PREMIÈRE PARTIE CONSIDÉRATIONS PHYSIOLOGIQUES
Dans un caractère, deux facteurs interviennent qui décident de son tour particulier : le cerveau, pétri par l'hérédité, modifié par Téducation et le milieu, d'une part, et de Tautre, le grand sympathique, nous voulons dire les réactions nerveuses et glandulaires à leur tour préparées par le type nutritif des ascendants, et dans leurs relations avec le cerveau, ordonnant les divers modes de sensibilité.
Entre ces deux facteurs la balance n'est pas égale. Le grand sympathique et les sécrétions in-^ ternes pèsent d'un poidi beaucoup plus lourd. Les sécrétions internes, produit de certaines glandes profondes (foie, surrénales^ thyroïdes, paraty^ phoïdes) règlent la nutrition, maintiennent la composition du milieu intérieur, élaborent les déchets, ■ . ordonnent le mécanisme même de la vie. Le grand sympathique, nerf directeur, met en brafle ces roues glandulaires en même temps qu'il actionne
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le jeu des fonctions viscérales (tube digestif, cœur, organes sexuels).
Toute excitation vive, d'origine cérébrale, se répercute en ondes soulevées à distance dans le domaine du grand sympathique. Les émotifs connaissent ces bouillonnements tumultueux ; chez les esprits prudents, logiciens au cœur sec, les chocs retentissent en sonorités plus sourdes, et le sympathique échappe à leur vibration. D'où un ébranlement a son tour très atténué dans les sphères du système nerveux sensitif supérieur, c'est-à-dire de la mentalité du sujet. Celle-ci cessant d'enregistrer les images que lui envoient les filets nerveux viscéraux languit communément et cesse de stimuler. Les idées n'allument pas à distance les foyers émotifs du sympathique et ceux-ci n'échauffent pas les idées aux reflets de leur flamme.
A titre de prélude, un mot sur les réactions nerveuses du cerveau sur le sympathique. Elles peuvent être groupées en quatre classes : gastriques, intestinales, cardiaques et vaso-motrices, glandulaires. Quelques lignes directrices suffiront pour en esquisser les traits.
1** Réactions gastriques. — Elles se traduisent le plus souvent par de l'excitation associée à la paresse. Les termes de dyspepsie acide, hyperchlorhydrie, hypersthénie (Albert Robin), gastraJ-
gie, sont communément apposés à titre d'étiquette sur le tableau de ces troubles. Le sujet a de Tappétit, mais se plaint de vertiges, accuse des douleurs, sensations de brûlure, de pincement, de plénitude, qui se produisent quelques heures après les repas, s'accompagnent de renvois gazeux, cèdent avec ringestion de boissons chaudes, entraînent un amaigrissement rapide. Les sujets sont inquiets, abattus, fatigués dès le réveil, d'autant qu'ils ne trouvent pas dans le sommeil la réparation espérée. Une insomnie toute spéciale s'installe, coupe le sommeil vers une heure ou deux heures du matin, se prolonge fort avant dans la nuit. Quand le malade se rendort, il est trop tard : c'est l'heure du lever et de reprendre la tâche quotidienne. Bien qui énerve, agace, irrite comme la réapparition à heures prévues de ces malaises qui aboutissent à la neurasthénie confirmée.
2* Réactions intestinales. — L'excitation de Testomac entraîne une hyperacidité habituelle du suc gastrique qui irrite l'intestin, d'oii spasmes plus ou moins douloureux. La constipation est habituelle, provoquant surtout chez la femme, et du fait de la contracture en jeu, une hypersécrétion de la muqueiiBe. L'entérocolite muco-membraneuse est constituée, analogue chez la femme à la dyspepsie acide (hyperchlorhydrie) de l'homme.
3* Réactions cardiaques et vaso-motrices. — Des palpitations, étouffements, faux pas du cœur surgissent surtout après les repas. Anxieux, les malades redoutent une maladie grave. Une hygiène alimentaire appropriée a vite fait de réduire ces troubles qui sont une conséquence journalière des états dyspeptiques. Une émotion, en effet, suffît pour provoquer les phénomènes vaso-moteurs :
spasme des vaisseaux, pâleur des traits, fourmillement des extrémités, tendances syncopales ou bien les phénomènes inverses, à savoir : rougeurs, congestions, battements des artères ; une tare dyspeptique, superposée, n'est point nécessaire à Téclo-» sion de ces accidents, seulement il n'en va pas de même des étouffements et des faux pas du cœur. Les uns suivent une réplétion gazeuse de Festomac, et les autres, une excitation nerveuse de Festomac qui, se transmettant aux nerfs du cœur, contracte le cœur avant terme, en manière de choc sec perçu dans la région thoracique correspondante. Rien de grave à ces accidents qui guérissent) le mieux du monde avec Taide de médications très simples.
Réactions glandulaires. — Les réactions glandulaires des chocs nerveux ne sont pas toutes également connues. On a pénétré les réactions de la thyroïde qui peuvent suivre un accès de colère et
fixent ensuite, dans la permanence du regard irrité, l'image de la colère initiale (maladie de Basedow). Pour la perturbation d'autres glandes : surrénales, hypophyse, glandes sexuelles^ les documents commencent également à éclairer la voie. Nous en reparlerons en croisant les névroses dont un grand nombre paraissent liées à des modifica* tions dans l'activité des glandes profondes.
Ces multiples réactions, en inscrivant dans le cerveau les images de leurs modalités diverses, engendrent des manifestations multiples de caractère. Elles dessinent les physionomies, appuient certains traits, en corrigent ou en effacent d'autres. Les réactions digestives font de l'abattement et de la tristesse^ les réactions cardiaques de l'anxiété ; les réactions vaso-motrices soufflent l'emportement et la colère ou s'éteignent dans l'inertie et la fatigue ; aux réactions glandulaires appartiennent l'activité motrice et l'énergie émotionnelle du sujet.
Le cerveau entre en collaboration avec ces sollicitations émotives. C'est lui qui prononce en dernier ressort. Le libre arbitre n'est pas un mythe quand il s'agit d'un acte. L'éducation de la volonté a toujours pouvoir de s'inscrire contre les appels des réactions organiques. Pour ardu qu'il soit, l'effort court chance de rentrer victorieux, si son intervention s'est exercée à temps. Il ne s'agit
Il LES MA.LÀDIEB DES CitRACTÉRlilS
paB d'attendre qu'il aoit trop tard. Possédant la faculté de prévoir, le cerveau préviendra l'heure dea tenLaiiona imminentes. Il organisera son attitude en conséquence et une défensive vigilante lui permettra de résister. Les âmes élevées ne glisseront pas sur la pente en dépit des tentations de leur sympathique ; les âmes basses rouleront avec volupté^ enivrées de la chute. Seulement, si le cerveau est maître de ses actes, il ne Test nullement de ses pensées et de ses impulsions, et les réactions organiques et glandulaires réclament, dans celte participation, leur large part d'influence. Ce sont elles en fin de compte qui décident de la note dominante : le caractère ; en dehors de Télévation ou de la bassesse primordiale qui leur échappent, ce sont elles qui créent le type fondamentaL La personnalité dérive du caractère, rintelligence et la pensée n'y figurent qu'à titre de rayons qui éclairent certains traits sans tracer les lignes de ressemblance individuelle, «c L'intelligence est la lumière, elle n'est pas la vie, ni par conséquent l'action. * »
Sur un même type de caractère convergent les rayons d'intelligences très inégales» Nous croiserons des agités niais et des agités intelligents, des apathiques d'esprit éveillé et d'autres parfaitement
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engourdis. Ainsi de toutes les variétés. L'intellî gence est une fleur ; le caractère la tige. Combien de tiges vertes, et sans la moindre fleur !
Pouvons-nous pénétrer plus profondément dans le mécanisme physiologique et démêler par l'intermédiaire de quel procédé s'opèrent ces rencontres de réactions glandulaires et de sollicitations nerveuses ? Des ferments excitent par leur présence* on le sait, mais ces ferments actionnent une circulation d'énergie, influx nerveux, force vitale^ dont nous ignorons tout. On peut supposer que cette énergie, de nature sans doute radio-active, pèche en mode de qualité, de quantité, de répartition et que bien des troubles naissent de ces variantes. Satisfaisante à l'esprit, celte interprétation demeure malheureusement à l'état de nuée qu'aucune épreuve expérimentale n'a encore concrétée en substance de vérité palpable et précise.