ET DE SCULPTURE
« Antoine Watteau naquit à Valenciennes. Ses parents, quoique d'une fortune et d'une condition médiocres, ne négligèrent rien pour son éducation; ils ne consultèrent même que son penchant dans le choix de la profession qu'il vouloit embrasser. Ainsi, comme il avoit déjà donné des marques de l'inclination naturelle qu'il avoit pour la Peinture, son père, qui n'avoit aucune connoissance de cet art, mais qui vouloit seconder l'envie que son fils avoit de s'y appliquer, le mit, pour en apprendre k-s premiers principes, chez un assés mauvais Peintre de la même ville.
« Watteau, qui n'avoit pour lors que dix à onze ans, étudia avec tant d'ardeur, qu'au bout de quelques années, son maître luy paroissant peu capable de remplir ses idées et de le porter jusques au point où il pouvoit atteindre, il fit connoissance avec un autre Peintre qui se donnoit pour habile dans les décorations de théâtre, et qui, sur cette réputation, fut mandé en 1702 pour l'Opéra de Paris. Le jeune Watteau, qui ne désiroit rien tant que de se perfectionner, jugeant que le séjour de cette grande ville étoit le seul capable de luy procurer les moyens de s'avancer, obtint de son nouveau Maître de l'y accompagner. Il travailla d'abord sous luv il ce genre d'ouvrage; mais ce Peintre, qui ne réussissoit pas dans ses affaires comme il se l'étoit imaginé, fut contraint de s'en retourner en son pais, où son élève ne jugea pas à propos de le suivre.
« Quoique Watteau montrât alors des dispositions aJmirabk-s pour son art, cependant, comme il étoit encore trop jeune pour les faire bien connoître, il fut obligé, pour pouvoir subsister, de s'accommoder avec un Maître Peintre qui travailloit pour les Marchands de ces tableaux communs qu'on vend à la douzaine, qui luy donna de l'ouvrage, mais si peu d'argent, qu'il n'osoit le dire qu'en confidence; et, pour comble de malheur, il se voyoit contraint de copier les misérables productions de ce Maître. Enfin, lassé d'un travail aussi dégoûtant qu'infructueux, il le quitta et fit connoissance avec Gillot, Peintre nouvellement agréé à l'Académie.
« Celuy-cy ayant vu quelques desseins et quelques tableaux de sa main qui lui plurent, l'invita à venir demeurer avec luy. Cette proposition faisant plaisir à Watteau, il l'accepta, et dès lors il commença à travailler avec un peu plus de commodité et d'agrément; il profita de telle sorte des lumières de cet habile homme, qu'en peu de tems il prit beaucoup de sa manière, et l'on peut dire que dès les commencements mêmes il a inventé et dessiné dans le goût de Gillot, dont il traitoit à peu près les mêmes sujets. Mais il faut convenir que s'il eut du goût pour les festes champêtres, les sujets de théâtre et les habits modernes, èi l'imitation de son Maître, il n'est pas moins vrai de dire que dans la suite il les a traités d'une manière qui luy étoit propre et telle que la nature, dont il a toujours été adorateur, les luy faisoit appercevoir.
« Quelque tem.s après, soit que Gillot ne fût poussé que d'une généreuse envie de rendre service à son disciple, soit qu'ayant çté jusqu'alors l'unique dans ce genre de peindre, il regardât cet imitateur d'un oeil jaloux et comme un rival que ses rapides progrès dévoient luy faire craindre, il le sépara de luy pour le faire entrer au Luxembourg chez M. Audran, excellent peintre d'Ornemens, qui l'occupa à faire des figures dans ses ouvrages, et dont le bon goût ne servit pas peu à luy donner de nouvelles lumières.
« Watteau, porté de plus en plus à l'étude et échauffé des beautés de la galerie de -ce palais peinte par Rubens, alloit souvent étudier le coloris et la composition de ce grand Maître, ce qui en peu de temps luy fit prendre un goût bien plus naturel et bien différent de celuy qu'il avoit contracté chez (îillot.
" Ce tut environ dans ce tems-l'i qu'il composa pour le prix que T-Académie royale de
Peinture propose tous les ans, dont il remporta le second : on vit briller, dans le tableau qu'il lit ù ce sujet, les étincelles de ce beau feu qu'il a fait paroitre dans la suite.
« Après un tel honneur, on aurait cru que Watteau se seroit déterminé à rester à Paris pour s'y faire connoître de plus en plus et y perfectionner les talents qu'il avoit pour la Peinture; cependant, comme sa fortune n'avoit encore été qu'au-dessous du médiocre, et qu'il voyoit que ses ouvrages ne prenoient point faveur par le peu de connoissance qu'on avoit de son nouveau genre de peindre, il se dégoûta de Paris et prit la résolution de s'en retourner dans son païs. Mais, soit qu'il n'y trouvât pas ce qu'il cherchoit, soit par un effet de l'inconstance qui lui étoit naturelle, il n'y demeura pas longtemps, et après y avoir fait quelques tableaux, entre autres plusieurs études de camps et de soldats d'après nature, il revint à Paris, où il s'occupa à travailler pour quelques amis qui connoissoicnt son sçavoir.
« Quelque temps après son retour, l'Académie rovale de Peinture se proposa de choisir les plus capables d'entre les jeunes gens qui avoient remporté des prix pour les envoyer à Rome en qualité de pensionnaires du Roy. Watteau , qui tendoit toujours à la plus haute perfection, et qui regardoit le voyage d'Italie comme très-utile à son avancement, présenta, comme les autres, des desseins et des tableaux à M" de l'Académie, qui furent si surpris, qu'on luy fit entendre que, son mérite le distinguant de ses compétiteurs, bien loin de l'envoier à Rome pour y étudier, on le recevroit dans cette illustre Compagnie, s'il vouloit faire les pas nécessaires pour y être agréé; il les fit et fut reçu avec tous les agrémens imaginables : ce fut pour lors qu'il se fortifia extrêmement dans la belle manière, dont on peut dire qu'il est l'inventeur, et devint si habile qu'il n'y avoit point de curieux ni même personne de l'art qui ne souhaitât avoir quelques tableaux de luy. Gillot ne put alors s'empescher de reconnoître sa supériorité; il luy céda non-seulement le première place, mais, lui laissant le champ tout à fait libre, il quitta le pinceau pour se renfermer dans la gravure et le dessein.
Il Un témoignage aussi glorieux et aussi authentique que celuy que l'Académie venoit de rendre au mérite de Watteau augmenta considérablement le nombre de ses admirateurs, ce qui luv attira de si fréquentes visites, qu'à peine luy restoit-il du tems pour travailler; mais luy, qui étoit naturellement froid et indifférent pour les personnes qu'il ne connoissoit pas, se dégoûta bientost d'une telle importunité. Ainsi, M'' Croizat luy ayant proposé de prendre un logement chez luy, il profita d'autant plus volontiers de cette ofire, qu'il espéroit pouvoir travailler plus tranquillement, et puiser dans les trésors de son beau cabinet tout ce que la Peinture et la Sculture ont de plus excellent, et surtout voir les rares desseins dont, entre autres beautés. M' Croizat est possesseur. Et en effet, il faut convenir que depuis ce tems-là les tableaux de Watteau se ressentirent des lumières qu'il avoit été à portée de prendre dans ce Cabinet précieux. Au sortir de cette maison, il fut loger avec M' Vleughels, son ami, qui est à présent Directeur de l'Académie de Peinture et Sculpture que le Roy entretient à Rome, et qui vient d'être honoré de l'ordre de Saint-Michel. Là, il travailla avec beaucoup de succès jusqu'en 1718.
« La réputation de Watteau étoit alors des plus grandes; elle lui avoit acquis pour amis plusieurs personnes de considération, et il pouvoit se flatter de se faire en peu de tems un établissement avantageux s'il avoit voulu demeurer à Paris; mais il donna encore un trait de son instabilité en quittant une seconde fois toutes ses espérances pour passer en Angleterre. Ce voyage ne luy fut pas heureux; car, comme il étoit d'un tempérament très-délicat, le changement de climat, joint à l'intempérie de l'air, qui est fort épais dans ce païs-là, altéra si fort sa santé, qu'il v fut presque toujours malade. Il ne laissa pourtant pas d'v faire quelques tableaux qui luv attirèrent l'admiration des connoisseurs.
Il Après une absence d'environ un an, il revint à Paris, ou il ne fit plus que traîner une vie languissante et ennuveuse; il n'avait presque pas un jour de santé; mais quoique ses infirmités continuelles ne lui laissassent pas un moment d'intervalle, il travailla néanmoins
de tems en tems, ce qu'il continua de faire jusques à ce qu'enfin il mourût li Nogent près Paris le i8 juillet 1721, âgé d'environ trente-sept ans.
« Watteau étoit de moyenne taille et de constitution foible; il avoit l'esprit vif et pénétrant, et les sentimens élevés; il parloit peu, mais bien, et écrivoit de même; il méditoit presque toujours, grand admirateur de la nature et de tous les maîtres qui l'ont copiée; le travail assidu l'avoit rendu un peu mélancolique, d'un abord froid et embarrassé, ce qui le rendoit quelques fois incommode ù ses amis, et souvent à luy-même ; il n'avoit point d'autre défaut que celui de l'indifférence et d'aimer le changement. On peut dire que jamais Peintre n'a eu plus de réputation que luy, aussi bien pendant sa vie qu'après sa mort. Ses tableaux, qui sont montés à un très-haut prix, sont encore recherchés aujourd'huy avec beaucoup d'empressement; on en voit en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, en Prusse, en Italie et dans beaucoup d'endroits de la France, surtout à Paris. Aussi faut-il convenir qu'il n'y a pas de tableaux de Cabinet plus agréables que les siens : ils renferment la correction du dessein, la vérité de la couleur et une finesse de pinceau inimitable. Il a très-bien entendu le païsage; non-seulement il a excellé dans les compositions galantes et champêtres, mais dans les sujets d'armée, de marches et de haltes de soldats, dont le caractère simple et naturel rend ces sortes de tableaux très-précieux. Il a même laissé quelques morceaux historiés, dont le goût excellent fait assez connoître qu'il eût également réussi dans cette partie s'il en eût fait son principal objet.
Il Quoique la vie de Watteau ait été fort courte, le grand nombre de ses ouvrages pourroit faire croire qu'elle auroit été très-longue, au lieu qu'il montre seulement qu'il étoit très-laborieux; en effet, ses heures même de récréation et de promenade ne se passoient point sans qu'il étudiât la nature et qu'il la dessinât dans les situations où elle lui paroissoit plus admirable.
« La quantité de desseins qu'a produits son étude, et dont on a fait choix pour les faire graver et en former une œuvre, est une preuve de cette vérité. »
5. LE ROUX [J. B.,, architecte, ne à Paris en ibjf), mort en 1743.
Une suite de cinq pièces. Décor.\tion intérieure de l'hôtel de Roquel.iure, du dessein de M. Le Roux, architecte. Paris , chej Mariette. — Ces pièces représentent : la Porte d'entrée de la précédente antichambre , — la Décoration du côté de la cheminée d'une antichambre, — la Décoration du coté de la cheminée oit est la chapelle, — la Décoration du côté de la cheminée de la chambre à coucher. — Lambris, une Croisée et une Glace. — Ci;tte suite se trouve dans l'Architecture française, de Mariette, 1727, premier volume. — BIBLIOTH. DE BRUXELLES, — Collection Cruchet, six pièces.
Une suite de six pièces. Nouve.\ux Lambris de Galeries, Chambres et Cabinets , par le sieur J. B. Le Roux, arch. Paris, chej Mariette. — BIBLIOTH. DE PARIS, H d. 22. — Au bas de ce titre, nous voyons la note suivante que nous croyons utile de mentionner : « Les Lambris se font présentement à grands Panneaux de bois de chesne ornez de Cadres ou de simples moulures. On peint les Lambris en blanc à l'huile, et plus ordinairement à détrempe, pour épargner la dépense et pour éviter la mauvaise odeur. Le blanc rend les lieux plus clairs, plus propres et plus frais; on dore les ornements et moulures pour une plus grande richesse. Quand on ne veut pas peindre le bois, on y met deux couches de vernis à l'esprit de-vin , après passé deux encollures de colle de gants. On orne les Lambris, au-dessus de l'appuy, de glaces d'une ou plusieurs pièces. »
Une suite de six pièces. Che.minées avec trumeaux de glace. — BIBLIOTH. DE BRUXELLES, dans le premier volume de V Architecture à la mode, de .\Lirielle. — On les trouve encore dans le Répertoire des Artistes, de Jombert. \" vol., n° 12.
Dans la Collection Bérard, nous trouvons les quatre pièces suivantes :
1° Décorations intérieures des Vestibules, du dessein de M. Le Roux. arch. — 2° Lam-
bris, du dessein de M. Le Roux, arcli. — 3" Décoration du côté de la Cheminée d'une Antichambre, du dessein de M. Le Rnu.v, arch. — 4° Décoration du côté de la Cheminée d'une Antichambre, du dessein de M. Le Rou.v. arcli.
Une suite de huit pièces. Décoration ixtkrieukk de l'hôtei. m; Vu.l.vrs, gravé par BlondeL — Plan de la Galerie de l'hôtel de Villars. — Décoration de la Cheminée de la Galerie de l'hôtel de }'illars, avec partie des trumeaux de glace qui l'accompagnent. — Décoration intérieure du côté de l'entrée de la Galerie, etc. — Décoration d'un des Trumeau.x- de glace arec deii.v moitiés de croisées de la Galerie, etc. — Décoration intérieure de la Galerie, prise ^ur la largeur. — Chambranle de marbre de la Cheminée de la Galerie, avec les orncmcns de bronze dont il est revêtu. — Décoration d'une des croisées et de sa voussure, avec deu.v moitiés de trumeau.v de la glace , etc. — Décoration intérieure de la Galerie de l'hôtel de Villars , prise sur la longueur. La Galerie a soixante-dou^e pieds dans œuvre. Planche double. — Collection Lesoufaché. — La BIBLIOTH. DE PARIS, dans les Suppléments . possède quatre copies de ces pièces, publiées par Rapill)et Morel.
Il a aussi décoré I'Hôtel de Villeroy. Nous en trouvons une pièce dans le volume d'Architecture. H d. 20S. Elle représente un Salon de forme ovale. Mariette e.w
Les premières compositions de ce maître sont Louis XIV, et les dernières Louis XV, penre régence.