‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 8 sur 116 · LES CARÊMES D'UNE TRAGÉDIENNE · texte numérisé non relu

LES CARÊMES D'UNE TRAGÉDIENNE

A Monsieur le marquis de La Chalotais.

Paris, ce 11 mars 1730.

J'ai reçu, Monsieur, le tribut qu'il plaît à votre amitié de m'envoyer tous les caresmes ; je suis fâchée qu'il n'y en ait qu'un par an, puisque ce n'est que dans ce temps et à cette occasion que vous m'honorez de votre souvenir. Je suis très flattée qu'il subsiste malgré la longueur de l'absence et le peu d'espérance de nous revoir. — Pour moi, je suis très-constante pour des amis tels que vous, et dussions-nous vivre cent ans et rester aussi éloignés, je ne vous oublierais point ; mais j'aimerais mieux vous revoir. — Vous voilà décoré d'une charge qui vous retiendra plus que jamais dans votre Bretagne, et à moins que je n'y aille, je ne verray plus mon petit abbé : Il y a peut-être de l'indécence à moy d'appeler ainssy un homme devenu très-grave par le sacrement et la magistrature, je vous en demande donc pardon très-humblement, Monsieur, à vous, à Madame vostre épouse et à vôtre nouvelle dignité ; tout ce que je puis vous assurer, c'est que mon petit abbé, jeune, plein d'esprit, de grâce et de sagesse, n'estoit pas moins respectable pour moy que Monsieur le marquis de La Chalotais, père de famille et avocat général du Parlement de Bretagne. Ces

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