissent de précieux renseignements sur le goût décoratif de la fin du dix-huitième siècle. Bientôt le style Louis X^'I ne tarde pas à se modifier, comme le montrent les dernières compositions de La Londe, de Cauvet et de Salembier, qui eurent alors une si grande influence sur les arts décoratifs.
Parmi les artistes de l'Allemagne et des Pavs-Bas qui au siècle dernier se sont consacrés à l'ornementation, il serait difficile d'en citer quelques-uns qui aient produit des ouvrages remarquables; d'un commun accord on reconnaît qu'ils n'ont pas su, comme les artistes français du même temps, rester dans les limites d'un bon goût relatif. L'Angleterre compte bien quelques ornemanistes, parmi lesquels le plus connu est Chippendale; mais leurs œuvres
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n'ont guère franchi les limites de leur pays. Quant à l'Espagne, elle n'a guère que le Lihro siibtilissiinn de Juan de Yciar, auquel a collaboré le Lyonnais Jean de ^'ingle. La gravure n'a guère été en honneur dans la Péninsule, et on ne peut compter comme un ouvrage espagnol, malgré son titre, le Libro artijicioso para todos los piutores y entalladores, platcros, einpedradorcs , dcbiichadores , cspaderos... , précieux recueil qui fut publié en plusieurs langues vers 1540. L'Espagne se contenta d'emprunter des gravures aux autres pays, notamment à la France, ce qu'un peintre du dix-septième siècle, Jusepe Martine/., déplorait amèrement pour son pays.
De nombreux recueils ont été publiés sur l'ornement, mais l'histoire écrite et figurée de cet art, une histoire ayant pour base et pour point de départ l'invention de la gravure, n'a pas encore été faite. Cette lacune sera comblée ^diV \q Répertoire des maîtres ornemanistes, qui réunit, dans son texte, les œuvres des graveurs en ce genre de toutes les époques et de tous les pays, classées méthodiquement, et reproduites avec la plus scrupuleuse fidélité. Il est à peine besoin d'insister sur l'utilité d'un pareil travail : les artistes y trouveront des renseignements certains, qui leur serviront à éviter dans les détails de leurs compositions de trop fréquents anachronismes; il servira de guide aux amateurs, à qui la connaissance des styles est indispensable pour le classement de leurs collections. Mais surtout il rendra les plus précieux services aux industries d'art, dont la base est le dessin ornemental : ces industries ont besoin de la science venant en aide à la fantaisie; pour se guider avec fruit, elles pourront étudier les anciens maîtres dans leurs meilleures œuvres décoratives, que leur rareté et leur prix rendent souvent peu accessibles. Le goût, la culture intelligente de l'art, sont aujourd'hui, pour tous les pays civilisés, la condition vitale des industries d'art, et une source féconde de richesse. On sait quels efforts, quelles ardentes tentatives, quels sacrifices ont été faits pour l'éducation décorative du peuple par nos voisins, devenus aujourd'hui nos rivaux. Depuis deux siècles, la supériorité de la France en matière de goût est reconnue et acceptée par le monde entier : c'est par l'étude permanente des chefs-d'œuvre des anciens maîtres que ses artistes et ses artisans arriveront à conserver leur suprématie.
Baron DAVILLIER.
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D. Ulilmaud Jiret. E. Plon et C", c-dit.
Fac-similé d'un Encadrement de paf;c de Simon de COLLIiXE
Paris. Milieu du XVi» sicJe
(îranJcur de l'orisiiul
Collection l'ouLi:
Bible de Jehan Pelit i5cj3.