LE TRAITEMENT CHIRURGICAL — LA CURE RADICALE
LA CURE PALLIATIVE
Considérations générales sur le traitement du canoer de restomac. — Le traitement médical. — Les médications soi-disant spécifiques. — Le condurango. — Le chlorate de soude. — Les médicaments divers. — Les sérums anti-cancéreux.
u traitement Un dcs spectacIcs qui m*ont le plus attristé au début
^/l.!!!!!!!!-, de mes études médicales, c'est celui de Tabandon dans
ae 1 estomao. '
lequel on laissait les misérables malades convaincus de cancer de Testomac*. Le chef de service commençait par les examiner minutieusement ; il développait complaisamment les considérations séméiologiques qui conduisaient à poser le diagnostic et à porter un pronostic toujours fatal, et la conférence se terminait par la prescription d'un immuable régime lacté. Le triste patient était alors abandonné à la nature et à son mal. Quand il ne pouvait plus digérer son lail et vomissait plus ou moins ce quUl en prenait, on ordonnait une potion de Rivière. Quand il avait une hématémèse, on le mettait à la diète et on lui donnait du pe^xhlorure de fer et, lorsque le malheu-
1. Albert Robin. — Traitement médical du cancer de Testomac, Bulletin général de thérapeutique, 1896.
reux ne pouvait plus supporter ses souffrances, on lui faisait des piqûres de morphine insqu'k la délivrance de la mort.
u traitement Aujourd'hui, nous ne sommes guère plus avancés.
***™^*^- L'intervention chirurgicale, il est vrai, a donné dans certains cas des résultats encourageants au point de vue de la survie des malades; dans d'autres, elle a diminué les souffrances en rétablissant le cours des aliments entravé par une sténose cancéreuse du pylore. Mais dans combien de cas peut-on intervenir? De quels risques l'opération est-elle encore entourée? Quelle est la durée des améliorations obtenues? A lire les conclusions chirurgicales de Cunéo sur l'envahissement ganglionnaire dans le cancer de l'estomac, il résulte celte décourageante conviction que la gastrectomie risque de n'être jamais une opération curative du cancer. Il n'en est pas moins vrai que, dans l'état précaire de nos connaissances sur le traitement du cancer, on doit recourir à la chirurgie dès qu'on aura le diagnostic, et toute l'étude que nous venons de faire ne tend qu'à ce seul but du diagnostic certain et précoce.
Retraitement Est-cc à dire quc le traitement médical soit
™ nul ? Non, certainement*. Car, s'il est vrai qu'il ne com-
porte en soi aucune espérance de guérison, il peut tout au moins atténuer les symptômes les plus pénibles, diminuer les causes de douleur et surtout entretenir l'espérance que les plus simples notions d'humanité nous défendent d'ôter au condamné inopérable. Et puis laissez-moi vous dire aussi qu'on ne doit jamais abandonner le traitement d'un malade, eût-on l'absolue conviction qu'il a un cancer, parce que les médecins les plus habiles se trompent plus souvent qu'ils ne le pensent eux-mêmes, et parce qu'on doit toujours faire bénéficier le malade d'une erreur possible dans le diagnostic. Enfin il est des cas où des malades sont inopérables à cause de la faiblesse dans la(juelle ils sont tombés et où un traitement médical bien conduit peutles* remonter assez pour qu'une intervention puisse êlre effectuée. Pour toutes ces raisons, il doit y avoir un traitement médical du cancer de l'estomac. Ce traitement, évidemment palliatif, s'inspireradu siège et non de la nature du néoplasme, ainsi que des notions exposées précédemment sur le chimisme gastrique et sur l'état des échanges organiques. Son but sera d'assurer l'alimentation, d'améliorer la digestion et de maintenir la nutrition générale.
1. p. MusELiER. — Traitement médical du cancer de i*estomac, Traité de thérapeutique appliquée d^ÂLBERT Robin, p. 419, fascicule XII.
i036 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC
LM médicâUoM '1 "'y ^ Pî^s de traitement médical curatif du cancer
"é^^f stomacal. Tous les spécifiques proposés ont fait
— faillite. Casarès avait dit merveille du condurango
oon urtngo. ^^^^^ ^^ Friedreich aurait constaté en dix-sept
jours la diminution notable d'une tumeur cancéreuse et la disparition des ganglions sus-claviculaires concomitants. Mais Riess n*a vu que trois améliorations temporaires sur 51 cas et, depuis lors, le condurango est réduit au simple rôle de tonique et d'apéritif*. Le condurango s'administre de la façon suivante :
t)( Écorce de condurango blanc 15 grammes
Eau de fontaine 350 —
Porter à l'ébullition et réduire à 150 grammes. Donner une cuillerée à
soupe une demi-heure avant chaque repas.
On ajoutera quelquefois avec avantage 1 gramme d'acide chlorhydrique à la décoction précédente. La teinture et Y extrait fluide de condurango sont aussi des préparations reconimandables.
Le obiorata de Le chloratc de soude a eu son heure de vogue après ""**•* la communication de Brissaud* au Congrès de Besançon. Il aurait au moins soulagé cinq malades, aux doses de 8 à 16 grammes par jour; le mela^na, les hématémèses cesseraient totalement, la cachexie disparaîtrait, et la tumeur elle-même se serait évanouie en six semaines. Le chlorate de soude aurait une action spécifique sur les épithéliums néoplasiques; il agirait sur le cancer de l'estomac de la même façon que le chlorate de potasse sur le cancroïde de la peau et la leucoplasie buccale. Il a sur ce dernier sel l'avantage d'une plus grande solubilité et d'une moindre toxicité. On le formule ainsi :
*Jf Chlorate de soude 8 à 12 grammes
Eau distillée 300 —
Dissolvez. Â prendre par cuillerées à café dans les vingt-quatre heures.
L'albuminurie, même légère, est une contre-indication.
Ce médicament continue à être employé, mais il agit surtout dans les faux cancers'. Dans les cas de cancer vrai où je m'en suis servi, j'ai constaté qu'il améliorait quelquefois et temporairement l'appétit.
1. FriedreicHi Riegel, Riess. — Berliner klinische Wochenschrift, iBl^,^^iLUEiMY, Les nouveaux remèdes, p. 70, 1887.