‹ Les maladies des yeux dans leurs rapports avec la pathologie générale; (volume 2)Chapitre 113 sur 277 · TROUBLES OCULAIRES DANS DIVERS ANÉVRYSMES · texte numérisé non relu

TROUBLES OCULAIRES DANS DIVERS ANÉVRYSMES

Dans un cas de dilatation avec hypertrophie généralisée du système vasculaire, Knapp a constaté une dilatation très manifeste des vaisseaux rétiniens. 11 nota, dans diverses artères périphériques, des souffles analogues à ceux qu'on observe dans les anévrysmes. La papille optique était sillonnée par de nombreux vaisseaux volumineux, dont on pouvait suivre les ramifications jusqu'à la tache jaune. Malgré cela, la vue était normale.

Les anévrysmes de la carotide primitive, du tronc commun et de la crosse de l'aorte déterminent le rétrécissemeut de la pupille du côté de la lésion. Ce myosis est dû à la compression du grand sympathique cervical correspondant, ainsi que l'ont démontré plusieurs autopsies. 11 est permis de supposer que, dans ces cas, le myosis est précédé d'une dilatation de la pupille occasionnée par l'irritation des filets cervicaux du grand sympathique ; mais on n'a pas signalé ce symptôme, et il se pourrait qu'on n'eût pas fait attention à cette dilatation, parce qu'au début le diagnostic des anévrysmes dont nous parlons offre de sérieuses difficultés.

On voit que, dans les anévrysmes du tronc commun et de la carotide primitive, une partie du sang subit un reflux pendant la diastole du cœur. A priori, on peut donc penser que ce reflux amènera l'apparition du pouls artériel dans les vaisseaux rétiniens de l'œil correspondant. C'est, en effet, ce que l'examen ophtalmoscopique a permis de constater dans des cas d'anévrysme de l'aorte ascendante delà crosse de l'aorte; mais le pouls est plus faible que dans l'insuffisance aortique. Chez un malade atteint d'un anévrysme de la crosse de l'aorte siégeant entre le tronc brachio-céphalique et la carotide gauche, on a noté des pulsations très nettes des artères rétiniennes de l'œil gauche ; du côté droit, le pouls artériel était beaucoup moins manifeste. L'examen ophthalmoscopique peut donc aider au diagnostic des anévrysmes dont nous venons de parler, c'est là un fait très important à connaître.

Les [anévrysmes peuvent être le point de départ d'une embolie de l'artère centrale de la rétine, lorsqu'un caillot vient à être entraîné jusque dans ce vaisseau.

On peut aussi observer des troubles oculaires dans les anévrysmes des artères intr a- crâniennes. Nous laisserons de coté les anévrysmes capillaires qui, d'après Charcot et Bouchard, jouent un rôle considérable dans la production des hémorrhagies cérébrales, et qui saccompagnent, dans la rétine, d'anévrysmes miliaires susceptibles d'occasionner une apoplexie rétinienne. Pour ce qui les concerne, nous renverrons le lecteur au chapitre consacré à l'artério-sclérose.

Jusqu'ici, on n'a constaté que trois cas de troubles oculaires consécutifs à un anévrysme de l'artère sylvienne. La rupture des sacs anévrysmaux avait causé un épanchement sanguin dans l'espace intervaginal du nerf optique (Remak), et ce phénomène connu sous le nom d'hématome des gaines optiques avait lui-même occasionné de la névrite optique.

Nous ne connaissons qu'un seul exemple de troubles oculaires survenus à la suite d'un anévrysme de l'artère basilaire, et c'est à Hutchinson fils qu'est due l'observation. Une femme atteinte d'endocardite ulcéreuse fut frappée, douze jours avant sa mort, d'amaurose bilatérale. A l'autopsie on rencontra un petit anévrysme siégeant à l'extrémité antérieure de l'artère basilaire et comprimant le chiasma. On ne saurait admettre que cet anévrysme se fût développé sur l'artère communicante postérieure, car il eût entraîné de l'hémianopie par compression d'une bandelette optique. Des deux côtés, les gaines optiques étaient considérablement dilatées, et on constata l'existence de névrite rétro-bulbaire très légère. L'examen ophthalmoscopique avait permis d'observer une contraction des vaisseaux rétiniens.

A diverses reprises, on a rencontré des anévrysmes de l'artère ophtltalmique. Dans un cas rapporté par Dumpsy, on avait noté de l'exophthalmie pulsatile et un souffle systolique vibratoire que le malade percevait lui-même, en même temps qu'il éprouvait de la formication de l'œil et de la moitié correspondante de la face. On avait essayé sans succès la compression de la carotide au moyen des doigts, puis la ligature de cette artère. La mort fut occasionnée par une hémorrhagie orbitaire foudroyante. L'autopsie démontra l'existence d'un anévrysme sacciforme de l'artère ophthalmique.

Les anévrysmes de ce vaisseau sont presque toujours orbitaires; il est extrêmement rare qu'ils siègent sur son parcours intra-ciànien. Lorsque le fait se présente, la tumeur peut exister longtemps sans provoquer de symptômes appréciables.

Les anévrysmes de l'artère opbthalmique peuvent être spontanés ou traumatiques, diffus ou circonscrits.

ANÉYRYSME ARTÉRI0S0-VE1NEUX. 225

\. ANÉVRYSME ASTÉRIOSO-VEINEUX DE LA CAROTIDE INTERNE DANS LE SINUS CAVERNEUX.

L'anévrysme artérioso-veineuxde la carotide interne qui a son siège dans le sinus caverneux ressemble beaucoup, par ses principaux symptômes, à l'anévrysme de l'artère ophtalmique; mais il est bien plus fréquent que ce dernier. Les symptômes dont se plaignent les malades consistent en troubles auditifs du côté malade (bourdonnements et tintements d'oreilles) et en maux de tète. L'insomnie qui accompagne celte affection finit par amener un affaiblissement général.

L'examen objectif permet de constater que l'un des yeux est projeté en avant; l'exopbtalmie est pulsatile. En pressant avec les doigts, on peut refouler l'œil dans l'orbite. A l'aide du stéthoscope, on entend un souffle continu avec exacerbation au niveau de l'œil et delà tempe; la compression de la carotide le fait disparaître. L'examen ophtalmoscopique montre une dilatation de- veines rétiniennes donnant une stase veineuse que l'on observe également dans les paupières, dans la conjonctive et dans le tissu cutané avoisinant l'orbite. On voit apparaître des névralgies, causées probablement parla compression exercée par l'anévrysme sur les filets du trijumeau, et des paralysies des muscles de l'œil dues à la même cause. S'il survient des bémorrhagies orbitaires. la vie du malade peut se trouver en danger.

Dans la plupart des cas, l'anévrysme dont nous parlons est la conséquence d'un traumatisme qui a amené la déchirure de la carotide interne dans le sinus caverneux. Nélaton observa un cas de ce genre : l'artère avait été lésée par une esquille détachée du corps du sphénoïde. L'nutopsie fut faite par Sappey. et c'est à Delens que l'on doit la description de ce cas pathologique. On connaît des exemples de lésions de la carotide interne par de menus plombs, lésions suivies d'exophtalmie pulsatile : tantôt le traumatisme avait agi sur le pourtour de l'orbite, tantôt son action ne s'était fait sentir que par contrecoup. La déchirure de la carotide interne dans le sinus caverneux est parfois un symptôme concomitant de fractures ou de fissures de la base du crâne.

Le traitement de cette affection consiste dans la ligature de la carotide primitive ou dans sa compression méthodique parles doigts. Sur G3 cas, dont on trouve la description dans les auteurs, la ligature a été 38 fois suivie de succès; dans 17 cas, il s'est produit une amélioration passagère suivie de rechute. C'est ce qui est arrivé dans un cas observé par Le Fort : après la ligature, la malade ne tarda pas à être atteinte de nouveau d'exophtalmie , et elle percevait un bruit de rouet.

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