MALADIES DES DENTS
plus appréciable chez ces derniers, que chez les hommes âgés. Sur soixante-deux cas observés par Schmidt (entre dix et vingt-cinq ans) la diminution de l'amplitude de l'accommodation était de -f- 5 D ou même plus, dans trente-cinq cas, qui ont dû cire compensées par une lentille convexe de 5 D.
Cette parésie passagère de l'accommodation dans la grande majorité des cas passe inaperçue ; quelques malades seulement se plaignent des difficultés qu'ils éprouvent à lire.
La parésie de l'accommodation serait, d'après Schmidt, de nature réflexe : l'irritation des nerfs vaso-moteurs de l'œil, provoquée par la dent malade, augmente la tension de l'œil : Jacobson rejette et avec raison cette théorie. Nous savons, en effet, que les douleurs dentaires et l'irritation du trijumeau peuvent provoquer une augmentation de la tension intra-oculaire el produire par suite, chez des prédisposés, des accès de glaucome aigu (Greniçean). Mais d'un autre côté, nous savons également que l'œil de l'adolescent peut supporter sans inconvénient une certaine augmentation dans la quantité de liquide intra-oculaire, comme l'a du reste démontré de Graefe. Cependant on a le droit de se demander comment une tension intra-oculaire assez considérable pour provoquer la parésie de l'accommodation n'a point déterminé d'accès de glaucome aigu. Pour Jacobson la cause de cette parésie serait le relâchement pour ainsi dire instinctif du muscle de l'accommodation. Ou observe fréquemment clans les kératites, la cyclite, l'irradiation de la douleur dans les nerfs dentaires. D'un autre côté, dans les névralgies dentaires on observe un certain degré d'hypéresthésie des nerfs de l'œil, ce qui fait que les contractions du muscle de l'accommodation sont douloureuses; les malades évitent de les produire, d'où cet affaiblissement volontaire pour ainsi dire du muscle de l'accommodation. C'est ainsi que dans la migraine on évite les impressions visuelles et auditives (Jacobson).
Nous n'avons pas encore l'explication de ce fait aujourd'hui indiscutable, que l'irritation d'un nerf sensitif peut diminuer ou même supprimer l'énergie d'un nerf moteur (parésie ou paralysie réflexe). Brown-Séquard l'explique par l'inhibition: d'autres invoquent l'influence des vaso-moteurs.
Les affections dentaires peuvent provoquer des symptômes réflexes du côté du nerf facial: par exemple du blépharospasme tonique et des contractions cloniques du muscle orbiculaire des paupières qui ne sont qu'une des manifestations du tic convulsif survenant à la suite des maux de dents. Chez les enfants prédisposés ces douleurs dentaires peuvent même favoriser le développement de lachorée.
Entre autres complications des douleurs dentaires on remarque : l'amblyopie et même l'amaurose passagères, symptômes réflexes, disparaissant après l'arrachement de la dent malade; quand il y aretré-
cissement périphérique du champ visuel, les malades se plaignent de la fatigue des yeux à la lecture, d'éblouissement par la lumière vive, d'apparition des couleurs complémentaires qui se produisent quand on regarde fixement les objets. A l'ophthalmoscope : le fond de l'œil est normal dans la plupart des cas; quelquefois on trouve un léger voile dans la portion postérieure de la rétine autour de la papille. A notre avis, il est probable que ces altérations aussi bien que les cas d'atrophie du nerf optique dépendent de l'affection dentaire. Quant au rétrécissement concentrique du champ visuel, à l'amaurose et à l'amblyopie, ils s'expliquent parle resserrement réflexe des vaisseaux de la rétine; ces symptômes sont analogues à ceux qu'on observe dans l'excitation du trijumeau et dans les affections du nez (voir p. 4G6).
L'inflammation de la racine (carie) dentaire peut provoquer par suite de la résorption putride, une î i i Lis ou la présence du pus dans la chambre antérieure de l'œil. Ces faits sont rares, mais réels et analogues à ce qu'on observe à la suite des inflammations purulentes et infectieuses soit des fosses nasales soit des organes sexuels de la femme.
La périoslite d'une alvéole dentaire déterminée parla propagation du processus inflammatoire vers le sinus maxillaire et delà vers l'organe delà vision, peut provoquer : des abcès des paupières (paupières inférieures surtout), et des phlegmons de l'orbite observés en plusieurs cas (Caspar, Ziem). Ces complications oculaires sont très dangereuses à cause du voisinage des méninges, qui peuvent à leur tour être prises.
Wicherkiewicz rapporte l'observation suivante : quelque temps après l'extraction d'une dent cariée, une gangrène des paupières et un abcès orbitaire se déclarent; l'inflammation se communique aux méninges, et le malade meurt des suites d'une méningite. On voit que l'antisepsie rigoureuse est indiquée même pour les opérations les plus minimes telles que les extractions dentaires.