ROUGEOLE
On sait que le catarrhe c on jo activai est un des symptômes les plus constants de la rougeole. Il existe déjà dans la période prodromale et son intensité augmente avec l'apparition de l'exanthème de la peau. L'affection conjonctivale atteint sa plus grande intensité le second jour de la période d'éruplion. Le gonflement de la conjonctive est surtout très prononcé dans la partie palpébrale ; la sécrétion est très abondante ; la conjonctive bulbaire est également toujours atteinte, quoique moins fortement. Les malades se plaignent d'un sentiment de pression dans l'œil et de photophobie. Le catarrhe conjonctival est si constant au début de la rougeole qu'il nous sert dans des cas douteux comme moyen de diagnostic différentiel entre la rougeole et la variole.
Le catarrhe conjonctival s'améliore ou disparaît ordinairement vers la fin de la période d'état. Pourtant ce catarrhe peut se compliquer d'une affection diphlhérique.
On observe dans des cas rares des détachements partiels d'épithéliwn cornéen ainsi que la formation de ph/yctènes. Les ulcères de la cornée ou la kérato-malacie qui se forme toujours dans la période d'état sont également extrêmement rares.
Les afFeclions oculaires sont d'ailleurs plus fréquentes dans la convalescence de la rougeole que pendant cette maladie. On a observé à la suite de la rougeole : des kératites phlyctéoulaire et vasculaire, d>^ conjonctivites diphthérique et croupale, enlin la blépharite eczémateuse. Très souvent ces affections oculaires ne sont que des manifestalions locales de la scrofule qui se développe à la suite de la rougeole.
On a quelquefois observé le développement de Vamaurose à la suite de la rougeole. De Graefe décrit un cas, où le malade devenait aveugle des deux yeux dans l'espace de quatre jours pendant la convalescence. La cécité ne disparaissait qu'après huit semaines. L'examen ophthalmoscopique montrait un trouble léger de la papille et de son pourtour. Nagel décrit le cas d'un garçon de huit ans, qui est devenu aveugle à la suite de la rougeole. Il était en état somnolent et était atteint des convulsions. Les pupilles étaient dilatées, et réagissaient à la lumière. Des injections de strychnine ont amélioré l'acuité visuelle après un délai de trois ou quatre semaines. Nagel mentionne en outre deux autres cas d'amaurose double après la rougeole, dont un présentait à l'ophthalmoscope les symptômes de la névrite optique. L'épidémie de rougeole dans laquelle Nagel observait ces trois cas d'amaurose était remarquable par la fréquence des cas de méningite.
Keller observait un cas de névrite optique double et de paralysie de loculomoteuv externe compliquées d'otite moyenne suppurative (voir p. 157).
Jacobson ne pense pas que les cas de névrite optique s'expliquent parla présence de méningite, puisqu'ils finissent par guérir. Il nous paraît probable que les amauroses survenant à la suite de rougeole sont dues à différentes causes : les amauroses suivies de somnolence, de dilatation de la pupille et de convulsions sans altérations du fond de l'œil sont de nature urémique (1), tandis que l'affection du nerf optique se manifestant par une papillite légère et peut-être aussi la paralysie du muscle droit externe observée dans le cas de Keller sont occasionnées par une névrite périphérique de nature toxique (toxines de la rougeole).