NERF TRIJUMEAU. IH
Le trijumeau possède-t-il des rameaux trophiques? L'ophthalmie
consécutive à l'anesthésie du trijumeau est-elle, oui ou non, due à des causes trophiques? A ces questions on a répondu de différentes manières, et nous renvoyons aux excellents ûayw^çoo de Magendie, Longet, Gudden, Schiff, Meissnor, etc., etc.
On sait que la conséquence de l'anesthésie du trijumeau (au troisième jour déjà) est l'opalescence de la cornée, suivie d'injection intense des vaisseaux du bord cornéen. L'opalescence augmente de plus en plus, un ulcère se forme et il survient enfin une panophthalmie suppurée qui entraine la perte complète de la vue.
Snellen croyait que l'ophthalmie consécutive à la paralysie du trijumeau était d'origine mécanique, et que si, dans ces conditions, on fermait la fente palpébrale par une suture des paupières, l'inflammation serait moins intense. Les mouvements réflexes de l'orbiculaire des paupières ayant disparu, de même que la sensibilité de la cornée, les traumatismes de l'œil expliqueraient, d'après Snellen, la formation d'ulcères et la destruction de l'œil.
Pour le démontrer, Snellen, chez un lapin (dont le trijumeau avait été préalablement coupé) a fixé par une suture l'oreille devant l'œil correspondant, de sorte que la peau de la partie postérieure du pavillon de l'oreille, qui est innervée par les nerfs cervicaux, était dirigée en avant. Et, en effet, il n'est pas survenu d'ophthalmie, la sensibilité de la face postérieure de l'oreille permettant à l'animal de préserver son œil des traumatismes.
Suivant Sinitzin, quand on arrache d'abord le ganglion cervical supérieur du grand sympathique et qu'on coupe ensuite le trijumeau, on n'observe pas d'ophthalmie. Ce fait s'explique par cette circonstance que l'hypérémie consécutive empêche l'apparition d'une ophthalmie d'origine neuro-paralytique. Mais Feuer a démontré plus tard que L'ophthalmie du trijumeau n'est pas d'origine mécanique, mais qu'elle est consécutive à la dessiccation de la cornée. En effet l'œil étant toujours ouvert, grâce à l'absence des mouvements réflexes de l'œil, il en résulte de la sécheresse de la cornée. Si dans l'expérience de Snellen on n'a pas vu survenir une opbthalmie consécutive à la lésion du trijumeau, c'est uniquement parce que, d'après Feuer, l'œil était fermé, et que la sécheresse fut évitée. En effet, dans le lagophthalmos paralytique, où la sensibilité de la cornée est conservée, on observe néanmoins une kératite analogue à la kératite neuro-paralytique. D'après Feuer, la kératite neuro-paralytique, la kératite consécutive au lagophthalmos et la suppuration de la cornée qui survient dans le cours des maladies infectieuses (choléra) seraient dues à la dessiccation de la cornée.
Des expériences nouvelles tendraient à faire croire que la kératite neuro-paralytique est consécutive à l'invasion de germes infectieux dans
la cornée. Cependant, Hippel a démontré dernièrement que la kératite neuro-paralytique consécutive à l'anesthésie du trijumeau est évitée lorsqu'on soumet constamment la cornée à l'influence de la vapeur d'eau. On voit que Hippel se range à l'opinion de Feuer.
Les recherches récentes (dues surtout aux élèves de Charcot) sur les troubles trophiques dans d'autres régions du corps humain sembleraient confirmer l'existence des rameaux trophiques de la cornée.
A la suite de la section du trijumeau, on observe d'autres phénomènes démontrant l'influence de causes trophiques. Ainsi Laborde a observé chez le lapin, outre des lésions profondes de l'œil qu'on pourrait attribuer aux modifications des vaso-moteurs, une croissance anormale des dents des mâchoires supérieure et inférieure du côté anesthésié, qui ont subi une hypertrophie considérable.
Les recherches cliniques sembleraient prouver aussi l'existence des rameaux trophiques du trijumeau. Kalt a observé, dans un cas, l'anesthésie de la cornée sans altération trophique. Dans d'autres cas, l'affection du trijumeau est peu prononcée, et on rencontre cependant la suppuration de la cornée, de sorte qu'il faut admettre que les faisceaux sensitifs et trophiques sont lésés à des degrés différents.
Quant aux symptômes de l'herpès zoster ophthalmique dû à la lésion du ganglion de Gasser, nous en parlerons dans un chapitre ultérieur.
F'éré, loc. cil., p. 335. — Lanyendorff, Centralbl. f. prakt. Augenlieilk., 1887, p. 791. — Verger, Cliirurgie du sinus sphénoïdal, 1890, p. 20. — Bernhardt, Deutsche Medïzanalz, 1890. — JÎfendel >'t Hirschberg, Centralbl. f. prakt. Augeuheilk., 1890, p. 213. — V. Hippel, Arch. f. Oplithalmol., 1890. — Doyon, Archives de physiologie, 1890. ■ — Laborde, Soc. de biologie, 1889, 1G février. — Kalt, Ibidem, 26 mars 1891. — Uhthoff, Neurolog. Centralbl., 188'i, n° 23.
E. — DIAGNOSTIC DE LA LOCALISATION DES LÉSIONS DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL, D'APRÈS LES TROUELES FONCTIONNELS DE L'ŒIL.
L'ordre dans lequel se manifestent les paralysies des nerfs crâniens permet, comme le dit Wernicke, de reconnaître le siège de la lésion.
Dans la partie antérieure de la cavité crânienne, on trouve, en dedans, le nerf olfactif, puis le nerf optique et, en dehors et en arrière, la bandelette optique; à l'extrémité interne de la fente sphénoïdale, le nerf trijumeau [première branche) et l'oculo-moteur commun.
Dans une affection de la région dcSthypophysejJ. c'esl le cliiasma qui
souffre le premier, puis l'oculo-moteur coi in, ensuite l'oculo-moteur
externe et enfin le trijumeau (première branche).
Si les lésions siègent dans la partie moyenne de la ca\ité crà-