INTOXICATION PAR LA QUININE
quatre doses absorbées en lavements. Le malade perdit connaissance et se réveilla en état d'amaurose.
Dans la plupart des cas, l'amaurose apparaît subitement; elle a été quelquefois précédée d'amblyopie. Tel est le cas de Garofolo, où l'amblyopie se manifesta deux heures après l'ingestion de la quinine et l'amaurose ne s'établit que le lendemain. Généralement l'amaurose apparaît quelques jours après l'administration du médicament. Dans l'observation de Mellinger, par exemple, où la dose de quinine avait été de 15 grammes, l'amaurose arriva le quatrième jour.
En général, dans aucun empoisonnement l'amaurose n'apparaît aussi brusquement et n'est aussi complète que dans celui que produit la quinine. L'amaurose est accompagnée de mydriase et d'immobilité des pupilles à la lumière.
En examinant à l'ophthalmoscope les cas d'amaurose quinique, on trouve une ischémie très prononcée des vaisseaux rétiniens; elle est appréciable même une semaine et davantage après l'apparition de l'amaurose.
La papille optique est pâle et cette décoloration du nerf optique peut se conserver pendant des mois. Au centre de la rétine on trouve une tache rouge cerise, semblable à celle que l'on voit sur la macula dans l'embolie de l'artère centrale de la rétine.
L'amaurose est certainement produite parle resserrement des vaisseaux dû à l'action de la toxique de la quinine.
Le développement brusque de l'amaurose quinique est en parfait accord avec l'opinion que j'avais émise en 1886, lorsque je disais que la rétine supporte sans inconvénient une diminution dans la quantité de sang jusqu'à un certain degré; si cette diminution se prononce encore, la rétine perd subitement sa fonction.
L'amaurose quinique est accompagnée d'une surdité qui dure généralement plus longtemps que l'amaurose elle-même.
Dans des cas graves, on a observé du délire, qui se produit quelquefois après l'apparition de l'amaurose.
La durée de l'amaurose varie entre quelques heures (observation de Peschel) et, plus fréquemment plusieurs jours (3 ou 4); elle peut se prolonger même jusqu'à six semaines. Une durée de sept mois, citée dans un cas de Browne, est donc un fait tout à fait exceptionnel. Nous empruntons cet exemple au recueil de Browne, qui renferme 18 cas d'amaurose quinique.
Après la disparition de l'amaurose, le rétablissement de l'acuité visuelle centrale arrive généralement assez rapidement. On observe encore, dans les premiers temps, une achromatopsie du centre de la rétine et un rétrécissement périphérique du champ visuel. On trouve quatre cas, où l'on n'a pas constaté ce rétrécissement du champ visuel; mais nous pensons qu'il a échappé à l'observation à cause de sa disparition rapide.
Dans un cas seulement, l'amaurose se termina par l'apparition d'un scotome central persistant et dans le cas de Noyés par l'atrophie du nerf optique.
Le sens de la lumière, qui a été examiné dans le cas de Garofolo, a été trouvé affaibli dans tout le champ visuel, sauf dans la partie qui appartient au fovea centralis.
Observation personnelle. — Mrac Marie F..., âgée de vingt-deux ans, polisseuse, se présenta le 30 septembre 1891 à ma clinique. Cette femme avait été atteinte deux ans auparavant de lièvre intermittente. Quelque temps avant de venir me voir elle avait eu des accès de lièvre, et elle pensa se guérir très rapidement en prenant eu une seule fois une forte dose de sulfate de quinine. Le 19 septembre, elle en prit en etfei 10 grammes : une heure après elle fut atteinte de vomissements à la suite desquels elle devint aveugle et sourde. La surdité ne dura que deux jours, mais — l'ait d'ailleurs exceptionnel, — la vue ne s'était pas encore rétablie. La malade vint à ma clinique. En examinant le fonctiounement de ses yeux, je constatai l'aniaurose et l'immobilité des pupille?, qui étaient fortement dilatées. Les vaisseaux rétiniens étaient filiformes, et une tache rouge existait au centre de la rétine. Nous avons recommandé à la malade de rester toujours couchée et lui avons prescrit les antidotes de la quinine, le laudanum (Guider), l'alcool à fortes doses; nous lui finie-: des injections hypodermiques de strychnine. Le 2 octobre, la malade a pu reconnaître les objets de sa chambre; le 4 octobre, elle essaya d'écrire, bien que je lui eusse formellement interdit de faire des tentatives de ce genre. Ce travail la fatigua beaucoup et le leudemaiu elle constata une. nouvelle diminution de la vue. Malgré la continuation du traitement, la vision ne s'exerçait plus que dans une partie extrêmement restreinte du champ visuel. Il existait des symptômes très prononcés d'héméralopie. Peu à peu l'acuité visuelle centrale s'améliora de nouveau, mais le champ visuel conserva une étroitesse extrême. Les pupilles ne réagissaient que très lentement, et le myosis produit par un éclairage très fort persistait après le retrait de la lumière.
Le 28 octobre, la malade lisait les lettres les plus fines, mais elle ne reconnaissait pas les personnes qui l'entouraient. Le champ visuel s'agrandit un peu ; le 2 novembre la malade put voir le buste <\c^ personnes ; mais le rétrécissement du champ visuel persista. Les vaisseaux rétiniens, principalement les artères, continuaient à être considérablement rétrécis ; la réaction pupillaire était normale.