INTOXICATION PAR LE SULFURE DE CARBONE
Les symptômes de l'intoxication par le sulfure de carbone sont connus en France depuis fort longtemps; ils ont été très bien décrits par Delpech.
Les individus qui sont le plus exposés à cette intoxication sont les ouvriers qui travaillent dans le caoutchouc et les raffineurs de cacao.
C'est surtout en France et en Angleterre, que l'on a étudié les troubles oculaires causés par cette intoxication. En Allemagne, on n'a décrit que très peu de cas semblables et on ne les a observés que dans ces derniers temps. Leber ne mentionne même pas les troubles oculaires causés par cette intoxication dans le chapitre consacré aux affections de la rétine et du nerf optique, qu'il a publié dans le traité de Graefe et Saemisch.
A. Frost (en 1885) a recueilli 35 cas d'intoxication par le sulfure de carbone, dont 24 présentaient des troubles oculaires. L'amblyopie causée par le sulfure de carbone n'est jamais le seul symptôme ; elle est toujours accompagnée des troubles généraux de l'intoxication.
A l'examen ophthalmoscopique, on a trouvé, en certains cas, le fond de l'œil normal; dans d'autres cas, on a observé de la névrite optique; d'autres fois encore, on a constaté une atrophie temporale de la papille optique. Hirschberg, dans un cas, a vu, dans la macula, des altérations qui formaient un groupe de petites taches minces, blanchâtres et miroitantes.
A l'examen fonctionnel de l'œil, on a constaté la présence d'un scotome central, qui a cependant fait défaut en quelques cas.
Nettleship et Becker décrivent des cas de scotome central d'une grande étendue. Dans le cas de Becker, ce scotome était considérable pour le bleu, moins grand pour le jaune. Dans un certain nombre de cas, le vert et le rouge n'étaient pas aperçus (Gunn, Nettleship).
Les divers auteurs ne sont pas d'accord sur les altérations que cette affection peut produire dans le sens des couleurs; mais il me semble, qu'en général, la sensation de vert et rouge est la première altérée. Dans un seul cas de Dumont, le sens des couleurs était normal.
Contrairement à ce qui se passe dans l'amblyopie tabagique, dans l'intoxication par le sulfure de carbone la moitié latérale du scotome est plus étendue que la moitié nasale.
Le sens de l'espace parait moins atteint que dans l'amplyopie tabagique et alcoolique.
Il faut se rappeler aussi que l'intoxication par le sulfure de carbone peut provoquer de l'hystérie toxique ; on doit alors considérer quelquefois les troubles oculaires observés dans cette intoxication comme des symptômes d'hystérie. C'est ce qui avait lieu dans un cas de Maas,
où l'acuité visuelle était diminuée de moitié et était accompagnée d'héméralopie et de presbytie prématurée, en même temps qu'il existait un rétrécissement du champ visuel. Marie décrit aussi un cas analogue, où le malade était atteint d'hémianesthésie et de rétrécissement du champ visuel avec macropsie et micropsie très caractéristiques. Il est possible que l'on ait eu affaire aussi à une hystérie toxique dans le cas, déjà cité de Dumont, où le champ visuel était rétréci.
Comme traitement de l'amblyopie par sulfure de carbone, on a recommandé l'iodure de potassium, le fer et les injections hypodermiques de strychnine. Cette thérapeutique a donné des résultats très différents. Elle a échoué dans les cas de Gunn et Dumont; on a plusieurs fois constaté de l'amélioration (Hirschberg, Nettleship, etc.); on est rarement arrivé à une guérison complète (Changarnier).
L6. INTOXICATION PAR L'iODOEORME ET l/lODE.
L'iodoforme peut provoquer une altération de la vue analogue à celle des amblyopies toxiques.
Comme on n'a observé qu'un seul cas de cette affection, on ne peut pas affirmer que ces troubles oculaires ne soient pas causés par une névrite rétrobulbaire.
Dans l'administration de l'iode par la voie interne, on peut voir une conjonctivite toxique accompagner le coryza iodique. Si l'on fait dans l'œil des instillations de calomel à un malade qui a pris de l'iode par la voie interne, il peut en résulter une cautérisation de la conjonctive. Le calomel porté dans l'œil est, alors, décomposé par les larmes qui contiennent de l'iode, et il se forme de l'iodate et de l'iodure de mercure, qui ont la propriété de cautériser énergiquement les muqueuses (Meurer (1), Grand-Clément).